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Pyx Collage – Quand l’art colle de source

Pyx Collage

Et si nos rues étaient un musée à ciel ouvert ? Vous avez peut-être déjà croisé l’une de ses œuvres au détour d’une traboule ou sur un mur un peu trop gris : Alex, aka Pyx Collage, est graphiste de métier… mais aussi collagiste. Elle embellit les rues de Lyon et panse les plaies de la ville avec des œuvres originales, pensées pour se fondre dans leur environnement. Sa démarche ? Expérimenter, se faire plaisir et faire plaisir. On a pris le temps de discuter pour en savoir plus sur la personne qui se cache derrière les collages qui donnent vie aux murs et aux pavés lyonnais. Pas de doute : elle n’a pas fini de nous faire rêver quand on part se promener !

Une passion pour le couper-coller ✂️

« J’ai toujours aimé l’art. Avec le collage, tu n’as pas besoin d’avoir beaucoup de compétences techniques : tu peux laisser parler ton imaginaire, ta créativité, être absurde, jouer avec les proportions… C’est intéressant. J’ai commencé et j’ai trop kiffé. Tu peux vraiment t’amuser, tu n’as pas de limite ! »

À l’heure où sont écrits ces mots, ça fait 4 ans qu’Alex s’est lancée dans le collage. Ça faisait déjà quelque temps qu’elle s’y intéressait et qu’elle suivait des créateurs (sur les réseaux, pas dans la rue hein)… alors quand elle est tombée sur un grenier rempli de vieux magazines avec des photos de femmes, elle a très vite sauté le pas.

Petit à petit, Pyx a envie de partager. Après tout, « c’est aussi le but de l’art » ! Elle crée une page Insta et commence à poster, ce qui lui permet d’échanger avec d’autres collagistes, de continuer à apprendre et expérimenter. Le Livestation DIY, bar restaurant dans le 7e arrondissement de Lyon, lui propose un premier vernissage. Elle y fait des rencontres, dont une personne qui l’initiera au street art.

Son secret de fabrication ? Il est assez simple (selon elle) : elle chine de vieux magazines, prend des photos, fait sa composition, imprime, découpe, fait son mélange de colle et sort poser ses œuvres en veillant à éviter les bulles d’air. Trouver le bon mélange et les bons papiers ne s’est pas fait du jour au lendemain, mais aujourd’hui, elle s’est fait la main. 

« Le street art, c’est comme une galerie accessible à tous ! »

Du sur-mesure pour enjoliver des murs mûrs 🏘

Depuis deux ans, c’est aussi dans les rues qu’Alex puise de l’inspiration. Elle repère des endroits intéressants (un renfoncement, un nom de rue, un mur abîmé…), prend des mesures et fait une compo adaptée. Pas toujours évident quand il y a des doigts à découper et à coller ! Mais c’est aussi ce qui fait sa particularité : ses œuvres se fondent à merveille dans le décor, surprennent, attirent l’œil et déclenchent les sourires.

Leur durée de vie ? Entre deux jours… et trois ans, en fonction de la météo et de l’emplacement notamment. Alors que l’un de ses collages Montée de la Grande-Côte est toujours là, des agents d’entretien n’ont même pas laissé une semaine à une grande composition de 4 mètres de long qui était destinée à devenir une œuvre participative.

« J’aime trop les collaborations spontanées ou impromptues : quand tu colles quelque chose et que quelqu’un vient rajouter d’autres choses autour. J’avais essayé de faire un collage pour, mais il n’est resté que trois jours. »

Même si elle a pu avoir des retours virulents, c’est toujours le positif qui prend le dessus : des personnes l’observent, lui demandent son insta, admirent et partagent ses œuvres… 

Et ça fait aussi de belles histoires. Comme cette fois où elle a collé devant une agence immobilière et qu’un passant s’est arrêté : « Je ne pense pas que le propriétaire accepterait ! ». Eh bien… figurez-vous que Pyx a pu répondre sans sourciller : « Ah si, je lui ai demandé ! ». Une autre œuvre a été faite devant un bar avec l’autorisation du patron : ce dernier a vendu les lieux en demandant au nouveau propriétaire de ne pas repeindre. Deux ans plus tard, le collage est toujours là ! 

« Rendre l’art accessible, c’est cool ! Et qu’il soit éphémère aussi. Tout le monde a sa place. Tu n’as pas besoin d’être connu, on s’en fout. Tu viens, tu colles ton truc, ce sera enlevé et ça laissera la place à d’autres. »

Le plaisir d’expérimenter et de partager 🧑‍🎨

« Je ne fais pas de l’art activiste. J’essaie juste de partager une partie de moi. Déjà que dans la vie on intellectualise et on sur-analyse beaucoup (les relations, le travail, le quotidien…), quand je fais de l’art, j’essaie justement de sortir de ça. Je laisse parler le feeling. »

L’univers d’Alex dépend avant tout de son humeur et de ses envies. La femme occupe une place centrale et les sirènes ne sont jamais loin. Son mot d’ordre ? Expérimenter. Ne pas trop se prendre la tête, se faire kiffer, créer et partager. Et faire parler sa personnalité.

« Il faut s’amuser dans l’art ! Ça s’affinera peut-être. J’ai commencé il y a 4 ans, je ne fais même pas ça à temps plein. C’est pour m’amuser, extérioriser des trucs. Pour l’instant, j’expérimente, j’ai envie d’apprendre des choses et d’y aller avec mon âme. »

Si elle n’est pas dans la technique, Alex n’hésite pas à jouer avec les formats et les matières. Au-delà du collage, elle manie la bombe, les pochoirs, colle aux murs aussi bien qu’au sol : on peut découvrir des femmes qui se prélassent sur les pavés, un collage avec de la laine rue Lainerie, une femme habillée de coton rue Mouton, une femme avec une tête de rose rue Rosier…

« Je ne suis pas dans la technicité. Je sais que ce n’est pas parfait, que ça pourrait être mieux… mais je suis dans l’expérimentation et c’est aussi ça qui me plaît. Ça ne me dérange pas que ça fasse un peu crado, qu’il y ait un aspect déchiré… C’est un peu comme la rue, en fait. J’aime bien ce côté “chaos”. »

L’art pour donner du sens à la vie ✨

Aujourd’hui, Alex mène une double vie entre son travail en agence et le collage en dehors. Pas toujours évident d’avoir l’énergie pour continuer à créer en rentrant et switcher de l’un à l’autre. Mais la passion est là : « Quand je fais du collage, je peux y passer des heures et je ne vois pas le temps passer. Après, j’ai une sensation de satisfaction… je ne sais pas comment l’exprimer. Je suis vidée, mais je suis contente quand je crée. »

Doit-on vraiment se demander si tout ça est utile ? Dans une société de surconsommation où Alex peut se sentir en mode survie – comme beaucoup d’entre nous –, l’art donne du sens à la vie. Et c’est important.

Un jour, peut-être qu’Alex s’y consacrera à temps plein. Mais ce n’est pas d’actu. D’autant plus que c’est aussi le risque de prendre moins de plaisir : se filmer, réfléchir à sa stratégie, penser à la comm’, faire plus de prints, trouver des moyens de vendre… pour le moment, non merci. 

Elle a tout de même déjà eu l’occasion d’animer un atelier avec des enfants, de participer au circuit street art de Show les pentes… et entre son envie de créer et de partager, son travail risque de continuer à attirer l’attention. Et tant mieux, ce serait mérité.

La suite ? S’amuser avec les derniers livres qu’elle a chinés : un gros livre sur les poissons trouvé en brocante et un livre sur les oiseaux venu des puces du canal. En bref : continuer à faire du (joli) neuf avec du vieux. « J’essaie que ce soit le plus possible des trucs que j’ai chinés et récupérés. Le côté “vieux” me plaît beaucoup, et je leur donne une autre vie ! »

Produire, produire… et peut-être bientôt exposer. Ça tombe bien : Pyx a été contactée pour un vernissage au Repaire, dans le 1er. L’occasion de changer du street art et de partager des tableaux et des collages originaux, coupés et collés à la main de A à Z. Toujours avec passion, Alex risque de continuer de faire du nouveau avec de l’ancien, de couper et de coller ce qui lui passe sous la main. Alors on vous invite à ouvrir grand les yeux quand vous marcherez dans les rues de Lyon demain !

Envie de voir plus de créations de Pyx ?