
L’art peut transformer la colère en joie, mettre en lumière des dysfonctionnements, et raconter des histoires qui font réfléchir tout en faisant sourire. Oui, oui, rien que ça ! Cécilie, artiste pluri-indisciplinée, joue avec les idées, les formes et les supports pour s’amuser… et ne pas étouffer. Pas question de rentrer dans une case (autre qu’une case de BD) et de se laisser enfermer ! Après avoir découvert son installation Superêtre, on a eu envie de mieux la connaître. Alors on a pris le temps de discuter de son parcours, de son envie de créer, de ses projets et de plein d’autres trucs honnêtes.
De l’art ou du cochon, peu importe : tout est bon dans la création 👨🎨
« Il y a des choses plus fortes que nous. J’y vais avec la fleur, et même le bouquet de fleurs au fusil. Il en ressortira forcément quelque chose. On est capables de produire du sens. C’est en faisant que je me dessine en même temps. »
Avec l’art, Cécilie est plutôt du genre à sauter dans la piscine sans avoir testé la température. Et après ? Qui vivra verra. Touche à tout, elle n’hésite pas à jouer avec les formes, les mots, les objets, en suivant l’envie de créer qui l’anime depuis des années.
Petite, quand elle s’ennuyait, elle s’occupait déjà en lisant des pièces de théâtres, en peignant un mur, en faisant du plâtre, en écrivant… En bref, elle ne s’ennuyait jamais vraiment. Aujourd’hui, ça fait plus de 25 ans que Cécilie s’est remise à peindre et à créer, et une dizaine d’années qu’elle vit de son art.
Ça a été progressif, bien sûr. Le temps de se déconstruire de certaines choses, de se l’autoriser, et de se libérer. Car il n’est pas question de suivre des tendances, de se changer pour répondre à des attentes, mais bien de créer avec un maximum de sincérité.
« J’en vis, puisque ça me rend vivante ! Je fais du crayon, de la peinture… Je suis vraiment pluri-indisciplinée. Parfois, c’est le matériau qui va me faire faire des créations. Pour mon projet “La Seinphonie”, les dessins étaient réalisés au vernis à ongles. »
Fidèle à son indiscipline, Cécilie s’est toujours nourrie de plein de choses. De Raymond Devos à Lucky Luke en passant par Constance Debré, de la littérature au cinéma en passant par la peinture et le théâtre… sans oublier la mode, qui lui a aussi beaucoup apporté.
En ce moment, Cécilie joue à nouveau avec le plâtre. Elle prépare des maquettes avec du carton mousse, fait de la peinture, du stop motion… Vous l’aurez compris : elle n’a pas fini d’expérimenter et de s’amuser !
« En fait, on peut se libérer. On peut faire des choses ! Si je m’amuse, c’est que c’est bien. Quand je cherche et que je persiste, c’est que je ne suis pas sur la bonne voie. J’ai besoin d’explorer, sinon j’étouffe. […] Si je cherche trop le sens au départ, je me mets mal. Si je lâche, le sens apparaît. »
L’accompagnement Omart
En 2025, Cécilie a rejoint le programme d’accompagnement Omart. La structure qui accompagne les artistes dans leur développement lui a permis de faire de la médiation en entreprise, d’animer des ateliers, d’apprendre à parler de son travail, à se professionnaliser et à gagner en visibilité – entre autres. C’est aussi dans ce cadre qu’elle a participé au festival Airt de famille, avec une supérette indisciplinée et colorée !
Superêtre : une installation à consommer sans modération 🛍
« Ce projet vient d’une émotion, la colère, avec laquelle je ne suis pas à l’aise et qui m’a pas mal envahie. Ça a été ma façon de la traiter. »
Le projet Superêtre est né un été, quand un ami lui a conseillé de dessiner l’objet qu’elle avait devant elle. Il se trouve que c’était du Paic Citron. Elle commence à le modifier, à le détourner… et lui vient l’envie de faire du volume en plâtre. Elle s’amuse, son œuvre la fait sourire et elle décide de reproduire l’exercice avec d’autres produits du quotidien. « Je trouvais ça joli. Puis ils m’ont échappé dans leur forme, et ça rendait les choses beaucoup plus rigolotes. »
Plus elle avance, plus ses créations prennent du sens. Les détournements et les produits qu’elle façonne sont liés à des choses avec lesquelles elle est en désaccord, ou associés aux artistes et aux œuvres qu’elle affectionne : l’huile de tournesol de Vincent, la bière 1984 en hommage à Orwell, les chips Munch…
« On n’est que des passeurs. Je pense qu’on peut passer du sens, même avec des choses qui sont peut-être un peu exigeantes. C’est aussi ça que j’essaie de faire : dédramatiser, désacraliser des œuvres aussi bien picturales que littéraires. »
La Superêtre devient un mélange de culture populaire et de références, mettant en lumière ce qui cloche dans notre société de consommation. Une belle occasion de poser un autre regard sur le marketing et le (super) pouvoir d’achat !
« On peut dire les choses en s’amusant. On utilise l’arme des industriels envers leur cible (les femmes, les ménagères de moins de 50 ans) et on les rebalance. C’est une façon de reprendre le pouvoir sur le système et sur nos vies. On peut reprendre les outils marketing pour faire du sens, et pas du chiffre. »
Comme la plupart des travaux de Cécilie, le projet s’est construit “en faisant”. C’est en avançant dans la création qu’elle y a trouvé du sens, que l’envie de transmettre et de partager s’est renforcée. Le résultat en dit long : ouvrez les yeux sur le monde, consommez différemment (si vous le pouvez)… et souriez.
Ses projets : continuer à se dessiner en racontant des histoires 📖
Après avoir été installée dans la vitrine de Chasseurs d’influences à Lyon, la Superêtre de Cécilie pourrait continuer à voyager dans d’autres villes. Mais ce sera d’une autre manière, avec d’autres idées. Parce que Cécilie ne peut pas stagner.
Jouer avec ses émotions, essayer d’en apporter aux autres, ne pas être trop docile, bouger, sortir des carcans, s’autoriser des choses : elle continuera d’avancer, d’expérimenter, de créer et de s’émanciper. Cécilie n’a simplement pas fini de se dessiner.
« On apprend à piloter ce par quoi on est traversé, pour faire en sorte d’être assez juste avec soi et aligné avec ses valeurs. Finalement, la colère est une émotion qui vient nous dire ce avec quoi on n’est pas d’accord. La traiter, c’est remettre les pendules à l’heure avec soi-même. »
Parmi les projets à venir, deux nouvelles installations devraient voir le jour. La prochaine édition d’Airt de famille, avec une résidence en juin et en juillet, mais aussi un projet qui aura lieu en Belgique, à Liège : Cool City 3000. Un concept qui réunira plus de 300 artistes pour recréer une ville : chacun disposera d’une parcelle à exploiter à sa guise. Une nouvelle Superêtre pourrait être de mise…
Elle n’avait pas prévu de faire autant d’installations, mais Cécilie s’amuse. L’accumulation d’œuvres fonctionne bien. Elle lui permet de raconter des histoires, de jouer sur la pluri-indiscipline et de passer par plusieurs médiums : du volume, de la peinture, du détournement, de la sculpture…
« J’aime bien pouvoir raconter des histoires et créer des petits mondes. C’est une façon de modifier le réel. Le réel ne me convient pas. Plutôt que d’y échapper, j’y fais face mais je le reproduis à ma façon. J’essaie de le créer comme je pense qu’il serait mieux. En tout cas, il est plus doux pour moi comme ça. »
Plus doux pour elle, et peut-être aussi pour d’autres. Cécilie n’a pas fini de faire travailler son imagination et de se laisser aller à ses envies créatives. De toute façon, c’est vital. Pour créer et respirer, elle préfère rester cachée et garder une saine distance avec les réseaux sociaux. Son personnage lui offre un entre-deux, une incarnation décalée que l’on sait aussi apprécier. Et tant pis si ça ne correspond pas aux normes ou aux algorithmes !
La force de Cécilie, c’est aussi cette liberté. Disciplinée dans la vie, pluri-indisciplinée dans l’art, elle explore sans faire de concession sur ses valeurs, sur ses envies, pour continuer à se dessiner, créer des choses et les partager. De quoi faire passer des émotions en douceur et raconter des histoires avec lesquelles on pourrait rester des heures !