
Le partage et la transmission, il y a des gens qui ont ça dans les veines, que ce soit dans l’ombre ou sur scène. Johnson est de ceux-là. Vous l’avez peut-être déjà aperçu, parce qu’il a fait beaucoup de choses : danseur, speaker, organisateur, et maintenant “grand frère”, il a fait son chemin dans tout ce qui est hip-hop à Lyon, avec l’envie de faire rayonner sa ville. On a pris le temps de parler de tout ça. Il a déjà mené pas mal de vies et fait pas mal de choses… mais les plus grosses bagarres restent à venir !
Un gone de l’opéra, amoureux du hip-hop 🦁
« De base je suis un danseur, un breaker, génération opéra, et au fur et à mesure je suis devenu prof de danse, chorégraphe, et coach de danseur breaking on va dire haut niveau. »
Quand on traîne un peu dans les événements hip-hop à Lyon, c’est rare de ne pas le voir en battle, en train de faire ses meilleurs pas de top rock, ou de speaker et de crier. Même s’il aimerait parfois être un peu plus en retrait. Mais avant de faire ça, Johnson est passé par pas mal d’étapes…
Il y a quelques années, il a même créé un média pour mettre en lumière la culture urbaine lyonnaise (La Barbe TV), avec ses potes Marwan et Brian : l’occasion de couvrir l’Original Festival, d’Interviewer Joke et de filmer Mobb Deep, entre autres. Ça fait partie des projets qui l’ont marqué. Et même s’il aurait pu aller plus loin sur le sujet, pour valoriser plein de gens qui ont fait beaucoup de choses à Lyon… difficile de tout faire.
« Je suis un amoureux de la culture Hip-Hop. J’avais envie de faire plein de choses, et il fallait que je trouve mon truc. Voilà, j’ai mis ma petite empreinte, je suis fier de moi. Maintenant je suis dans la danse, dans les événements en tant que speaker. »
Cet amour du Hip-Hop, il le tient d’abord de son frère, qui faisait partie de l’une des premières générations de breakers avec le crew Impact. C’était la génération Pokémon Crew : Johnson trainait avec Brahim ou Patrick, ses grands qu’il affrontait toute la nuit à l’Opéra.
« C’était quand les Pokémon étaient les rois du monde, en termes de battles, reconnus dans le monde entier. Ils avaient déjà un très gros impact dans le niveau du break dans le monde, et dans la génération d’après. On s’entraînait jusqu’à minuit, 1h. On avait 17-18 ans, et ils ne nous lâchaient pas. »
Même s’il part quelque temps en Afrique, s’il passe par le foot ou le basket, la danse finit toujours par le rattraper. Il alterne entre la vente et les pas, jusqu’à ce qu’une collègue (coucou Rose-Amélie) ne lui propose de donner des cours au centre chorégraphique Pôle Pik. Naturellement pédagogue, il fonce. Il y donne des cours de break pendant 10 ans, fait plein de rencontres… jusqu’à plaquer tout le reste pour se consacrer à la danse à 100 %. Et les sacrifices en valaient la chandelle.
« L’univers de la danse, c’est un truc de malade. Au début c’est une passion, et puis tu te dis qu’avec ta passion tu peux voyager. Tu voyages, tu rencontres d’autres personnes, tu commences par aller dans d’autres villes, puis tu traverses le continent, puis le monde… Tu vas dans des pays que tu n’aurais jamais pu visiter de ta vie ! »
Une rage de vaincre et une voix qui porte 🎤
« Au fur et à mesure, j’ai connu des danseurs contemporains qui m’ont ouvert l’esprit, j’ai fait beaucoup de labos… ça m’a amené à créer ma compagnie de danse et à faire mon premier spectacle. C’est tout un cheminement en tant que prof, chorégraphe… et on m’a connu en tant que speaker parce que j’étais dans les événements. »
Les années passées au centre chorégraphique lui ont permis d’apprendre un tas de choses, de s’ouvrir et d’avancer. Depuis, il a rejoint l’association Street Off, le crew 69 Problemz et créé sa compagnie 100 blazes.
Au passage, Johnson a aussi pu écrire ses spectacles : un premier dans lequel il était danseur et chorégraphe, et un second dans lequel il était uniquement chorégraphe. L’occasion de montrer sa vision, de mélanger la danse contemporaine et le break dans un univers assez sombre.
« C’est bizarre, mais j’aime beaucoup la haine et la violence. Parce que ça permet de pousser à son extrême, à ses capacités extrêmes certaines personnes. Pour moi. Quand je danse, j’ai la haine… et j’ai essayé de retranscrire ça dans ma pièce. »
Une pièce qu’il devrait (re)montrer un jour ou l’autre. En attendant, il retrouve cette haine, cette violence dans les battles. « C’est ça, un danseur. On a un ego surdimensionné. Quand je danse, j’ai un ego plus gros que la planète. Et c’est réel. Mais moi, ça me permet d’avancer. Faut bien l’utiliser. Mais c’est ça, un battle. Tu dois montrer ta danse, ta personnalité, ton vécu… »
Avec Street Off, il organise notamment le battle annuel Can You Rock, dans le cadre du festival Karavel, avec la lourde responsabilité de remplir un immense amphithéâtre. Une nouvelle casquette qui pèse son poids, mais que Johnson a enfilée avec succès.
« Quand Mourad (Merzouki) m’a proposé l’Amphithéâtre 3000… wouah. J’ai une pression incroyable. Il faut que je ramène 3000 personnes dedans ! C’est une pression incroyable. Lilou m’a beaucoup aidé, et j’ai réussi à créer un vrai événement de danse. »
C’est beaucoup de stress, beaucoup d’énergie, beaucoup de choses à penser avant, pendant et après l’événement, mais… le Can You Rock est, d’année en année, devenu une référence, réunissant des danseurs internationaux dans différentes catégories, dans un un lieu mythique avec un public varié.
Le hip-hop est mis en avant, et c’est aussi ça, l’un des objectifs de Johnson : faire rayonner la culture, lyon et ses talents. Même si le Maire de Bron – comme on l’appelle – aimerait parfois passer en mode spectateur. Il connaît trop de monde, aime trop réunir et partager pour pouvoir se faire discret.
« J’aime trop m’intéresser aux gens. Si je peux faire des passe D… Je connais des photographes, des graffeurs, des danseurs… Si on arrive à partager, c’est trop cool ! Et je fais ça pour Lyon, pour le 69, réellement. »
Se battre pour sa culture et sa ville, c’est un peu son battle à lui depuis le début. Un esprit de compétition qui valorise le partage. Alors que pas mal d’activistes sont partis, que de nombreux lyonnais ne sont respectés qu’une fois ailleurs, Johnson essaie de donner de la force aux talents qui émergent et d’apporter sa patte avec des événements adaptés.
« J’essaie juste de ramener ma part. Je pense qu’après si je l’ai fait c’est bon, dieu merci. Tant que tu fais, c’est bien. Tu te casses la gueule ça fait rien mais tu as testé. Si tu ne le fais pas, là c’est que tu es con, et tu vas le regretter. »
« Les battles, c’est un combat, c’est une bataille. C’est une guerre. Avec ses codes. Et ça, ça permet de réunir le monde entier. […] Si tu prends l’essence même de la thématique, c’est un danseur contre un autre danseur, avec trois jury ou deux jury, et il doit y avoir un gagnant. Donc… c’est un battle. Donc concrètement, tu te bats pour. Tu vois ce que je veux dire ? Au fur et à mesure, on a toujours ce truc violent de prouver qui est le meilleur. »
L’importance de la transmission : Johnson le grand frère 🤓
« J’ai toujours aimé transmettre. Ouais, il faut qu’il y ait une nouvelle génération, toujours ! Et c’est devenu naturel. Finalement, si tu aimes la danse et si tu as besoin de conseils, je vais te donner des conseils. C’est gratuit. On m’a donné des conseils, je te donne des conseils ! »
Johnson continue à faire sa part, même s’il aimerait être partout… et en même temps, arriver à se mettre en retrait en tant que danseur et laisser la place à d’autres speakers. « Même si je serai toujours le numéro 1 ».
Cette position “dans l’ombre”, il a commencé à la trouver en accompagnant des jeunes danseurs en quête de compétition, sur des gros événements de danse et de break.
« On va dire que je suis prof de break, mais plutôt côté breaking haut niveau, pour les gros battles internationaux, avec des enfants, des jeunes qui ont du potentiel. Ju a été championne de France -16 ans, a fait les battles Red Bull, les cyphers… Il y a à peine deux semaines, on était en Slovaquie, dans deux jours on part en Hollande, après à Porto… Je commence à avoir des jeunes, j’en ai 5-6 maintenant que je mets vraiment dans le haut niveau. Et c’est ce qui me plaît le plus ! »
Cet accompagnement, il n’est pas que technique : il est aussi personnel. Il accompagne les jeunes sur toutes les facettes de l’art. Parce que la danse peut être un univers violent : quand tu es jeune, tu peux vite y perdre des plumes, rencontrer les mauvaises personnes, baisser les bras, ne jamais te relever.
« Pour moi, c’est plus que de la transmission de la danse. C’est la vie. Quand on part en événement, on part nous deux, on met nos sacs à dos, allez on se barre, on prend l’avion, on discute de tout, je veux savoir comment ça se passe à l’école, comment ça va dans sa tête, est-ce que ça va bien… C’est global. Ce n’est pas que de la danse pour moi. C’est très important de savoir comment la personne va dans sa tête. »
Bref. Johnson est là pour prendre les jeunes sous son aile et les accompagner. Pour leur apprendre des pas mais aussi des valeurs, des idées, les écouter… et la combativité qu’il faut pour persévérer et se faire une place dans le milieu. Même s’il peut parfois être dur, cash, et se faire appeler “le dictateur”. Avec lui, les jeunes peuvent se rendre à des événements à l’autre bout de l’Europe, découvrir les afters, rencontrer des danseurs du monde entier.
Encore quelques battles et Johnson laissera complètement la place aux plus jeunes. Même si tout arrêter peut faire peur, il sera temps de se mettre dans l’ombre pour mieux transmettre. Sans oublier d’organiser, de réunir et de fédérer. Parce que c’est trop important, qu’il y a tout une culture à faire vivre et trop d’amateurs qui veulent vibrer. Ce qu’il recherche dans tout ça ?
« Je pense que c’est voir le bonheur dans les yeux de tout le monde. Avec un événement, tu arrêtes le temps et tout le monde kiffe. Et je pense que je recherche tout le temps ça : le rire, le moment magique où le danseur va faire un mouvement ouf, ou ça va crier… Je pense que c’est ça que j’aime le plus, voir le sourire d’un gamin de 4 ans ou d’une grand mère de 90 piges que j’ai fait danser… je pense que c’est ça que j’aime le plus. Moi, j’ai réussi à te rendre heureux ? Les gens ne savent pas, mais ça me fait kiffer ! »
La suite, c’est ça : continuer à faire kiffer et faire perdurer le hip-hop dans une ville où l’électro prend beaucoup de place et où les portes sont souvent fermées. Mettre en lumière les artistes locaux, faire grandir les jeunes talents… et pour faire les choses correctement, pourquoi pas monter un festival ?
« Donnez-moi un festival lyonnais qui assure, qui ramène des bons artistes, qui respecte toute la culture hip-hop. Il n’y en a pas. Si j’arrive à faire un festival hip-hop à Lyon… ouais, je pense que si je fais ça j’aurais plié le game, et si je peux donner l’idée à d’autres… »
N’oubliez pas…
« Déchirez-vous dans tout ce que vous faites. Réellement, ne pas se mettre de limite. Faut surtout être content de tout ce que tu gagnes en fait, grâce à ta passion, grâce à ce que tu aimes. Sois heureux. Et surtout, le partage, le partage les frères, le partage entre nous tous. Diffusez que de la bonne vibe. Le monde part trop en vrille pour s’embrouiller ou faire les orgueilleux sur certaines choses. »