Il y a des ovnis qui écrivent des textes et les enregistrent en 15 minutes. Et d’autres qui prennent le temps de soigner chaque ligne et de choisir attentivement chaque mot. De rat d’open mic à rappeur émergent, L.o a tracé sa route, sorti un premier projet et vu les scènes se multiplier. Bien ancré dans le paysage du rap grenoblois, il n’a pas fini de progresser, de créer et de toucher. On a pris le temps d’en discuter !

L’école du micro ouvert 🎤

« Avant, je me présentais comme quelqu’un qui fait du rap. Maintenant, j’estime pouvoir dire que je suis un rappeur parce que j’ai sorti un projet que je défends du mieux que je peux. C’est venu asseoir une légitimité. »

Dans une famille de musiciens, L.o tombe vite dans la musique, le trombone et le solfège… avant de baigner dans la culture hip-hop des années 90-2000, de découvrir les clips de rap à la télé et d’avoir envie de s’y essayer. Le rap le mène à l’écriture, aux freestyles… et même si personne ne rappe dans son entourage, ses potes le soutiennent et le poussent à aller en open mic. D’abord en Haute-Savoie, où il a grandi, puis à Grenoble, Dijon ou Lyon.

« J’étais un rat d’open mic pendant longtemps. Je n’avais pas de morceau sur les plateformes, pas de refrain, par contre je pouvais freestyler pendant des heures et des heures. Je viens vraiment de cette école. »

Le temps passe, L.o grandit : il a envie de raconter des choses plus construites. Aujourd’hui, son premier EP est sorti et l’artiste a gagné en légitimité. Mais comme pour beaucoup, tout ça a pris des années…

« La première fois que j’ai rappé devant mes potes, je leur ai demandé de se retourner. Je n’avais pas envie d’affronter leur regard, alors que c’était mes gars depuis la maternelle. Je ne me trouvais pas légitime. Le processus a été long, mais j’ai été poussé, dans le bon sens du terme, accompagné par les bonnes personnes. »

Depuis la sortie de son premier projet, L.o continue à arpenter les opens mics de Grenoble, pour rapper ou simplement profiter. Comme les plateaux de stand-up pour les humoristes, ça reste un endroit idéal pour s’entraîner et tester. Entre un taf qui lui plaît et le rap pour kiffer, un équilibre a été trouvé. Il prend des notes dès qu’il peut, s’offre des soirées pour les travailler, sans se laisser bouffer par la course aux contenus ou aux likes qui peut être cruelle. Facile à dire, mais L.o a fini par s’en détacher pour mieux avancer.

« Je préfère avoir mon taf à côté et garder la musique pour m’épanouir. Ça ne veut pas dire que je ne le fais pas sérieusement. Je le fais comme si c’était mon vrai boulot. »

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L’importance de soigner chaque mot ✍️

 « Je mets le texte au centre de ma proposition, et je vois ensuite comment je l’habille et je l’adapte, sans changer le fond. »

Pour son premier EP, Dimidium, L.o a fait le choix d’accorder un maximum d’importance à ses textes. Ses écrits lui donnent un mood, une ambiance, une couleur musicale qu’il peaufine ensuite sur une instru, parfois en co-construisant la prod’ avec des beatmakers grenoblois.

Pas question de négliger la qualité du propos : chaque mot a été posé pour s’assurer que les textes soient le mieux compris possible. Ni trop violent, ni trop lisse, Dimidium est une première pierre très personnelle, fidèle à ses pensées, riche en histoires vraies, romancées et mises en forme sans être déformées.

 « Quand je fais des morceaux, je vais chercher des états par lesquels je suis passé. C’est comme ça que je vois la musique : se replonger dans des moments de vie. […] J’ai mis du temps à bien choisir mes mots, à faire attention à ce que je disais, à comment je le disais… Parce qu’il y avait des choses que je n’aurais jamais dit que j’ai dit sur mes musiques. »

Dimidium, mais sans faire les choses à moitié 📀

« J’aimais bien avoir le latin. On revient sur l’écriture, la langue, et c’est un EP qui parle beaucoup de ce que j’ai vécu par le passé… Je trouvais ça poétique. »

Forcément, quand tu mets autant de cœur et de soin dans tes créations, ça prend du temps. Dimidium, un projet de 6 titres et 18 minutes, est le fruit de près de 14 mois de travail. Un projet parti de l’intro, premier morceau que L.o voyait bien vieillir, qui a été le point de départ d’autres textes forts et introspectifs.

« J’avais deux objectifs : montrer ce que je sais faire et me vider de tout ce que j’avais à dire depuis des années. Donc ça a donné des morceaux assez personnels. »

Un projet bien reçu qui lui a ouvert de nouvelles portes : des tremplins, des connexions et des scènes (Le Brise Glace à Annecy, l’Ampérage de Grenoble, la première partie de Youssef Swatt’s avec T2LS…), ou encore un accompagnement par Château rouge à Annemasse.

Si le projet s’intitule Dimidium, c’est aussi parce que L.o n’a pas encore tout dit. Il a abordé tous les sujets qu’il voulait pour un premier EP, sans se censurer, mais n’a pas fini de raconter des histoires vraies. 

« Quand tu fais une salle, qu’il y a 80-90 personnes, et qu’un mec vient te dire qu’un son lui a parlé… C’est pour ça que tu le fais : pour toucher cette personne-là, qui a pris du temps pour venir te voir et te dire que ce que tu as créé a résonné en elle. C’est hyper touchant, hyper gratifiant. »

La suite ? Après avoir beaucoup bossé la scène avec Flo, son DJ, il est temps d’appliquer, de multiplier les scènes, de partager et de restituer le travail fourni depuis le début de l’année. Le coup d’envoi est déjà donné, pendant que la plume continue de s’agiter : un nouvel EP pourrait voir le jour en janvier… « Je continuerai de parler de la vraie vie, de mes histoires, toujours avec un certain sens de la formule, mais je pense qu’il y aura de nouvelles couleurs. »

Entre les scènes et les sessions studio, L.o écrit, travaille sur les maquettes, peaufine et avance sur la suite : une nouvelle étape qu’il compte bien faire avec le cœur, sans trop penser « stratégie », sans se laisser aller à tous les avis. Un seul objectif : continuer de faire en restant sincère !