
À l’heure de la surproduction, des artistes prennent le temps d’avancer et de se construire à leur façon. C’est le cas de Nat Van Ba, auteure-interprète et artiste émergente de la région lyonnaise : entre R&B, trap, pop urbaine ou encore chanson française, elle crée, expérimente, travaille pour monter sur scène et se donner les moyens de continuer à chanter. On est allés la rencontrer dans sa deuxième maison (ou presque), au studio Polycarpe, pour en savoir plus sur son parcours et ses projets !
L’écriture et le chant : une trajectoire scène 🎤
« À 6-7 ans, j’écrivais déjà des petits poèmes. J’ai toujours eu une passion pour l’écriture et aimé chanter. Assez tardivement, j’ai essayé d’allier les deux. »
Tout a commencé à devenir sérieux en 2017, quand Nat a sorti ses premiers titres et ses premiers clips avec BuZz, du studio Extatic. C’est là qu’elle tombe dans la marmite et y prend goût, au point de décider de tout plaquer quelques années plus tard, en 2021, pour s’y consacrer à temps plein. Finalement, c’est assez naturel : ses deux passions – pour l’écriture et les musiques urbaines, de la chanson française au hip-hop – ont fusionné… et Nat n’avait pas de temps à perdre avec un job qui ne la faisait pas vibrer.
« Il faut faire des croix sur certaines choses dans sa vie, que ce soit personnelle ou professionnelle. Ça demande un tel investissement en termes de temps, d’énergie… Ton entourage ne comprend pas forcément. Mais j’avais cette flamme en moi qui bouillonnait. Adviendra ce qui adviendra, au moins je n’aurai pas de regrets. »
Après un premier projet plutôt trip hop avec BuZz, Bonetrips du studio Polycarpe et Ovthex entrent petit à petit dans la boucle. Ils se mettent à bosser ensemble et se structurent jusqu’à la sortie d’un premier album, en 2024 : Problèmes sucrés. Nat explore et partage ce qu’elle a au fond du cœur en passant par des thèmes aussi introspectifs qu’universels. Si elle a parfois privilégié les sonorités au texte, c’est du passé : Nat veut soigner chaque couplet et ne surtout pas se brider pour véhiculer ses idées.
« Je suis là, je me suis donné cette mission alors autant me donner à fond. De toute façon, on ne peut pas plaire à tout le monde. Donc je me mets de moins en moins de barrières. […] C’est quand même un exutoire, la musique : si c’est pour écrire des choses qui ne me parlent pas… ça va être compliqué, d’autant plus qu’après il faut défendre le morceau sur scène. »
Si Nat est plutôt une “artiste studio” à la base, en 2025, Bonetrips et elle ont enchaîné une dizaine de scènes – et autant de moments de kiff et de partage.
De l’entourage et du cœur à l’ouvrage 💪
« J’ai tout arrêté pour faire de la musique… et en fin de compte, sincèrement, la création musicale représente 5 % de mon temps. ».
Comme la plupart des artistes qui se lancent, Nat Van Ba est sur tous les fronts. Elle crée et écrit quand elle peut, quand l’inspiration lui vient, parfois sur une prod et parfois en promenant son chien. Le plus clair de son temps, elle le passe avec les différentes casquettes qui lui permettent de diffuser sa musique et se faire connaître : graphisme, webmarketing, community management, réseau, formation…
« C’est hyper enrichissant, mais c’est compliqué. Parce que tu te déconcentres de ton métier principal. À l’avenir, j’espère avoir plus de temps et le cerveau plus disponible pour la création. »
Bien sûr, il y a encore des phases de doute et des remises en question. D’autant plus qu’il y a parfois plus de portes qui se ferment que de portes qui s’ouvrent. Mais pas question d’arrêter. Finie, l’époque où la pression sociale l’invitait à se mettre des deadlines ! Elle continuera tant qu’elle le pourra, et arrêtera le jour où elle le voudra.
« L’entourage, c’est trop important. Il ne faut pas confondre artiste indépendant et être seule ! Franchement, toute seule, je ne fais rien. J’écris des textes, je chante, mais je ne peux pas publier une maquette que je fais chez moi ! Par contre, quand les gars passent derrière, c’est autre chose. Il y a tout un truc qui fait qu’en équipe on est plus forts. On mutualise les expériences, les compétences… »
Dans ce cheminement, Nat Van Ba a l’avantage d’être bien entourée. En plus du binôme gagnant avec Bonetrips, le batteur Martial Marzoukou Macauley va bientôt les rejoindre sur scène.
Le petit groupe avance avec un objectif commun : faire des dates qui leur conviennent à tous (en termes de lieu, de localisation, de diffusion, de valeurs…), et prendre du plaisir à véhiculer ce qu’ils ont envie de véhiculer. Quitte à discuter, quitte à faire des concessions, quitte à se remettre en question. Tant qu’ils sont constructifs, c’est qu’ils vont dans la bonne direction !
« Les relations humaines, c’est ce qu’il y a de plus compliqué. C’est plus dur que trouver des toplines ! »
Des problèmes sucrés dans une industrie salée 🍯
Alors que tout va très vite, Nat préfère parler d’artistique avant de parler d’algorithmes. Tu viens de sortir un projet, et on te questionne déjà sur la suite ? Chaque chose en son temps. Pas question de faire des titres fantômes juste pour nourrir les plateformes ! Mieux vaut prendre le temps qu’il faut pour avancer, sans faire de concession sur la qualité.
« Ça fait peur, on n’a même pas le temps d’apprécier certaines choses tellement il faut aller vite. Il faut être toujours plus productif. […] Un clip, ça prend des mois, pour que les gens le consomment en 2 minutes. En termes de temps, d’énergie, d’argent… »
Son dernier album en date, Problème sucrés, a encore de belles années devant lui. Loin d’être un projet R&B comme on peut l’entendre, c’est un projet riche en trap avec autant d’amour que de sujets dark.
« Un problème sucré, c’est un faux problème. C’est un peu pour dire : relativisons, regardons ce qui se passe dans le monde ! On n’a pas de problème en fait. Ce sont des choses à régler, mais c’est nous qui donnons la valeur au problème. Il faut voir le verre à moitié plein, parce qu’on a de la chance. »
Ce projet réussi lui a permis d’avancer, de faire plus de scènes et de se découvrir de nouvelles envies : ajouter des ingrédients et des instruments, oser de nouvelles choses pour sortir du cadre, évoquer des sujets profonds, douloureux, engageants…
« Il y a des choses que je trouve peut-être trop lisses. Je ne suis pas assez sortie de ma zone de confort, je n’ai pas pris assez de risque, même si j’aime quand même. Ça me donne d’autres envies artistiques pour la suite. J’ai envie que ça parte en chanson, pop, funk, rap… C’est de la musique, c’est tout ! »
Dans l’un de ses derniers singles, L’enfant seul feat. Cyrious, Nat aborde une thématique qui résonne fortement avec son parcours et son enfance en foyer et en famille d’accueil. Un sujet dont on ne parle pas assez… sauf sous le prisme de la maltraitance, des drames et des dérives.
« Ces dernières années, j’ai envie d’écrire sur des choses qui me touchent. J’ai pris la prod, commencé la topline… et j’ai choisi de parler de ça. J’ai eu envie de faire un feat avec un artiste talentueux qui écrit bien, qui est de la région… et je suis très contente de ce qu’a fait Cyrious : il est solaire, même sur des thématiques engagées et tristes ! »
Après trois singles en 2025, Nat Van Ba continue à créer pour bâtir un nouveau projet. Un projet qui la sortira des sentiers battus, avec de nouvelles sonorités et de nouveaux musiciens. La seule ambition ? Arriver à une création aboutie et appréciée par toute l’équipe, façonnée dans de bonnes conditions. Et ça, on ne s’en rend pas forcément compte… mais ça demande du temps. Alors la release attendra. Mais pas Nat van Ba.
« Les concessions sont tellement énormes… mais en même temps, je ne peux pas ne pas le faire. Je serais plus sereine, mais pas heureuse, pas épanouie. C’est quand je fais des concerts que je me dis “voilà pourquoi je fais ça”. Et j’ai vite envie de remonter sur scène. C’est une addiction ! J’arriverai jamais à décrocher. »
💬 Un message à faire passer ?
« Merci à toutes celles et ceux qui suivent l’aventure ! C’est compliqué pour nous de ramener les gens sur les plateformes, donc n’hésitez pas à aller écouter les titres, à vous abonner. Ça nous aide énormément. Rendez-vous en 2026 : venez en concert dès qu’il y en aura, on passera un bon moment ! »