Il y a des artistes qui cumulent les singles et multiplient les EP avant de faire leurs premiers pas sur scène. Et d’autres qui arpentent les salles alors qu’ils n’ont sorti que quelques titres, loin de représenter tout ce qu’ils sont capables de faire. La rappeuse grenobloise T2LS est de ceux-là. Après avoir écumé les open mics, ce sont les concerts qui l’ont amenée à sortir un premier EP 3 titres : Chaque jour un peu plus. Depuis, elle évolue en faisant des (très belles) premières parties et en mettant tout son cœur dans la création. Zoom sur une meuf qui n’est pas prête de lâcher le son !
Voir le vers beaucoup trop plein 🥃
« T2LS, c’est un projet né d’un trop-plein global. Je balance ce qui me passe par la tête à voix haute. »
C’est à la campagne, où elle a grandi, que T2LS a commencé à écrire et à rapper. Au collège, puis au lycée, elle expérimente et se prend au jeu… mais à part récolter du jugement, elle avance peu. C’est en arrivant à Grenoble, pour les études d’abord, que les choses s’accélèrent. L’effervescence est là, les scènes sont ouvertes, et T2LS trouve enfin un environnement dans lequel s’épanouir et avancer.
« On a vraiment une belle scène. J’ai commencé par des open mics, tous les premiers mercredis du mois. […] Prendre sa place autour de 40 pelos, c’est jamais simple. Ça a mis du temps, mais c’était du plaisir à chaque fois. C’était quotidien, donc l’évolution a été plutôt rapide. »
Depuis deux ans, son projet prend forme. Malgré un milieu qui reste trop masculin et discriminant, elle se fait sa place et continue à s’affirmer, accompagnée par son label 21h10 music, soutenu par le programme Basse Fréquence de La Belle Électrique. Après plus de 10 ans à écrire sans se montrer ni rien sortir, il est temps d’avancer…
« Ce qui est le plus dur à gérer, c’est le syndrome de l’imposteur. J’ai eu accès à des grosses premières parties très rapidement, avec peu de bagages. Pourquoi moi ? »
En faire chaque jour un peu plus – pour arrêter de s’en faire 💿
« Le but de mes textes, c’est l’émotion brute. Donc en général quand j’écris, toutes les rimes ne sont pas formées. J’écris comme ça vient. C’est encore ce trop-plein qui parle. »
C’est la scène qui l’a menée à sortir son premier projet : Chaque jour un peu plus (2025). Forcément, quand on t’appelle pour faire la première partie de Youssef Swatt’s, tu veux avoir quelque chose à montrer. Sur des prods de L’amiseul notamment, T2LS partage un bout de son âme, de ses émotions, de ses doutes et de ses convictions dans des morceaux aux textes forts et aux inspirations boom bap.
Depuis, elle ne s’est pas arrêtée, écrivant ce qui lui passe par la tête avant de peaufiner ses textes sur des prods variées. L’une des prochaines étapes ? Collaborer, de plus en plus, avec des beatmakers grenoblois et continuer à trouver sa voie.
« On a sorti le premier trois titres un peu dans la hâte. Maintenant, le but est de faire un truc construit. J’essaie d’avoir une identité un peu plus poussée. Pour moi, ça passe aussi par la patte du beatmaker, qui peut apporter des choses et glorifier mes morceaux. »
Son identité, c’est encore une fois sur scène qu’elle s’affirme : un mélange de sensibilité, d’amertume et de colère, comme un cocktail pour dire : « Entendez-moi ! »
« Il y a une grosse vulnérabilité dans ce que j’écris, où je suis vraiment à nu. T2LS, c’est un mélange de ça : d’un côté très hargneux qu’on peut voir sur scène, et un côté émotif et vulnérable dans l’écriture brute. »
Des scènes, du collectif et des rencontres pour se faire sa place ✊
« Ma place dans le rap n’est pas encore faite, dans le sens où le rap est encore très misogyne. Avoir sa place n’est pas simple, mais je la veux tellement que… je dois faire, et continuer d’avancer sur ce petit chemin. »
Pas à pas, T2LS se fait entendre et évolue avec un entourage solide. Elle a déjà 30 minutes de live prêtes à partager, mais pas question de céder à la pression de la surproductivité. Même si c’est aussi en sortant des choses qu’elle fera parler d’elle, priorité au travail bien fait : le prochain projet devra être de qualité.
Sa double vie, entre le taf et le rap, lui permet d’avoir une stabilité et de ne pas se cramer avec l’intermittence. La musique reste un loisir, qui occupe la plupart de son temps libre et rapporte un maximum de plaisir. La suite : continuer de produire, de croire en soi, renforcer le projet et se professionnaliser. « Le chemin, je le vois aussi en continuant à bien s’entourer, à faire des chouettes connexions dans le rap. »
21h10 music : les liens du son
Le label 21h10 music défend quatre projets : T2LS, Yoh TNT, Loren6 et L’amiseul. Avec Seb, DJ, et Anto, homme de l’ombre, le collectif avance main dans la main, partageant les talents et les compétences pour faire grandir leurs projets.
« En 2025, on a fait le Cabaret Frappé avec Ben PLG et Miki. C’était un petit rêve de gosse, de faire une première partie avec un artiste que j’écoute depuis 5-6 ans. C’était ouf ! […] La force de ce groupe nous mène loin. En deux ans, j’ai énormément évolué et c’est en partie grâce à eux. On s’admire les uns les autres, on se challenge… J’ai envie d’aller aussi loin qu’eux, et ça pousse vers le haut. »
Du rap, des projets, des scènes, des belles premières parties : le chemin s’annonce palpitant. En tout cas, c’est tout ce qu’on souhaite à T2LS : continuer de croire en sa vulnérabilité et en sa hargne pour se professionnaliser et faire partie de ces rappeuses qui font évoluer notre monde en remettant les meufs à la place qu’elles méritent !
