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Thomas Bringold – L’art d’ouvrir des portes

Thomas Bringold, artiste (peintre, sculpteur, illustrateur)

Entre la peinture et le spray, la toile et le bois, la rue et la nature : Thomas Bringold est artiste peintre, sculpteur, illustrateur et fan de l’OL. Entre autres. Son truc ? Jouer avec les couleurs, les formes et les supports, affiner son art, se faire kiffer et le partager. Après s’être lancé à Berlin, avoir fait un détour à la campagne, il a débarqué à Lyon avec un atelier à la Cité des Halles. Depuis la fermeture du lieu, il prend le temps de créer, de penser et de préparer de nouveaux projets. La cité a peut-être fermé, mais toutes les portes restent ouvertes ! 

🎨 De Berlin à Lyon : déclic et des claques 

« Je pense que ça a été inconscient pendant longtemps. Créer et dessiner, ça faisait partie de ma personnalité, mais sans autre ambition. Quand j’étais à Berlin, je me suis rendu compte que tout le monde pouvait se lancer. Ça m’a donné une certaine force mentale, et le déclic s’est fait là-bas. »

La première porte qui a mené Thomas vers l’art, c’est sans doute celle de l’atelier de sa grand-mère, qui peignait sur son temps libre : « Quand elle me gardait, j’étais souvent dans son atelier et je posais beaucoup de questions. J’aimais bien, j’étais attiré par ça. » Depuis, ça ne l’a pas lâché. Au collège, il découvre le graffiti avec un voisin et se met à apprendre des techniques à ses côtés. Pendant toutes les années qui suivent, il dessine, crée, graffe, et se forme en autodidacte à côté des études.

C’est pendant ses 7 années de vie berlinoise que le déclic arrive et que l’art prend une nouvelle place dans sa vie. Il décide de lâcher son taf, de prendre un atelier pour travailler son style et préparer une première grosse exposition… que personne ne verra jamais. 

« Le jour du vernissage, confinement. Pendant 3 mois, mes œuvres sont restées dans ce lieu sans que personne ne les voit. Personne, à part moi et les personnes qui les ont installées. Mais pour moi, cette expo, elle compte. C’était dur, j’ai eu envie de tout abandonner, mais ce n’était pas jouable. Finalement, ça m’a donné de la force supplémentaire, encore plus de motivation, et l’envie de repartir sur une grosse expo solo. »

En 2021, Thomas rentre en France et s’installe dans un petit village : parfait pour aménager une grange en atelier, se mettre au vert et produire à fond. De quoi préparer sa première (vraie) expo pour le festival Les Arts en Balade à Clermont-Ferrand, et faire découvrir son travail à plus de 6000 personnes, dont pas mal d’artistes.

« C’est là que j’ai concrétisé mon projet artistique. Je me suis rendu compte, à ce moment-là, après un long processus, que je pouvais me définir en tant qu’artiste. […] Il y a eu plein de remises en question, de doutes… Jusqu’à ma première exposition solo. En fait, il y a eu deux étapes : me le prouver à moi-même, puis obtenir la validation d’autres artistes. »

La suite ? S’entourer d’autres artistes et travailler une nouvelle expo encore plus solide. C’est là que Thomas débarque à Lyon, à la Cité des Halles. Un espace idéal pour profiter d’une effervescence créative, avoir des retours et s’intégrer au monde artistique lyonnais.

« C’est dur de s’arrêter sur une œuvre, mais maintenant je me force à le faire. Si besoin, je la mets sur un mur, dans mon salon. Si elle reste accrochée et que je ne la retravaille pas, c’est qu’elle est finie. Et je la sors. Si tu attends que ce soit parfait, tu ne sors jamais rien. »

🪵 Du graffiti aux nombreux supports : des choses à créer et des portes à ouvrir

« Le graffiti, c’était une porte d’entrée pour montrer aux gens ce que je faisais. Même si une pièce n’est pas terrible, elle est là, offerte au monde. »

Depuis Berlin, le style de Thomas n’a cessé d’évoluer. Après être passé du graffiti au post graffiti et à la toile, sa mise au vert lui a permis de jouer avec le bois. Aujourd’hui encore, il teste les formats, les supports et les techniques, comme il l’avait fait pour sa première expo. « L’idée, c’était d’avoir un thème, et de montrer toutes les techniques que je pouvais faire : fresque murale, toiles, sculpture bois… […] Avec le bois, tu peux vraiment transformer la matière, dans un truc fonctionnel, beau, ou les deux. C’est ça qui m’intéresse. »

Et pourquoi pas faire des meubles, des chaises, souffler du verre et créer des vases ? Et pourquoi pas des fringues ? Toutes les portes restent ouvertes, à une condition : rester le plus indépendant possible, impliqué dans toutes les étapes de création de A à Z.

« Je suis mon instinct. Je n’ai pas forcément de plan. Essayer des trucs, et voir comment cela peut matcher avec mon style. […] Je respecte toutes les pratiques, mais j’aime être impliqué dans tous les processus. C’est là que j’apprends et que je me surprends. Ça ouvre plein de portes ! Et c’est à toi de choisir si tu la referme ou pas. Il y a des gens qui peuvent essayer de la fermer, mais c’est toi qui reste maître. Je ne m’interdis rien, vraiment, niveau technique. Je ne veux pas rester dans une case. »

Alors Thomas poursuit les recherches, toujours dans son univers coloré, avec un style moderne et contemporain qui mêle abstrait et illustrations détaillées. Tout ça n’a pas fini d’évoluer, mais il y a sans doute des choses qui resteront : le blop (sa forme abstraite inspirée du blob, la cellule qui se démultiplie, et du flop, graffiti new-yorkais des années 80), et les couleurs et les plantes. Simplement le résultat des influences avec lesquelles il s’est construit, à cheval entre la culture hip-hop et son attrait pour la nature.

« J’ai fait beaucoup de végétal parce que j’adore ça. J’ai grandi à la campagne, puis dans des grandes villes : Paris, Berlin, Lyon, en passant par les États-Unis… Donc il y a ce lien entre le graffiti, le hip-hop qui m’a toujours inspiré depuis gamin, et ce côté nature. Ça a été un peu l’objectif, et je pense que ça restera. »

⏳ Une période de transition pour mieux se retrouver et évoluer

« À la Cité des Halles, on avait une super équipe, on s’entendait vachement bien. J’ai pu avoir beaucoup de retours d’autres artistes qui ont pu m’orienter, c’était hyper précieux. Je n’ai pas fait d’école d’art, mais j’ai eu la chance d’être au bon endroit. »

Quand son atelier de la Cité des Halles a fermé, Thomas a fait le choix d’en profiter. Après 4 années à ne faire que créer, il l’a vu comme une opportunité pour se recentrer sur ses projets créatifs et affiner sa vision avant de reprendre un atelier. L’occasion de se remettre dans un travail à plein temps, pour préparer la suite dans les meilleures conditions.

« J’ai des projets persos, familiaux… C’était le bon moment pour reprendre un taf. Je produis moins, mais je produis efficacement. Je me remettrai à plein temps le moment venu, pour des projets d’envergure. Je souffle un peu. Je passe du temps à dessiner, faire des recherches… Ça permet d’avoir moins de pression financière et d’investir dans du matériel. […] Ça permet aussi de faire une pause, loin du jeu des réseaux. J’ai moins la pression. Si je n’ai pas envie de montrer mes trucs, je ne les montre pas. J’hiberne. »

Une trêve qui lui permet d’avancer sur des projets annexes et de réfléchir à l’évolution de son style. Une réflexion qu’il doit en partie à Julien Omarker, qui lui a glissé un jour : “Il faut que tu t’émancipes du blop !”. Alors il fouille et fait de la place pour autre chose, sans pour autant s’en séparer, en faisant confiance à son instinct.

« Plus je fais ça, plus je me rends compte que ça m’emmène vers d’autres directions. L’idée, ce n’est pas de rester enfermé dans le même style. J’ai envie d’explorer plein de trucs. Proposer d’autres choses mais avoir un élément connecteur, pour que les gens comprennent que c’est moi, qu’il y ait mon énergie. »

Plein de projets sont en cours, reste à voir quand ils verront le jour. Des expos, des événements, des collab’… tout reste possible. Acrylique, pinceau, spray, peinture à l’huile, bois : tout, vraiment tout reste possible. Et s’il se fait un peu plus discret, il est loin d’avoir arrêté de créer. Il continue de kiffer, et reviendra bientôt avec de (gros) nouveaux projets. N’hésitez pas à suivre son taf de plus près ! 

🗓 Rendez-vous du 27 au 3 août pour sa nouvelle expo collective – Mono-chrome !

« Il faut prendre ça comme un kiff […] Il y en a qui vont le faire pour la fame, l’argent, se valider, recevoir des avis… Et encore une fois, tout est respectable. Moi, je fais ça pour atteindre un certain épanouissement personnel complet. Chacun son parcours ! Quand j’ai compris que c’était essentiellement pour moi et ma bonne santé, j’ai pu me déterminer en tant qu’artiste. C’est bon. Personne ne pourra challenger ça. »