Dis-leur deux mots.

Marie-Laure – Une image vit mille mots

Non, les photos ne sont pas que des images figées. Derrière chaque cliché, il y a une histoire, un instant, un échange. Et parfois, un message. C’est en tout cas la vision de Marie-Laure, photographe depuis 18 ans. Pour elle, la photographie n’est qu’un prétexte. Armée de son appareil, elle part en quête de rencontres à créer, d’émotions à partager, de sujets à faire passer. On a pris le temps de parler de ses projets et de son regard sur la photographie sociale. Bilan ? Il n’y a rien de négatif !

👁 Aller là où la curiosité n’humaine 

« La curiosité, c’est quelque chose de riche, mais qui fait que l’on peut vite s’éparpiller, partager beaucoup de choses, aimer beaucoup de choses, partir dans tous les sens. C’est ce que j’aime dans l’art photographique : je pousse une porte, j’y vais dans un but… et le but est atteint, mais je repars avec d’autres choses dans ma besace. Ça ouvre beaucoup de portes. »

À l’heure où l’on écrit ces mots, ça fait 8 ans que Marie-Laure s’est lancée dans la photo de manière professionnelle, après s’être formée en autodidacte. L’un des déclics ? Avoir l’opportunité de faire des photos pour le groupe de musique Brigitte, qui lui a accordé sa confiance. Même si elle n’en était pas à son premier coup d’essai, avec différents projets dans le monde associatif lyonnais, c’est en partie ce qui lui a mis le pied à l’étrier.

Ce qui la porte, c’est avant tout sa curiosité. C’est ce qui l’a amenée à se lancer dans de nombreux projets, divers et variés : des photos d’architecture, d’événements familiaux, de projets industriels, des portraits, des paysages… Des projets qu’elle mène sur son temps libre, en parallèle de son travail quotidien.

Mais en réalité… la photo, c’est un prétexte. Derrière chacun de ses clichés, il y a avant tout des rencontres, du partage, de l’humain. Si elle a travaillé pendant des années dans les ressources humaines, ce n’est pas pour rien. 

« Ce qui m’anime dans la vie, c’est l’humain. J’adore les gens, le lien entre les personnes, les relations humaines. On n’est rien sans l’humain, c’est ce qui nous enrichit. […] Donc au niveau de la photo, c’est ce que j’aime aussi : le partage entre deux personnes. »

Son but, au-delà de faire de belles photos, c’est aussi celui-là : créer un instant de magie, une connexion qui permet de créer une image sublime, d’immortaliser un moment de partage. Et même si elle se retrouve aussi à faire des photos sans modèle, il y a toujours quelque chose à raconter : « Je fais des photos de personnes, mais surtout de situations et de contextes. Une photo, c’est une histoire que l’on peut s’approprier comme on veut. »

📸 La photographie sociale : des images en guise de témoignages

« La photographie sociale, c’est assumer ses choix. Pour transmettre un message, ou juste susciter une réflexion. C’est simplement faire réfléchir peut-être autrement, se questionner, ouvrir les yeux sur certaines choses. »

Petit à petit, et même si elle continue à mener tout type de projets, c’est vers la photographie sociale que Marie-Laure s’est orientée. Une manière de s’exprimer, de donner à voir et de sublimer des choses que l’on peut avoir tendance à oublier ou à vouloir cacher.

Et ça peut même toucher à l’immobilier : à Caluire, Marie-Laure a photographié la déconstruction d’habitations bon marché (des HBM, ancêtres des HLM). Sans prétention, elle a posté les photos accompagnées de mots, d’histoires fictives pour raconter la vie des habitants ayant quitté les lieux. Un projet remarqué par le centre social de la ville, qui a donné lieu à une exposition et un livre. L’occasion d’aller plus loin dans ses recherches, et de partir à la rencontre d’anciens habitants pour récolter leurs témoignages et accompagner ses images.


« D’un petit grain de sable, c’est devenu un projet fou. Les gens se sont retrouvés pour un projet participatif et ils étaient heureux. […] Aujourd’hui, on nous demande de donner un nom de résidence aux nouvelles habitations, pour immortaliser ce qu’il s’est passé. […] Ce qu’il en reste, du patrimoine architectural, c’est du patrimoine humain. Par ces murs, on a fait parler des gens, qui sont encore debout contrairement à ces bâtiments qui sont rasés. »

Passionnée par la vie sociale, la mixité des gens et leur quotidien, Marie-Laure a initié un autre projet, destiné à mettre en avant des commerçants et les 14 lieux emblématiques visitables à Caluire. Des photos, associées à des mots, qui ont été accueillis à la Mairie pour une belle expo – qui devrait désormais voyager ailleurs… 

Cela fait aussi plusieurs années qu’elle participe au projet Vénus de Spacejunk, une action artistique de sensibilisation pour lutter contre le cancer du sein. Un projet annuel qui mixe graphisme, photographie et dessin, au service de la santé. Plus concrètement ? Des photographes font des photos en studio pendant toute une journée, puis les tirent en noir et blanc sur des toiles. Ces dernières sont transmises à des artistes, amateurs ou professionnels (comme Momo 👋), et à des centres sociaux qui les customisent. Un vernissage est ensuite organisé, avec une vente aux enchères dont les bénéfices sont reversés à des associations. Une belle initiative pour mettre l’art au service de la santé !

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À travers la photo, Marie-Laure a aussi trouvé un moyen de s’engager pour des causes qui lui tiennent à cœur. Ce qu’elle peut faire avec le projet Vénus, mais aussi dans d’autres contextes, par exemple en faisant des portraits de personnes atteintes de trisomie : « Personne ne veut voir le handicap, la maladie. Parce que ça fait peur. Faire des photos que l’on arrive à sublimer, ça peut faire ouvrir les yeux. C’est quelque chose que tout le monde met de côté, que l’on veut rendre invisible. Et la photographie sociale, c’est ça : rendre visible l’invisible. »

« La photographie, ou l’art en général, permet d’exprimer des mots, des idées. Et à mon avis, c’est la puissance de l’art. Il permet de véhiculer des émotions, mais peut-être aussi un message pour celui qui veut le saisir. Ou en tout cas, il peut faire vibrer quelque chose. On ressent quelque chose. Et parfois, il y a des petites choses qui, subtilement, font leur chemin. »

🪞La photographie au service de la confiance en soi : il n’y a pas photo !

Quand elle fait des portraits ou des compositions qui impliquent un modèle, Marie-Laure a tendance à demander à la personne d’oser et de se lâcher. L’objectif ? Arriver à l’instant de vérité tant recherché.

« À mon sens, ce qui crée la magie d’une photo, c’est une complicité entre le photographe et le modèle. D’ailleurs, je demande toujours au modèle d’apporter son envie. Il y a un partage de projet. Et à un moment donné, il y a quelque chose qui se passe et la photo est sublime, parce que l’on ne ment pas. Il y a un instant de vérité qui est immuable. »

Considérant la photographie comme une manière de lâcher prise, de se désinhiber, elle propose aussi de l’accompagnement en bien-être via la photographie. « Pour essayer de tendre à enlever tout ce qui est timidité, de mieux s’apprécier, de tendre vers l’expression de soi. »

Une démarche d’accompagnement par l’image, destinée notamment à des femmes atteintes d’un cancer, mais aussi à d’autres personnes ayant des difficultés avec la confiance en soi. L’appareil photo, qui peut être si intimidant, se transforme alors en outil pour aider des personnes à se voir, à se connaître et à s’affirmer.

Et même s’il peut y avoir beaucoup de travail, en amont et en aval – sans compter la crainte de décevoir des personnes ayant du mal à se voir dans le miroir –, le jeu en vaut clairement la chandelle.

« Si les personnes arrivent au fil du temps à se désinhiber, c’est gagné. Et après, inconsciemment, il y a des choses qui se passent par la suite. Les personnes ressortent avec le sourire, et c’est déjà bien. C’est un petit point de gagné. […] La photo, c’est la finalité. Ce qui est important, c’est le chemin, l’accompagnement que l’on fait en elle, en soi, en nous, pour pouvoir s’apprécier au fil du temps. »

Depuis deux ans, Marie-Laure fait aussi partie du collectif Shabe!, un groupe de photographes lyonnais qui éditent une revue pour promouvoir des photographes, amateurs et professionnels, de Lyon et de sa région.

Vous l’aurez compris : curieuse comme elle l’est, elle n’a pas fini de créer et de partir en quête de nouveaux projets. Elle continuera à se servir de la puissance des images pour rencontrer des humains dans leur quotidien, raconter des histoires, animer des ateliers, aider certaines personnes à s’accepter, et exprimer ce que l’on peut avoir tendance à préférer dissimuler. En bref ? Elle continuera à s’émerveiller et à nous le partager !

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Jim (Rue d’Algérie) – La rue très portrait

Il y a ceux qui passent dans la rue sans la regarder en face, et ceux qui profitent de ce qu’elle a à leur offrir. Et oui, elle a beaucoup à donner quand on prend le temps de s’y attarder. La rue, c’est le lieu qui nous appartient tous, où l’on se croise, où l’on échange, où l’on se rencontre. Un lieu où l’humain est ce qu’il est et où règne l’authenticité. C’est cette dernière que Jim, photographe, capture au quotidien. Les jaloux diront que la rue n’est faite que de clichés… mais la rue, c’est d’abord la vie et la mixité ! 

Une passion et des photos authentiques 📸

Passionné par la photo depuis longtemps, Jim s’est cherché pendant des années avant de franchir le cap d’en faire son métier. Pas forcément facile de prendre conscience que ça peut être un taf à plein temps, d’autant plus quand on se forme en autodidacte – en pratiquant, en côtoyant des photographes, en ponçant des vidéos YouTube et des bouquins. Mais ce n’est pas pour autant que l’on n’est pas légitime.

 « J’ai toujours aimé la photo, mais je l’ai toujours vue comme une passion. Le retour des gens m’a fait prendre conscience. […] J’ai toujours eu un complexe de l’imposteur, comme beaucoup d’artistes en auto-entrepreneur ou en freelance, mais j’aime trop. J’ai mis du temps à trouver que c’était mon truc, maintenant que je l’ai, je ne le lâche pas. »

Avant ça, Jim a quand même toujours tourné autour de l’image. Un BTS graphisme lui a appris la bonne maîtrise des logiciels, même s’il est du genre à les utiliser le moins possible pour que ses photos restent authentiques. « Il n’y a jamais trop d’édit, jamais trop de retouches. Il y a ce dénominateur commun entre les projets. »

Et finalement, le travail finit par payer. Même si c’est plus dur d’être reconnu quand tu n’es pas dans les tendances, son taf a fini par attirer de belles enseignes (Carhartt, Lacoste…), qui lui confient des projets en lui laissant carte blanche. Les photos sont quali et les retours aussi, mais attention : pas question de travailler avec n’importe qui. Derrière ses photos, il y a des relations humaines, et c’est ça qui prime. Être indépendant, c’est aussi avoir cette liberté-là ! 

« Tu rencontres beaucoup de gens qui ne sont là que pour l’oseille. Là, je sais que les gens avec qui j’ai des contrats réguliers, c’est des gens avec qui on s’est entendus humainement d’abord. Et ça, moi, c’est ma ligne directrice. Un rapport entre les personnes, les humains, qui est sain. »

Jamais dans la tendance, mais toujours dans la bonne direction 🥷

À côté des commandes qu’il peut avoir, Jim arpente les rues toujours à l’affût, prêt à faire sa meilleure photo : celle qu’il n’a pas encore faite, comme le dirait Joel Meyerowitz. Il capte des instants. Un grand-père posé sur son banc. Un coin de bâtiment animé par l’ombre d’un volet. Des scènes, des moments qu’il stocke précieusement et qu’il partage parfois. Sans prétention. Juste la passion.  

« La raison, elle reste la même. C’est juste la passion de faire des photos. Je pense que je suis un drogué de ça. Je ne me force jamais. […] Je ne fais pas tout pour que ce soit vu. Je fais plein de photos parce que je suis un drogué de photo, j’aime trop. »

Comme un voleur d’image (pour reprendre les mots de Eliott Erwitt), Jim veut des moments vrais. Des instants qui transpirent l’humain, la rue, le réel, et qu’il retouchera le moins possible. D’ailleurs, pas besoin de courir après un matos de dingue pour faire de beaux clichés !

« Tu peux faire une putain de photo avec un Kodak jetable que tu as acheté au tabac 9 balles. Si tu l’as prise au bon moment, que c’est la bonne scène… Pour moi c’est ce qui prime, avant la qualité, la colorimétrie, la définition… Juste qu’est-ce que tu as vu, et qu’est-ce que tu as figé. […] Le but, c’est de ne pas être vu quand je prends la photo, pour rien dénaturer. D’arriver à choper le moment critique, le moment où tu peux comprendre, voir ou capter quelque chose. » 

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De l’humain et du réel, authentique et honnête : ça a toujours été les mots d’ordre de Jim, et ça le restera. Ses photos ne sont pas les plus colorées, les plus vives pour plaire à la majorité sur Insta. Ce n’est pas le but. Pas question de retourner sa veste, de chercher à suivre certaines tendances, certains mouvements, de faire la course aux likes ou à la visibilité. Ça sonnerait faux. 

« Je trouve qu’on va dans un truc qui est un peu dans l’appauvrissement de beaucoup de choses. Dans la musique, dans la culture en général, même dans la politique… On est un peu régis par beaucoup de tendances, justifiées ou non. C’est aussi pour ça que j’aime tant le projet Rue d’Algérie : il ne suit aucune tendance, il est très authentique, et je ne peux pas sortir de cette ligne-là. Tu ne peux pas tricher. […] La visibilité, je trouve que ça biaise beaucoup de choses. »

Rue d’Algérie : une fresque de la diversité humaine ✊🏻✊🏼✊🏽✊🏾✊🏿

Ce projet Rue d’Algérie, c’est un projet collectif. Des portraits de lyonnaises et lyonnais qui viennent tenter l’expérience du portrait pour bâtir, ensemble, une véritable fresque. Ça a commencé dans la rue du même nom, alors que Jim y travaillait. C’est au début du confinement que lui est venue l’idée de photographier des gens, en noir et blanc, à l’heure où la liberté s’effaçait et où la mixité sociale n’avait plus l’occasion de s’exprimer.

Ça a démarré avec les portraits de 5-6 potes. Un jour, il se décide à les sortir et les poste sur un compte qu’il nomme « Rue d’Algérie », sans voir plus loin que ça. Les personnes concernées ont relayé, leurs potes ont vu, ont voulu faire leur portrait… et ainsi de suite. 

Pas mal de commerçants de la rue sont aussi passés devant son objectif, et devant la vieille porte en bois de la rue. C’est notamment le cas de Markus, le bouquiniste de 80 balais. Et puis il y a eu des banquiers, des étudiants, des lascars, des… de tout, en fait. La rue d’Algérie met en avant la diversité, la richesse de la ville et de ses habitants. D’ailleurs, le nom de la rue est déjà un message important !

« Ça a vraiment fait boule de neige. Aujourd’hui, on est à 650 portraits à peu près. Le jour où il n’y a plus personne qui ne veut faire de portrait, le projet n’existe plus. C’est eux qui font la comm’, c’est eux qui en parlent, c’est eux qui relaient leur portrait… […] Sans que ce soit calculé, tout se goupille très bien. Parce que même la rue est ouverte à tous. Les portraits sont faits dans la rue, il n’y a pas de lumière artificielle, donc c’est ouvert à tout le monde, tous les gens qui passent. C’est le but du truc. »

Depuis, Jim ne fait qu’accompagner le projet, avec son appareil et son œil. Ce sont les gens qui le portent, qui le font vivre. Il n’y a aucune sélection, aucun filtre, et c’est important : le projet est ouvert à tous. Les portraits que vous voyez, ce sont simplement des gens qui ont entendu parler du projet et ont fait le choix de le rejoindre. C’est aussi simple que ça.

Rue d’Algérie réunit des humains dans toute leur diversité, dont l’humanité est sublimée par les portraits, qui donnent un max de puissance à leurs regards et à leurs expressions. Le signe 69 fait avec les mains est aussi devenu indissociable de chaque portrait, comme un symbole fort de l’appartenance à Lyon et du passage dans le projet.

« Le noir et blanc a cette signification de la diversité, et le fait que ça lisse vachement les projets entre eux. Les likes sont masqués, c’est du noir et blanc, donc il n’y a pas de comparaison. Tu vas directement dans la personne, dans le regard et ce qu’elle dégage. Tu n’es pas diverti par les couleurs de son t-shirt. Et il y a des blancs, des noirs, des reubeus, des asiats… Je trouve que tout allait dans le sens qu’il fallait que ce projet soit fait en noir et blanc. Ça renvoie ce truc de mixité, sans être perturbé par d’autres marqueurs. »

Petit à petit, le bouche-à-oreille a fait son bonhomme de chemin. Grâce au compte Insta et à des collages, les demandes de portrait se sont décuplées. Mais l’idée n’est pas d’en faire un business, simplement de faire vivre le projet, la rue et sa liberté. Le projet reste simple et authentique, et n’a pas vocation à devenir une plateforme de relai, de communication, ou de mise en avant. Tout ce qu’il prône, c’est l’ouverture, l’humilité, la paix.

« Le but, c’est que ça représente juste Lyon, dans sa diversité. Et par extrapolation, la France. C’est ouvert à tout le monde. Tous ceux qui ont envie de participer peuvent participer. La seule limite, notamment pour le côté intergénérationnel, c’est le fait que ça n’existe que sur Instagram. Sinon, il n’y a pas de limites. Juste un projet de gens vivant à Lyon. Punk, tatoueur, rappeur, lascar, jeunes ou vieux… on s’en tape, tu vois. Juste c’est notre ville, et c’est comme ça ! »

Le projet filtre tout seul, et n’attire que des gens ouverts, vrais, qui partagent des valeurs communes. La preuve ? Quand Jim a sorti un maillot pour soutenir la Palestine, le compte n’a perdu aucun abonné. Ah oui, car au-delà des portraits, Jim a sorti un fanzine, des casquettes, des maillots, et organisé quelques événements, notamment des collages. Une autre manière de rassembler et de véhiculer des valeurs.

« C’est plutôt des petits trucs, des petits événements, et c’est plus une façon de remercier les gens qui participent au truc et de fêter l’existence de ce projet. Et puis c’est aussi une façon de le faire connaître, et de le rendre à la rue. »

Un projet de collage, plus central, est dans les tuyaux avec le soutien du collectif de JR, Inside Out. Il paraît qu’un nouveau fanzine serait aussi en cours d’écriture pour vous plonger dans les coulisses du projet. La rue n’a rien à cacher ! Avec pas loin de 700 portraits au compteur, depuis 4 ans, l’aventure collective a déjà pris une sacrée ampleur. Mais elle ne fait que commencer : la rue n’a pas fini de vivre et de nous faire vibrer.

Si vous voulez vous joindre au projet, vous êtes évidemment toutes et tous les bienvenu(e)s ! 

Inès – La curiosité est une saine qualité

La curiosité est un vilain défaut. Et si c’était plutôt une grosse qualité ? Si c’étaient les questions que l’on se pose et les échanges que l’on provoque, qui nous faisaient grandir et nous ouvrir au monde ? Inès est journaliste (apprentie, mais plus pour longtemps). Mais c’est surtout une exploratrice. Une meuf qui s’écoute, qui a envie de suivre ses envies et ses passions, de découvrir le monde et de combattre l’injustice à sa manière. Même si le syndrome de l’imposteur n’est jamais loin derrière !

L’école de la curiosité 🕵️‍♀️

Du haut de ses 25 ans, Inès vient tout juste de terminer ses études. Enfin l’occasion de sortir du cadre scolaire, dans lequel elle ne s’est jamais vraiment sentie à sa place. « Pendant une longue période, à l’école, on m’a un peu cassée. Parce que je ne rentrais pas forcément dans les codes de l’école. Et en terminale, j’ai eu une révélation. »

Cette révélation, c’était le journalisme, qui l’intéressait depuis toute petite sans qu’elle ne s’en rende vraiment compte. Une passion venue notamment de son père, qui portait un grand intérêt à l’actualité et lui a donné goût à l’information. 

« J’ai toujours été hyper curieuse. Même parfois un peu trop. À vouloir tout comprendre, tout savoir. Et je le retrouve dans mon taf. […] Dis-toi que je viens de retrouver un journal que je faisais quand j’étais petite. J’interviewais mon petit frère, je jouais à la présentatrice… »

Aujourd’hui, ce n’est plus dans sa chambre qu’Inès joue à la journaliste, et ce n’est plus son frère qu’elle questionne. Après un bac S (par dépit), elle s’est orientée vers une licence d’info-comm’ et l’ISCPA, avant de multiplier les reportages chez Monkiiiz. Parfait pour continuer à poser ses questions, découvrir et transmettre des choses avec un maximum d’implication.

« Tu peux donner la parole à des gens qui n’ont pas l’occasion de faire passer leur message, et tu peux aussi montrer à des gens des choses qu’ils n’ont pas l’occasion de voir. Un prof me disait : “le journalisme, c’est un peu les yeux du monde.” »

En plus de pouvoir assouvir sa curiosité, c’est l’occasion pour elle de s’engager sur certains sujets, sans que ce soit forcément conscient. Car mine de rien, faire du journalisme, c’est choisir des sujets, des intervenants… Et donc, qu’on le veuille ou non, prendre position.

« Il y a une part de moi qui n’aime pas l’injustice. Et, à terme, j’aimerais faire passer des messages par rapport à ça. Je pense que c’est un peu ça, aussi, qui m’a donné envie. C’est un peu une manière de (je ne sais pas si c’est le bon mot) militer. […] Je suis hyper touchée par les causes sociales, humaines, et je trouve que le journalisme est un moyen de faire un peu justice, avec ce que tu produis. »

Réalité sociale et réseaux sociaux 📱

Pour choisir ses sujets, Inès est en veille en permanence. Un travail de longue haleine loin d’être évident à l’heure de la surinformation et des notifications qui pètent dans tous les sens. « Avec les réseaux sociaux, tu as un peu cette course au buzz, à la désinformation, au bad buzz et tout. Dans le traitement médiatique, j’ai un peu honte de faire cette profession parfois. Je comprends que des gens la détestent. »

Mais il y a un tas de journalistes qui font un travail de qualité, essentiel pour que l’on ait tous accès à l’information et qu’on puisse ouvrir les yeux sur le monde. Tout dépend où tu t’informes, et où tu fais le choix de t’informer.

Ce qui fascine Inès, c’est le photojournalisme et les reporters de guerre. Et, plus largement, le journalisme de terrain, qui permet d’aller voir la réalité en face et de montrer les choses telles qu’elles sont vraiment. « Je trouve que vraiment, ces gars-là, ils sont incroyables. Si ils ne sont pas là, tu n’es pas au courant de ce qu’il se passe dans le monde. Ils ne peuvent pas mentir et donner de la désinformation. »

Des réalités qui peuvent vite nous assaillir et impacter notre santé, surtout quand tout arrive en quelques secondes sur les applications. Parfois, on peut avoir besoin de couper pour préserver sa santé. Car entre les infos souvent négatives, le traitement médiatique injuste, la loi du kilomètre qui nous biaise… 

« Tu es tout le temps en sur-connexion, en fait. Ça a un impact sur la santé mentale. Il faut aussi penser à soi. Être tout le temps sur-informé, ça fatigue énormément. C’est paradoxal car quand tu fais ce métier, tu dois être connecté au monde… […] Ça me fait trop peur d’être addict à mort à mon téléphone. Les réseaux, c’est tellement cool, mais tellement dangereux… Sur la santé mentale, c’est terrible l’impact que ça a ! »

Se nourrir du monde 🌍

Dans tout ça, Inès tâche de se préserver avec passion. Ses yeux pétillent de la soif d’apprendre, de comprendre, de connaître. Le sujet qui n’a pas d’intérêt ? Connaît pas. « Je pense que c’est une des qualités premières qu’un journaliste doit avoir : tout est intéressant à faire, tout est cool à apprendre. Il faut juste être curieux de tout. Et tout est sujet à faire un sujet. Il faut juste savoir bien angler, trouver les bons interlocuteurs… »

Et ça, Inès sait le faire. Si elle aime tant le reportage, ce n’est pas pour rien. Elle aime échanger, voir les choses de près, les vivre, s’en imprégner pour en ressortir grandie et les retransmettre comme il se doit. « J’aime être sur le terrain, rencontrer des gens, parler aux gens. Être sur le vif du truc. Quand tu es sur le terrain, tu vis vraiment le truc. » Peu de doute, l’audiovisuel, qu’il s’agisse de photo, de podcast et / ou de vidéo, fera partie de son avenir. C’est ce qui lui permet de s’enrichir. 

« J’aime me nourrir du parcours d’autres personnes. Souvent, avec les interviews, c’est ça qui est cool : tu te nourris un peu de la vie des gens. […] Je vois des trucs qui n’ont rien à voir les uns avec les autres, et c’est ça, je trouve, qui fait la richesse des gens, et un peu l’ouverture d’esprit aussi. Tu vas voir ce que tu ne pensais pas aller voir au premier abord, et c’est là que tu deviens authentique et sincère dans tes projets. »

Ne croyez pas qu’elle fait un travail facile, qu’il s’agit simplement d’aller discuter avec des gens et de filmer. C’est un gros travail avant, pendant, après ! « Quand tu as un profil qui se questionne tout le temps, beaucoup, sur tout, que tout est sujet à des questions… Ton cerveau est tout le temps en ébullition, donc en fait tu ne te poses jamais. »

Transformer l’illégitimité en force 💪

« J’ai un gros souci de légitimité dans ma vie, donc je ne me sens pas légitime de dire quoi que ce soit. […] C’est handicapant, parce que tu te bloques à faire des trucs, tu te freines toi-même. Il y a toujours ce truc dans ma tête qui va me dire “redescends, meuf”. »

Ça fait partie des premiers mots que m’a dit Inès. Pourtant… Elle a une tonne de trucs à dire, elle fait des reportages de qualité et elle est pleine d’idées. Pas question de se démonter. « En vrai, si tu es passionné(e) et que tu en veux vraiment, tu finiras par trouver ta voie. Certes, tu peux galérer. Mais je n’ai pas de problème à aller bosser. Et s’il faut faire n’importe quel métier, ce n’est pas grave. Je ne vais pas rester là à rien faire. »

Même si elle a ce p*tain de syndrome de l’imposteur, on peut avoir l’impression qu’elle en a fait une force : elle prépare deux fois plus tous ses sujets, passe un temps fou à stalker pour tout comprendre et préparer les bonnes questions. « J’essaye de casser ce syndrome en me disant que je vais grave m’informer, comme ça j’aurais les outils pour bien rebondir et pas me trouver face au mur. » Et puis, peu importe les cases qu’on nous impose. Elle compte bien suivre sa passion et son cœur, et ne pas lâcher tant qu’elle peut avancer. 

« En fonction de ton âge, tu as des étapes à remplir et des cases à cocher. Alors qu’en soi, on s’en fout ! Juste vis, et trouve des trucs dans lesquels tu es heureux, tu vois. […] Je pense qu’il faut garder ce côté “passion”. Ma plus grande peur, c’est d’être enfermée dans une routine métro boulot dodo. Et t’es vide de l’intérieur, et y’a rien qui t’anime. […] Je veux trouver un truc où je me sens bien et où je suis en accord avec moi-même. »

Animée par beaucoup trop de trucs pour s’ennuyer, Inès est du genre à avoir tout le temps beaucoup de trop de choses à découvrir et à tester. C’est son moteur : « être curieuse sur le monde, et entourée de ses proches. Être bien entourée, aussi. C’est hyper important. Ouais, c’est ça qui m’anime, je pense. » Alors elle prend soin de sa santé mentale, et de sa santé sociale. En commençant par se ressourcer régulièrement près de ses racines, en Algérie.

« C’est hyper essentiel à ma santé mentale. C’est hyper important. Alors que ce n’est pas évident d’être binational : tu as peur de louper des trucs ici, mais là-bas aussi. Je pense que ta plus belle richesse, c’est vraiment ton entourage et là d’où tu viens. Et tant que tu arrives à te reconnecter avec ça, bah c’est ça qui te fait garder les pieds sur terre, je pense. »

En phase avec elle-même, avec son cœur et ses envies, Inès a beaucoup trop de choses à raconter, beaucoup trop de reportages à partager. Ce qui est sûr, c’est que tant qu’on lui donnera le micro et qu’on la laissera s’exprimer, tout ce qu’elle partagera sera vrai !

Kévin Carpin (Iconogone) – Enquête d’images et d’histoire

On a tendance à l’oublier : sous nos pieds, il y a toute une histoire. Que ce soit lors d’une virée en montagne ou au chaud dans notre appartement, la nature et des humains sont passés par là. Kévin Carpin, aka Iconogone, est photographe et chercheur indépendant. Son temps, il le passe à la montagne, dans les souterrains de lyon ou aux archives, sur les traces du passé. Une belle manière de préserver notre environnement et de sensibiliser, mais aussi de réfléchir l’avenir…

De la montagne à la photo : une image vaut mille monts 🏔

Ça fait plus de 15 ans que Kévin fait de la photo. Une passion qui a débarqué un peu par hasard, et qui vient d’abord de son goût pour la nature. Mordu d’alpinisme et d’escalade depuis tout jeune, il passait tous ses week-ends à crapahuter en montagne ou en forêt. Jusqu’à ce qu’il se décide à immortaliser tous ces moments…

La photo, il l’apprend sur le tas, avec de petites formations à droite à gauche. C’est en 2019 que les choses prennent une autre ampleur, et qu’il décide de s’y consacrer sérieusement. L’objectif (sans mauvais jeu de mot) : expérimenter la photo et les arts numériques, tout en faisant des recherches approfondies sur ses sujets.

« Tout ce qui est recherche, c’est un peu venu naturellement, par la passion. […] Ce que je veux faire, c’est de la photo documentaire, scientifique et historique. […] Je me pose plein de questions et souvent on me dit “non, vas-y, fonce !”. Ouais, ce n’est pas tous les jours facile. Mais si ta passion est là, je pense qu’il ne faut pas lâcher. »

Iconogone (icono du grec eikona, signifiant image, et gone du langage lyonnais, signifiant enfant des rues) décide alors de suivre sa passion pour la vivre pleinement. S’il s’intéressait d’abord essentiellement à la montagne, une panne de voiture le force à rester à Lyon quelque temps. Curieux comme il est, difficile de rester en place ! Il commence alors à fouiller la ville et ses alentours : il découvre les galeries, les souterrains… et une nouvelle source intarissable de recherches.

« Je fais énormément de recherches historiques, en parallèle des images que je réalise. Particulièrement sur les souterrains de Lyon, où je fais énormément de photos, dans les galeries lyonnaises. J’essaie de comprendre pourquoi cette galerie a été creusée ici, comment est-ce qu’elle a été creusée, par qui… »

Des souterrains et une histoire à creuser ⛏ 

Au moins une fois par semaine, Kévin est aux archives municipales en train de fouiller. En septembre, il reprendra même la fac, pour aller plus loin et perfectionner sa méthodologie : « Ça fait 7 ans que je bosse sur le sujet des souterrains de Lyon, que j’accumule plein de données. Mais je m’intéresse aussi au côté historique des glaciers : l’utilisation qu’on a eu, leur évolution… C’est un travail d’archives et d’images. […] J’ai acquis une méthodologie petit à petit, au fil des rencontres que j’ai pu faire : des archéologues, des chercheurs au CNRS… J’écris beaucoup de choses, que j’aimerais publier, mais je ne me sens pas tout le temps légitime. »

S’il a déjà publié (sur les souterrains et avec des magazines spécialisés pour parler des glaciers), Kévin aimerait continuer dans cette direction. 

Pas toujours évident d’avancer à la vitesse qu’il aimerait, d’autant plus que le sujet des souterrains lyonnais est délicat. En théorie, ils sont tous fermés et inaccessibles, si ce n’est par la ville qui peut avoir besoin d’aller inspecter. Mais ça, c’est la théorie. Parfois, certains s’ouvrent et c’est le moment où jamais pour foncer, descendre et étudier ! Mais même si les recherches aboutissent, pas question de tout dévoiler trop vite… 

« Il faut un peu jauger ce que tu dis. Parfois j’aimerais être très direct, mentionner exactement un emplacement parce que ça va avec l’histoire… dans un cadre scientifique, c’est génial. Mais si ça s’exporte, certains ouvrages, qui ont un patrimoine et une richesse en histoire, risquent d’être dégradés par des visites régulières. »

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Des recherches solo mais sur l’eau💧

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, ce qui motive Kévin dans ses recherches sur Lyon n’est pas tant le mystère entourant les fameuses arêtes de poissons.

« C’est un sujet hyper controversé donc forcément, ça fascine. Tu as envie de comprendre à quoi ça a pu servir, et puis c’est gigantesque. À Lyon, tous les souterrains ont été creusés en lien avec l’eau. Pour aller chercher de l’eau dans la colline. Les arêtes de poissons, c’est le seul souterrain qui n’a pas été creusé pour ça. »

Le sujet qui fascine le plus Iconogone, c’est justement l’eau, et tous les besoins que l’on a pu avoir par le passé. Pourquoi tel souterrain était là, à quoi il a servi… Il s’agit d’un passé assez récent, qui a représenté des efforts colossaux. Pas évident de s’en rendre compte aujourd’hui, mais il y a quelques années, il fallait creuser pour avoir de l’eau !

« J’aime comprendre pourquoi il y a eu ces besoins. Pourquoi telle personne s’est dit, dans les années 1800, je vais creuser un souterrain dans mon jardin. Aujourd’hui, on ne s’en rend plus compte. On ouvre le robinet et on a de l’eau. Mais eux, ils descendaient tous les jours remplir des seaux pour avoir un peu d’eau pour leurs besoins quotidiens. »

Quand il fait des recherches sur un souterrain en particulier, Kévin arrive petit à petit à retrouver l’histoire de ce qu’il s’est passé en surface au travers des siècles. « Et maintenant tu peux avoir un immeuble construit dessus, et on a oublié quoi ! Pourtant, le souterrain qui est en dessous, en cherchant un peu, tu peux comprendre comment ça se passait. Et je trouve qu’il y a besoin de comprendre. »

Comprendre et montrer pour préserver et sensibiliser 💡

Derrière ces recherches, il y a aussi un puissant sentiment d’adrénaline et de liberté. Le fait de s’isoler, d’être des mètres et des mètres sous terre, à la recherche d’un mystère… « Vu que c’est en souterrain, c’est caché de tout. On l’oublie, on le néglige, parfois c’est détruit, un peu modifié… Il y a aussi un côté très libre, d’être sous terre. Un peu ce sentiment d’être caché de tout, de te déconnecter. »

Mais, vous l’aurez compris, il ne fait pas que ça pour le kiff. Derrière ses images et ses recherches, il y a aussi la volonté d’expliquer, de transmettre, pour préserver et sensibiliser. 

« Il y a deux grands messages que j’aime bien faire passer à travers mes photos. Sensibiliser sur la fragilité de la nature et de l’environnement qui nous entoure. Et après, essayer de vulgariser certains sujets un peu complexes. […] Par exemple, quand tu vois les couches sur les glaciers, c’est un bon moyen d’expliquer et de montrer comment ils se forment ! »

Un travail d’information et de création qui est essentiel pour la mémoire… mais pas que. On a tendance à penser progrès et nouvelles technologies pour l’avenir, mais c’est aussi dans le passé que des solutions peuvent être trouvées ! 

« C’est important, peut-être même pour un futur. Au niveau hydrologie, il y a déjà de l’eau qui coule, qui va dans les égouts. Pourquoi ne pas la récupérer ? Peut-être pas pour la boire, mais pour arroser les jardins, les parcs… Il y a le passé, mais aussi ce qu’on peut faire pour le futur qui m’intéresse. »

Mieux encore, il y a l’exemple des tours à vent, utilisées en Iran depuis plus de 1000 ans : des tours qui permettent, grâce à un système de circulation d’air, de refroidir la surface de la ville de façon naturelle. « Souvent, on essaie de trouver des solutions avec nos technologies et tout ce qu’on connaît maintenant. Mais en fait, si tu vas chercher un peu dans le passé ce qui se faisait, il y a parfois des trucs qui ne sont pas bêtes, et très simples à réaliser ! »

À l’heure actuelle, Kévin est sans doute en train de fouiller un souterrain situé (on ne le dira pas), dans les pentes de (au choix) : « C’est vraiment magnifique. C’est un souterrain sur lequel je fais la plupart de mes recherches en ce moment, et ouais c’est incroyable ! ». En attendant de publier les 4000 photos qu’il a en stock, il poursuit ses recherches, accumule les images, fait des expos et des conférences. Il creuse, il creuse, et vu la richesse du territoire, il n’est pas prêt de toucher le fond !

📸 Au pied du glacier

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Kévin avait le projet d’aller sous un glacier, pour y trouver des cavités sous glaciaires : des gros tunnels de glace (que l’on voit souvent sur des photos en Islande, mais que l’on peut aussi trouver en France). Après un jour de marche, il découvre la cavité : « on était en plein mois d’août, ça fondait à une vitesse hallucinante ! ». Le lendemain, il y retourne et y reste une minute le temps de la photo. « On n’était pas sereins. Tu te dis ouais, on est vraiment tout petits face à la nature ! C’est dangereux, et en même temps, c’est ce glacier qui alimente les versants du Rhône. »

Bimo – Du cachet pour sublimer les émotions cachées

Et si, pour trouver les choses belles, il suffisait de bien les regarder ? D’être attentif à ce qui nous entoure, aux détails, pour y trouver de la sensibilité ? Lionel Lacotte, aka Bimo, est vidéaste. Et photographe. Et danseur. Et artiste. Mais… mieux vaut ne pas l’enfermer dans une case : il risquerait d’en sortir ! Avec des vidéos qui ont du grain et du cachet, il rend visible et sublime tout ce que vos yeux veulent vous cacher…

L’art de faire des choses 🪄

Lionel fait ses premiers pas dans l’art avec la danse. Il l’apprend sur le terrain, à l’époque de la fac, alors qu’il était encore à la Réunion. Assez vite, il s’invite dans les événements hip-hop et les battles. Un jour, il prend l’iPhone d’un pote pour tester des choses, essayer de filmer, faire des ralentis… et c’est le déclic.

Après un an de fac d’histoire, il file pour 4 ans aux Beaux Arts. C’est là qu’il se déconstruit, et qu’il apprend à être beaucoup plus créatif. Là-bas, il apprend à regarder différemment, à voir la beauté dans les choses qu’on ne regarde pas habituellement.

« C’est là que j’ai un peu déconstruit tout ce que je savais. Tu as un sujet, et on t’apprend à voir comment tu vas le décrire, l’amener, etc. Et grâce à ça, j’ai déconstruit. Dans l’image, il n’y a pas que le parfait. On regarde exactement ce qui se passe dans l’image : l’arrière-plan, le sujet… il faut essayer de trouver des liens, de la profondeur dans ce que tu vois. […] Avant, je n’étais pas du tout observateur. Au contraire, il me fallait du temps. Maintenant, je regarde tout. Il faut rester à l’écoute ! »

À 23 ans, il débarque en France Métropolitaine pour faire des études de cinéma. C’est là qu’il pourra apprendre la technique, savoir comment fonctionne les rouages, le montage, les castings, les autorisations… 

Et c’est tout ça qui l’a mené là où il est aujourd’hui : indépendant, naviguant entre la danse, les vidéos, les photos, et même un peu de mix. Installé à Paris avec dans ses valises une dizaine d’années d’expérience, il multiplie les vidéos de danse, notamment de jeunes danseurs parisiens qui méritent de voir leur art sublimé par un œil aiguisé.

« Je n’aime pas trop me proclamer artiste. Je préfère me dire que je fais des choses. De la vidéo, de la photo, de la danse… Si on me met dans un truc précis, je suis du genre à en sortir tout de suite. »

Déconstruire la beauté pour mieux construire et sublimer 💫

Ce qui intéresse Bimo, ce n’est pas de faire du beau comme on en voit tous les jours. Son truc, c’est plutôt de s’intéresser à des choses simples et de trouver la meilleure manière de les sublimer. Même les erreurs peuvent se transformer en qualités !

« Tout le monde peut faire des trucs beaux. Tout le monde aime ça. En vrai, ce n’est pas intéressant. Regarde le truc moche, et vois ce que tu peux en retirer. Avec une autre pensée, pour faire en sorte que ton truc soit un peu unique, qu’il sorte un peu du lot. En fait, il faut juste ne pas fermer les yeux à tout. Ne pas oublier qu’il y a autre chose qui t’entoure ! »

Sensible à tout ce qui nous entoure, il est du genre à ouvrir les yeux quand les nôtres sont fermés. Dès qu’il croise une architecture particulière, un objet anecdotique, un détail que personne ne regarde, il pense “vidéo”, mise en scène, et pourrait bien y revenir pour une prochaine création.

Pour toucher la sensibilité, pas besoin d’artifices, de matériel de dingue, d’accessoires en tout genre. D’ailleurs, dans son sac, pas de matos’ de fou. Bimo est plutôt du genre à utiliser les caméras qui servaient à la base aux vidéos de vacances familiales et dont plus personne ne se sert : « Je vais un peu là où personne ne va ». 

Du matériel simple, mais dont il tire profit : en jouant sur les couleurs, sur l’étalonnage, sur le grain… et c’est ce qu’il aime : se baser sur des choses simples, et les faire parler pour trouver quelque chose d’assez sensible et unique.

« Chacun est perfectionniste dans ce qu’il voit. Moi, je suis perfectionniste dans le mood, dans l’ambiance, dans la sensibilité, dans la simplicité, dans la spontanéité. Je veux faire quelque chose de vrai, de réel. » Sur chaque tournage, il s’applique à observer le lieu, le mouvement, l’expression, les yeux, la lumière… et il y aura toujours un détail, un angle qui fera la différence.

« J’aime créer avec des choses qui sont là, qui sont belles de bases mais que tu ne vois pas forcément. Sublimer quelque chose de simple. […] Dans l’art, ce qui est important, c’est qu’on peut rendre les choses invisibles visibles. […] On peut aller chercher la sensibilité dans quelque chose qui n’est pas forcément beau. J’aime bien rendre le moche beau, et rendre le beau moche. »

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Écouter son cœur et sa tête pour trouver la meilleure recette 👨‍🍳

Pour trouver le réel qu’on ne voit pas et le sublimer, sa manière de travailler est à l’image de ce qu’il est : spontané, simple, créatif. Avec une bonne dose d’énergie.

« Je suis un peu mon cœur. J’essaie d’accepter comme je suis : quelqu’un de très spontané, de réel, de souriant, de jovial. J’essaie de me faire confiance, et de faire en sorte que les gens aient confiance. J’aime bien ce côté spontané. C’est comme quand tu regardes dans ton frigo. Avec l’expérience que tu as, tu regardes et tu vas essayer de faire quelque chose de super. »

Avec sa recette, chaque contrainte peut devenir une opportunité. C’est d’ailleurs ce que Bimo préfère : être un peu en difficulté, et relever le challenge de faire une vidéo originale, plutôt que d’avoir trop de cartes en main. Il suit son instinct : s’il n’est pas convaincu par un lieu, un plan, la météo, il n’y a qu’à en parler et trouver une meilleure solution ! Et quand la vidéo sortira… personne ne saura que la contrainte était là. Comme en danse, s’appuyer sur des bonnes bases permet de faire du freestyle sans que les spectateurs ne s’en aperçoivent !

« C’est la différence quand tu es artiste : est-ce que tu te laisses bouffer par ce que tu as, est-ce que tu te victimises, ou est-ce que tu prends tout à ton avantage et tu te dis que tu vas en faire un truc de ouf ? […] Avec les ingrédients que l’univers te donne, tu peux créer des trucs de fou malade. C’est ça que je kiffe dans l’art. C’est là que je me sens le plus moi-même, le plus humain. »

Bien sûr, pour les formats longs, il y a un script, de l’écriture, de la préparation. Pour les formats plus courts, il y a plus de liberté. Mais dans tous les cas, il y a de l’échange et de l’humain. 

« Ce dont je ne me lasse pas, c’est les choses qui me font vibrer. Quand c’est sincère. Que ce soit dans l’art, dans les relations humaines… […] L’art, c’est de l’échange. Tu me transmets quelque chose, boom, je te le retransmets. Je crois beaucoup en l’énergie. On essaie de se sublimer ensemble. C’est quelque chose de fort, l’échange. »

Avec les moyens du bord, la musique comme principal moteur, un regard et une imagination débordante, il nous embarque facilement dans son univers. Un univers rétro, sensible, qui donne à voir l’invisible. On n’est pas forcément éduqués à regarder la beauté dans tout ce qui nous entoure, quand elle sort des cases. Mais l’art a ce pouvoir : nous rendre sensible à ce qui ne nous touche pas de base ! 

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Julie Cherki – Des photos et décors de rêves

Il y a des gens qui sont dans leur monde… et il y en a qui sont dans leur monde, mais qui le transposent dans notre réalité pour nous en partager un bout. C’est le cas de Julie Cherki, photographe à Lyon depuis une bonne dizaine d’années. D’un côté, elle fait des photos de spectacles… et de l’autre, elle crée son monde. Elle arpente le nôtre à la recherche de décors incroyables pour façonner un univers, jouer avec les couleurs… et proposer une trêve de rêve !

Faire de la photo comme impro 📸

La photo est arrivée un peu par hasard dans sa vie : un ami se met à en faire, et Julie lui emboîte le pas. De quoi sortir un peu la tête des meubles, à l’époque où elle travaillait dans une grande enseigne scandinave dont on ne citera pas le nom.

Elle s’achète un appareil, se met à faire une sortie photo, deux sorties photos, trois sorties photos… Bref, de plus en plus de photos, mais aussi de plus en plus de rencontres qui lui permettent de se former, pas à pas, auprès des gens qu’elle côtoie.

C’est au retour d’un voyage en Chine, dont elle revient avec quelques clichés (et non, on ne parle pas de préjugés !), qu’elle décide de quitter son boulot pour tenter de se professionnaliser pour de bon. Les questionnements persistent et la page blanche revient régulièrement sur la planche… jusqu’à ce que la danse serve de déclic.

« C’est la danse qui m’a emmenée vers une autre écriture, une autre lecture de ce que je pouvais faire. […] J’ai proposé un échange : des photos, contre des cours ! Ça a commencé comme ça, et ça m’a installé dans un milieu où il y a beaucoup de matière, et besoin de photographes. »

Depuis, Julie a multiplié les projets dans la culture, auprès d’institutions, de compagnies, d’associations… Le tout en continuant à se former en permanence, de son côté, en autodidacte, auprès de photographes et avec des vidéos. Du système D, comme elle dit !

« Techniquement, j’ai l’impression que j’ai encore des tonnes de trucs à apprendre, parce que je ne suis pas passée par la case école, où on t’apprend des choses ciblées, où tu n’as pas besoin de chercher pour aller trouver des informations. […] Je regarde beaucoup, j’observe énormément ! »

En plus d’observer attentivement les œuvres des autres photographes, compliqué pour elle de se promener sans penser aux décors qu’elle pourrait utiliser pour ses créations. Depuis ses premiers pas, elle a voyagé, marché, et accumulé les photos jusqu’à trouver sa patte. Une patte qui mêle décors, couleurs et, parfois, des corps…

« En ce moment, c’est la passion absolue. L’image a vraiment repris le dessus, j’ai envie d’en faire tout le temps ! »

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Décors et des corps au service de la science-fiction 🧪

Julie passe donc son temps à chercher des endroits. Des lieux, des décors qui pourront lui permettre de dessiner son univers, irréel et incroyable. Souvent, la pierre n’est jamais loin. Si ce n’est pas de la roche naturelle, c’est l’architecture qui prend le relais.

Mais tout ce qui peut être un lieu non terrien identifiable (à moins de le connaître, bien sûr), est un parfait terrain de jeu pour elle !

« Ça motive tout mon quotidien. Je passe mon temps à chercher des endroits. Tous mes voyages sont faits pour ça […] J’aime trop ça ! […] J’ai envie de faire de la fiction, presque de la science-fiction. Beaucoup d’irréel. Mon credo, c’est de chercher des lieux, des endroits, des décors incroyables. Qui ne sont pas terriens. Le désert, la montagne… L’idée, c’est d’en faire un monde qui n’existe pas. Qui puisse me sortir de ma réalité. »

Elle ramène donc des milliers de photos non traitées de ses voyages, prend des décors, les travaille, y ajoute parfois des corps…

Quand certains artistes écrivent tout, ont besoin de tout planifier avant d’appuyer sur la détente, Julie a plutôt tendance à être de l’autre école : elle écoute ses envies de l’instant. Bien sûr, il lui arrive d’imaginer des scènes et de cibler des lieux à découvrir, à observer, à capturer, mais ensuite… tout se fait sur le moment.

Quand elle décide d’y ajouter un corps, ce sera pour en faire un corps objet, non identifiable : parfois de dos, parfois de loin, parfois dans une position improbable ou incongrue. « Le modèle fait autant partie du décor que le décor. Il n’est pas plus important. L’idée, c’est que ce soit un corps un peu marionnette, inanimé. »

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La photo comme partie de plaisir… et moyen d’expression 💡

Avec un simple décor, elle crée des ambiances, un monde dans lequel on pourrait se perdre des heures. De plus en plus, elle utilise des flashs de couleurs pour tester d’autres ambiances, trouver de nouvelles idées. Sans oublier de s’amuser avec l’IA et les liminal spaces… Bref, elle prend son (tré)pied !

Elle s’amuse, certes, mais pas seulement : quand elle le peut, elle s’investit sur des sujets qui lui tiennent à cœur, comme la protection des animaux, même si le temps vient trop souvent à manquer. La photo documentaire, qu’elle a déjà pratiquée, est toujours dans un coin de sa tête…

La photo reste non seulement son moyen de vibrer, mais aussi une manière de s’exprimer. Une manière de trouver son monde, de le montrer, de rêver, et de nous partager un peu de cette rêverie.

« Je sens que j’ai une petite incapacité sociale (qui n’est pas perceptible), qui fait que j’aime beaucoup être dans mon monde. Donc je crée mon monde. En fait, il est déjà là de base. J’ai toujours été rêveuse, dans la fiction… j’en ai toujours eu besoin. C’est un peu un cocon. Un besoin d’être dans mon petit monde à moi. »

À l’heure qu’il est, Julie doit être devant son ordi, penchée sur une photo en train de trouver la bonne ligne, les bonnes courbes, les bonnes couleurs pour tirer profit de son décor et créer un espace dans lequel elle pourrait se plonger et se complaire. À moins qu’elle ne soit en train de préparer son voyage dans l’Ouest américain… Une chose est sûre : elle n’a pas fini de rêver, ni de nous faire voyager !

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