Johnson – La culture de la gagne, pour faire gagner la culture
Le partage et la transmission, il y a des gens qui ont ça dans les veines, que ce soit dans l’ombre ou sur scène. Johnson est de ceux-là. Vous l’avez peut-être déjà aperçu, parce qu’il a fait beaucoup de choses : danseur, speaker, organisateur, et maintenant “grand frère”, il a fait son chemin dans tout ce qui est hip-hop à Lyon, avec l’envie de faire rayonner sa ville. On a pris le temps de parler de tout ça. Il a déjà mené pas mal de vies et fait pas mal de choses… mais les plus grosses bagarres restent à venir !
Un gone de l’opéra, amoureux du hip-hop 🦁
« De base je suis un danseur, un breaker, génération opéra, et au fur et à mesure je suis devenu prof de danse, chorégraphe, et coach de danseur breaking on va dire haut niveau. »
Quand on traîne un peu dans les événements hip-hop à Lyon, c’est rare de ne pas le voir en battle, en train de faire ses meilleurs pas de top rock, ou de speaker et de crier. Même s’il aimerait parfois être un peu plus en retrait. Mais avant de faire ça, Johnson est passé par pas mal d’étapes…
Il y a quelques années, il a même créé un média pour mettre en lumière la culture urbaine lyonnaise (La Barbe TV), avec ses potes Marwan et Brian : l’occasion de couvrir l’Original Festival, d’Interviewer Joke et de filmer Mobb Deep, entre autres. Ça fait partie des projets qui l’ont marqué. Et même s’il aurait pu aller plus loin sur le sujet, pour valoriser plein de gens qui ont fait beaucoup de choses à Lyon… difficile de tout faire.
« Je suis un amoureux de la culture Hip-Hop. J’avais envie de faire plein de choses, et il fallait que je trouve mon truc. Voilà, j’ai mis ma petite empreinte, je suis fier de moi. Maintenant je suis dans la danse, dans les événements en tant que speaker. »
Cet amour du Hip-Hop, il le tient d’abord de son frère, qui faisait partie de l’une des premières générations de breakers avec le crew Impact. C’était la génération Pokémon Crew : Johnson trainait avec Brahim ou Patrick, ses grands qu’il affrontait toute la nuit à l’Opéra.
« C’était quand les Pokémon étaient les rois du monde, en termes de battles, reconnus dans le monde entier. Ils avaient déjà un très gros impact dans le niveau du break dans le monde, et dans la génération d’après. On s’entraînait jusqu’à minuit, 1h. On avait 17-18 ans, et ils ne nous lâchaient pas. »
Même s’il part quelque temps en Afrique, s’il passe par le foot ou le basket, la danse finit toujours par le rattraper. Il alterne entre la vente et les pas, jusqu’à ce qu’une collègue (coucou Rose-Amélie) ne lui propose de donner des cours au centre chorégraphique Pôle Pik. Naturellement pédagogue, il fonce. Il y donne des cours de break pendant 10 ans, fait plein de rencontres… jusqu’à plaquer tout le reste pour se consacrer à la danse à 100 %. Et les sacrifices en valaient la chandelle.
« L’univers de la danse, c’est un truc de malade. Au début c’est une passion, et puis tu te dis qu’avec ta passion tu peux voyager. Tu voyages, tu rencontres d’autres personnes, tu commences par aller dans d’autres villes, puis tu traverses le continent, puis le monde… Tu vas dans des pays que tu n’aurais jamais pu visiter de ta vie ! »
« Au fur et à mesure, j’ai connu des danseurs contemporains qui m’ont ouvert l’esprit, j’ai fait beaucoup de labos… ça m’a amené à créer ma compagnie de danse et à faire mon premier spectacle. C’est tout un cheminement en tant que prof, chorégraphe… et on m’a connu en tant que speaker parce que j’étais dans les événements. »
Les années passées au centre chorégraphique lui ont permis d’apprendre un tas de choses, de s’ouvrir et d’avancer. Depuis, il a rejoint l’association Street Off, le crew 69 Problemz et créé sa compagnie 100 blazes.
Au passage, Johnson a aussi pu écrire ses spectacles : un premier dans lequel il était danseur et chorégraphe, et un second dans lequel il était uniquement chorégraphe. L’occasion de montrer sa vision, de mélanger la danse contemporaine et le break dans un univers assez sombre.
« C’est bizarre, mais j’aime beaucoup la haine et la violence. Parce que ça permet de pousser à son extrême, à ses capacités extrêmes certaines personnes. Pour moi. Quand je danse, j’ai la haine… et j’ai essayé de retranscrire ça dans ma pièce. »
Une pièce qu’il devrait (re)montrer un jour ou l’autre. En attendant, il retrouve cette haine, cette violence dans les battles. « C’est ça, un danseur. On a un ego surdimensionné. Quand je danse, j’ai un ego plus gros que la planète. Et c’est réel. Mais moi, ça me permet d’avancer. Faut bien l’utiliser. Mais c’est ça, un battle. Tu dois montrer ta danse, ta personnalité, ton vécu… »
Avec Street Off, il organise notamment le battle annuel Can You Rock, dans le cadre du festival Karavel, avec la lourde responsabilité de remplir un immense amphithéâtre. Une nouvelle casquette qui pèse son poids, mais que Johnson a enfilée avec succès.
« QuandMourad (Merzouki) m’a proposé l’Amphithéâtre 3000… wouah. J’ai une pression incroyable. Il faut que je ramène 3000 personnes dedans ! C’est une pression incroyable. Lilou m’a beaucoup aidé, et j’ai réussi à créer un vrai événement de danse. »
C’est beaucoup de stress, beaucoup d’énergie, beaucoup de choses à penser avant, pendant et après l’événement, mais… le Can You Rock est, d’année en année, devenu une référence, réunissant des danseurs internationaux dans différentes catégories, dans un un lieu mythique avec un public varié.
Le hip-hop est mis en avant, et c’est aussi ça, l’un des objectifs de Johnson : faire rayonner la culture, lyon et ses talents. Même si le Maire de Bron – comme on l’appelle – aimerait parfois passer en mode spectateur. Il connaît trop de monde, aime trop réunir et partager pour pouvoir se faire discret.
« J’aime trop m’intéresser aux gens. Si je peux faire des passe D… Je connais des photographes, des graffeurs, des danseurs… Si on arrive à partager, c’est trop cool ! Et je fais ça pour Lyon, pour le 69, réellement. »
Se battre pour sa culture et sa ville, c’est un peu son battle à lui depuis le début. Un esprit de compétition qui valorise le partage. Alors que pas mal d’activistes sont partis, que de nombreux lyonnais ne sont respectés qu’une fois ailleurs, Johnson essaie de donner de la force aux talents qui émergent et d’apporter sa patte avec des événements adaptés.
« J’essaie juste de ramener ma part. Je pense qu’après si je l’ai fait c’est bon, dieu merci. Tant que tu fais, c’est bien. Tu te casses la gueule ça fait rien mais tu as testé. Si tu ne le fais pas, là c’est que tu es con, et tu vas le regretter. »
« Les battles, c’est un combat, c’est une bataille. C’est une guerre. Avec ses codes. Et ça, ça permet de réunir le monde entier. […] Si tu prends l’essence même de la thématique, c’est un danseur contre un autre danseur, avec trois jury ou deux jury, et il doit y avoir un gagnant. Donc… c’est un battle. Donc concrètement, tu te bats pour. Tu vois ce que je veux dire ? Au fur et à mesure, on a toujours ce truc violent de prouver qui est le meilleur. »
L’importance de la transmission : Johnson le grand frère 🤓
« J’ai toujours aimé transmettre. Ouais, il faut qu’il y ait une nouvelle génération, toujours ! Et c’est devenu naturel. Finalement, si tu aimes la danse et si tu as besoin de conseils, je vais te donner des conseils. C’est gratuit. On m’a donné des conseils, je te donne des conseils ! »
Johnson continue à faire sa part, même s’il aimerait être partout… et en même temps, arriver à se mettre en retrait en tant que danseur et laisser la place à d’autres speakers. « Même si je serai toujours le numéro 1 ».
Cette position “dans l’ombre”, il a commencé à la trouver en accompagnant des jeunes danseurs en quête de compétition, sur des gros événements de danse et de break.
« On va dire que je suis prof de break, mais plutôt côté breaking haut niveau, pour les gros battles internationaux, avec des enfants, des jeunes qui ont du potentiel.Ju a été championne de France -16 ans, a fait les battles Red Bull, les cyphers… Il y a à peine deux semaines, on était en Slovaquie, dans deux jours on part en Hollande, après à Porto… Je commence à avoir des jeunes, j’en ai 5-6 maintenant que je mets vraiment dans le haut niveau. Et c’est ce qui me plaît le plus ! »
Cet accompagnement, il n’est pas que technique : il est aussi personnel. Il accompagne les jeunes sur toutes les facettes de l’art. Parce que la danse peut être un univers violent : quand tu es jeune, tu peux vite y perdre des plumes, rencontrer les mauvaises personnes, baisser les bras, ne jamais te relever.
« Pour moi, c’est plus que de la transmission de la danse. C’est la vie. Quand on part en événement, on part nous deux, on met nos sacs à dos, allez on se barre, on prend l’avion, on discute de tout, je veux savoir comment ça se passe à l’école, comment ça va dans sa tête, est-ce que ça va bien… C’est global. Ce n’est pas que de la danse pour moi. C’est très important de savoir comment la personne va dans sa tête. »
Bref. Johnson est là pour prendre les jeunes sous son aile et les accompagner. Pour leur apprendre des pas mais aussi des valeurs, des idées, les écouter… et la combativité qu’il faut pour persévérer et se faire une place dans le milieu. Même s’il peut parfois être dur, cash, et se faire appeler “le dictateur”. Avec lui, les jeunes peuvent se rendre à des événements à l’autre bout de l’Europe, découvrir les afters, rencontrer des danseurs du monde entier.
Encore quelques battles et Johnson laissera complètement la place aux plus jeunes. Même si tout arrêter peut faire peur, il sera temps de se mettre dans l’ombre pour mieux transmettre. Sans oublier d’organiser, de réunir et de fédérer. Parce que c’est trop important, qu’il y a tout une culture à faire vivre et trop d’amateurs qui veulent vibrer. Ce qu’il recherche dans tout ça ?
« Je pense que c’est voir le bonheur dans les yeux de tout le monde. Avec un événement, tu arrêtes le temps et tout le monde kiffe. Et je pense que je recherche tout le temps ça : le rire, le moment magique où le danseur va faire un mouvement ouf, ou ça va crier… Je pense que c’est ça que j’aime le plus, voir le sourire d’un gamin de 4 ans ou d’une grand mère de 90 piges que j’ai fait danser… je pense que c’est ça que j’aime le plus. Moi, j’ai réussi à te rendre heureux ? Les gens ne savent pas, mais ça me fait kiffer ! »
La suite, c’est ça : continuer à faire kiffer et faire perdurer le hip-hop dans une ville où l’électro prend beaucoup de place et où les portes sont souvent fermées. Mettre en lumière les artistes locaux, faire grandir les jeunes talents… et pour faire les choses correctement, pourquoi pas monter un festival ?
« Donnez-moi un festival lyonnais qui assure, qui ramène des bons artistes, qui respecte toute la culture hip-hop. Il n’y en a pas. Si j’arrive à faire un festival hip-hop à Lyon… ouais, je pense que si je fais ça j’aurais plié le game, et si je peux donner l’idée à d’autres… »
« Déchirez-vous dans tout ce que vous faites. Réellement, ne pas se mettre de limite. Faut surtout être content de tout ce que tu gagnes en fait, grâce à ta passion, grâce à ce que tu aimes. Sois heureux. Et surtout, le partage, le partage les frères, le partage entre nous tous. Diffusez que de la bonne vibe. Le monde part trop en vrille pour s’embrouiller ou faire les orgueilleux sur certaines choses. »
Mélissa Lavanda – S’engager dans la danse et retrouver son essence
La danse est un moyen d’expression, une manière de se réunir, de partager, mais aussi de revendiquer et de clamer ses idées. Mélissa, aka Lavanda, est danseuse professionnelle, enseignante et organisatrice d’événements. La danse – en particulier le waacking – et les personnes qu’elle lui a fait rencontrer l’ont aidé à cheminer, à se trouver, à s’affirmer et à fleurir. Aujourd’hui, elle vit de sa passion et multiplie les projets en veillant à véhiculer des valeurs qui lui tiennent à cœur. On a pris le temps de parler de son parcours et de ses convictions. Ça fait du bien de voir que des humains œuvrent, à leur échelle, pour emmener le monde dans une meilleure direction !
💃🏽 Quand la curiosité guide tes premiers pas
Mélissa a grandi dans le Sud, à Narbonne. C’est là-bas qu’elle découvre la danse, en faisant ses premiers pas dans le hip-hop au sein de l’association CDB, gérée par Maeva Sita. Une première étape importante, qui marque le début de son parcours… et l’aide à tomber amoureuse de cette culture. « Très vite, j’ai fait plein de recherches. J’avais grave soif d’apprendre, envie d’en savoir plus. Donc j’ai commencé à voyager, à Toulouse, à Montpellier, à Paris pour une formation… »
À l’époque déjà, elle multiplie les stages, passe son temps à danser, découvre le dancehall et continue d’apprendre. À 18 ans, elle débarque à Lyon pour faire Sciences Po… mais la danse est toujours aussi présente. Elle découvre la house, et c’est un nouveau coup de cœur : « Je suis grave tombée love de la house et de la culture clubbing. C’est là que j’ai découvert le milieu de la musique électronique aussi. »
Alors elle continue à se former, à s’entraîner partout où elle peut, alternant entre la fac et la danse, développant ses mouvements autant que sa conscience politique. Pour son M2, elle part à Paris, passe une année au Brésil, revient et s’oriente dans l’économie sociale… jusqu’à avoir un déclic.
« Je n’étais pas très bien dans ma vie. J’ai fait une petite dépression, j’ai vécu une expérience avec un collectif féministe avec pas mal d’artistes qui vivaient de leur art, et ça m’a vraiment fait un électrochoc. Je me suis dit t’es diplômée, tu n’as plus rien à perdre, donc c’est le moment ou jamais pour tenter une carrière dans la danse comme j’avais toujours rêvé. Donc j’ai sauté le pas. »
Elle décide alors de faire l’Académie internationale de la danse, une école pluridisciplinaire qui mêle danse académique et hip-hop, L’école des sables au Sénégal, mais aussi la formation ID à Lyon – qui a été un vrai tremplin. L’occasion d’étudier la danse et ses racines, mais aussi de se mettre un bon pied à l’étrier pour se professionnaliser.
« C’était important pour moi d’aller là-bas. Ça faisait longtemps que je m’intéressais à la culture hip-hop, aux danses afro-descendantes. Ça faisait partie de ma recherche personnelle, et ça m’a appris beaucoup. C’était très riche et quand je suis revenue, j’étais décidée : je voulais me professionnaliser. »
Aujourd’hui, sa danse, c’est avant tout le waacking. Même si elle l’avait découvert quand elle était encore dans le Sud – en faisant des stages avec Antoinette Gomis ou Ariane Brown –, ce n’est que quelques années plus tard qu’elle a eu la révélation, réalisant l’importance de cette danse pour elle. Une danse, mais avant tout une forme d’expression, née d’un groupe d’hommes gays, racisés, dans les clubs de Los Angeles des années 70. Une manière de s’exprimer, de se réapproprier leur identité, d’exprimer qui ils étaient et de répondre à un contexte oppressif.
« J’ai vraiment su que c’était ma danse à une période de ma vie où j’affirmais de plus en plus mon identité. Mon identité dans la danse, mais aussi en tant que personne, et en tant que personne queer. »
De retour à Lyon après ses années parisiennes, elle voit sa passion grandir auprès de son ami Paul de Saint-Paul – devenu son partenaire de danse, son frère, son âme sœur. Toujours aussi curieuse, elle prend des cours, suit des formations et passe beaucoup de temps à s’entraîner. « Mon terrain de training préféré, c’était vraiment le club. Je suis une clubbeuse. C’est là où je me suis épanouie, où j’ai échangé avec des gens et réussi à trouver mon identité dans la danse. Après, mon intérêt pour le waacking n’a fait que grandir, grandir, grandir. »
Elle rejoint alors le Lyon Waacking Project, créé par Paul de Saint-Paul en 2019 : un collectif de personnes passionnées et ouvertes, à un moment où elle en a particulièrement besoin. Elle se met même à aimer les battles, qui la terrifiaient jusqu’à présent. La raison ? Une énergie positive, bienveillante, qui circule dans les événements organisés par le collectif, réputé pour ça. Des événements qui font la part belle aux identités et aux personnes telles qu’elles sont, sans jugement.
« Si j’ai autant embrassé cette danse, c’est parce que c’est arrivé au bon moment dans ma vie. Ça m’a permis d’exprimer ce que je n’avais jamais pu exprimer. Le waacking, c’est vraiment le moment où je m’affirmais en tant que personne, en tant que femme et en tant que femme queer. Ça a été une révélation, ça m’a vraiment révélée à moi-même. […] J’ai connu une grosse partie de mon épanouissement personnel grâce au battle, et en particulier la communauté waacking, parce que tu peux être toi-même à 100 %. […]Ce sont des événements où tu célèbres les identités individuelles. Tu es ici pour applaudir et pousser les gens à se révéler, à s’exprimer. C’est une danse où tu ne peux pas mentir. »
Alors qu’elle ne se sentait pas toujours à l’aise dans certains environnements issus de la culture hip-hop, Mélissa a pas à pas arrêté de se mentir et continué à se découvrir, s’imprégnant de l’essence même de cette danse : s’exprimer et s’affirmer dans sa personnalité. « Ça m’a donné une sensation que tout était possible, et que je ne serai jamais jugée pour ça. Qu’à l’inverse, je serai célébrée pour ça. On est vraiment dans cette énergie. »
« Je ne me sentais pas 100 % moi-même et à l’aise dans les milieux de danse urbaine, parce que je ne voyais pas beaucoup de personnes queer, et il y a une période de ma vie où j’avais vraiment besoin de ça : des gens avec des expressions de genre différentes, des identités différentes, qui ne jugent pas, qui accueillent tout le monde. […] Même si beaucoup de gens le prônent, dans la réalité, c’est différent. Et ça me tient à cœur de ne faire aucune discrimination. Aussi en tant que femme, qui a été initiée à cette culture par un prédateur sexuel, ça ne te prépare pas bien à tout ce qu’il peut se passer et au regard masculin. Il y a une part de ma vie où je ne me sentais pas en sécurité. Le regard masculin sur les femmes qui dansent me dérange. J’ai toujours été très sensible à ça, et très critique. Les hommes ont beaucoup de chemin à faire au niveau de leur prise de conscience. »
💜 Des valeurs à transmettre… et des événements qui le permettent
« On a beaucoup appris et on apprend toujours. On grandit ensemble, on fait des spectacles, des shows, on développe plein de choses ensemble, on s’entraîne ensemble, on danse ensemble, on clubbe ensemble, on milite ensemble… C’est plus qu’un groupe de danse, ce sont vraiment des amis, et c’est une communauté qu’on a créée. »
Aujourd’hui, Mélissa est danseuse pro, mais aussi militante. Parce que son cheminement lui a forgé une conscience politique, et l’envie de s’engager pour des sujets qui lui tiennent à cœur. C’est aussi cet engagement qui l’a menée, avec d’autres membres du Lyon Waacking Project, à la création de What a Whack (WAW!), un collectif de soirée qui s’inspire de l’énergie du waacking, de valeurs émancipatrices et d’inclusion, pour organiser des événements ouverts à tous. L’occasion pour Lavanda de se mettre à mixer, depuis le temps qu’elle y pensait.
Au-delà d’organiser des événements, de créer des ponts entre les styles de danse et les associations, le WAW! n’est pas là que pour les belles paroles. Un protocole contre la discrimination a notamment été mis en place avec Juliette, aka Gorgeous, qui a suivi une formation certifiée d’accompagnatrice de lutte contre les violences sexuelles. Avec la Compagnie Karthala (dont fait partie Camille), elles déploient ce protocole avec des valeurs et un socle d’outils communs, appelé La Zone, pour que chacun se sente bienvenu.
« C’est un peu utopiste, mais on y croit. On veut que tout le monde puisse se lâcher et prendre du plaisir en soirée. C’est une manière de mettre notre pierre à l’édifice, pour amener des soirées vraiment axées sur le partage et l’expression de soi. Que ce soit des milieux plus libres, que la danse et la musique soient vraiment au cœur de la fête. On est vraiment dans cette lignée de pensée où en gros, si tu ne trouves pas quelque chose qui te correspond, tu le crées. Et c’est ce qu’on fait. »
Dans différents lieux, avec une palette de styles et des DJ variés, le WAW! crée des espaces et des moments inclusifs et réellement bienveillants. Une belle façon de faire avancer les choses, à son échelle.
« Mon militantisme, il est dans toute ma vie : dans ma danse, dans ma manière de voir la vie, dans mes relations, avec mes proches… Ça fait partie de moi.Je ne suis pas dans un idéal, que tout le monde s’entende bien tout le temps, mais je pense qu’aujourd’hui, avec les clés, l’ouverture qu’on a, les connaissances qu’on a à portée de main… Pour moi, c’est de notre responsabilité à toutes et tous de faire ce travail-là. Et c’est aussi ce qu’on fait avec les collectifs avec lesquels je suis. »
🔎 L’importance d’enseigner sans en saigner
Depuis quelques mois, Mélissa donne aussi des cours à un groupe régulier en tâchant d’être à l’écoute de toutes et tous, de veiller à ce que chacun puisse s’épanouir, en se détachant de la vision académique et de ses problématiques. « Beaucoup de gens ont un comportement problématique dans l’enseignement, et c’est très dangereux. Parce que quand tu as 17-18 ans, que tu es passionné, que tu n’es pas trop sûr(e) de toi, tu n’as pas les armes, les clés pour avoir du recul sur telle ou telle intention et à quel point ça peut te toucher et chambouler ta vie. Moi, je n’ai pas arrêté parce que j’ai eu le parcours que j’ai eu, mais ça m’a coûté. Et ça ne devrait pas se passer, quel que soit le type de discrimination ou de violence. Il y a un gros travail de prévention, de sensibilisation, de prise de position à faire. »
« Pour moi, le critère principal, et c’est hyper important dans la manière dont je vois la transmission, c’est avant tout d’instaurer un climat de confiance, où les personnes peuvent se sentir à l’aise avec qui elles sont, peu importe leur background et leur niveau de danse. Une fois que les personnes sont à l’aise avec ça, elles peuvent se lâcher. »
Pour ça, Mélissa n’hésite pas à communiquer, à prendre le temps d’apprendre à connaître les gens, à expliquer ce qu’elle veut enseigner. En bref ? Échanger, créer du lien et permettre à chacun de s’exprimer, pendant et en dehors des cours. Parce que c’est ça qui lui a permis de se construire, de persévérer, et de garder cette envie de danser, elle tient à le partager.
« L’aspect expression de soi et communauté, c’est vraiment les deux choses qui ont été essentielles à ma vie. Et c’est pour ça que je ne lâcherai jamais la danse et la musique. »
Lavanda continue à danser, à transmettre et à se battre. La confiance en elle qu’elle a aujourd’hui quand elle danse, elle ne l’a pas toujours eu. Mais elle a voyagé, s’est construite, s’est entourée pour avoir l’environnement qui lui a permis de fleurir comme elle le voulait. La suite ? De nouveaux shows avec le Lyon Waacking Project (comme ils ont pu le faire pour Les Nuits Sonores et Les Nuits de Fourvière), des stages, des battles, des cours, de la danse et de l’amour. Si vous cherchez à danser sans être jugé, à rejoindre un collectif engagé… N’hésitez pas à aller voir tout ça de plus près !
« La confiance en soi, pour moi, c’est lié à ton état de santé mentale. On n’est pas des super-héros, il y a des phases où on est moins bien et où on vit des choses dans nos vies persos. Au fil des années, j’ai réussi à construire une base, même si elle peut être ébranlée par périodes, et c’est beaucoup mon entourage. Avoir des gens qui croient en eux et qui croient en toi, c’est tellement important. C’est aussi ça, pour moi, s’affirmer : choisir les environnements qui te correspondent et te permettent de fleurir. »
Envie de voir le travail de Lavanda de plus près ?
« Le premier truc qui m’est venu, c’est de ne pas avoir honte de suivre ses envies, de ne pas avoir honte de qui on est, par rapport au regard extérieur ou à ce qu’on projette, sur un style de danse ou une activité qu’on veut faire. Quand tu ressens une flamme pour quelque chose, il ne faut pas hésiter à suivre sa passion. »
Camille Lo – La danse a sa parole
On peut avoir tendance à croire que la danse n’est qu’une activité sportive. Mais c’est aussi (et surtout) un art qui peut aider à se connaître et à s’exprimer. Et dont on peut vivre. Camille est danseuse de top rock, de hip-hop et de waacking. Et vloggeuse. Entre autres. Avec des potes, elle a fondé la compagnie lyonnaise Karthala. Depuis plus de 10 ans, elle s’entraîne, enchaîne les cours, les battles, les événements… Et surtout, elle partage l’art qui l’a forgée avec des valeurs importantes à véhiculer.
La danse comme une évidence 🤸♀️
Avant de faire ses premiers pas, Camille a commencé par danser. Ok, ok, j’exagère peut-être un peu. Mais c’est pour dire qu’elle a commencé toute petite, dans une famille d’artistes. Avec sa maman qui donnait des cours de danse, sa grand-mère qui dessinait, son papa qui aimait la photographie…
Et pour autant, non, il n’y avait pas de “projet Mbappé” : on ne l’a jamais forcée. « Ils m’ont toujours dit “fais ce que tu as envie de faire. Donc j’ai fait du dessin, de l’équitation, de la danse, du cirque, de la capoeira… j’ai fait plein de choses ! Ils m’ont toujours laissé la porte ouverte pour que je trouve ma passion. »
Sa passion qu’elle a trouvée, c’est la danse. Comme eux, elle ne pensait pas forcément qu’elle allait en faire son métier. Et pourtant, aujourd’hui, après plus de 13 ans à danser, ça fait 5 ans qu’elle évolue en tant que danseuse pro.
Le déclic ? Elle l’a eu quand son amie Oregane l’a emmenée à un atelier organisé par le Lycée, en espérant la libérer un peu des pensées noires qu’elle avait dans la tête : « Elle m’a dit ‘Viens, tu vas te changer les idées, tu vas kiffer, ça va te faire du bien !’ Et il s’avère que c’était le cas, tout simplement. Donc merci à elle de m’avoir fait découvrir ce magnifique univers. »
Après cet atelier, Camille a pris des cours et a commencé à s’entraîner de plus en plus souvent avec d’autres gens. Jusqu’à en faire son métier et à devenir intermittente en accumulant les ateliers, les cours, les dates et les représentations.
« Ça a été naturel. Dès le début je l’ai su, en fait. J’ai eu le coup de foudre, j’ai su que c’était ça direct, et ça a toujours été ma priorité numéro une. Être danseuse, transmettre, faire des événement, créer. C’est un métier dur, mais c’est possible. Pourquoi ça ne le serait pas pour moi ? »
Dans un milieu culturel qui n’est pas toujours au beau fixe, pas forcément évident de se faire sa place et d’être reconnu en tant que danseuse. Mais l’envie de faire les choses est là. Alors à 18 ans, avec des potes, Camille participe à la création de sa compagnie : Karthala.
« Ça a été une super belle expérience de monter une compagnie à 18 ans. On était tous jeunes, c’était ouf ! On était 10 à l’époque, et maintenant on est 3 à diriger la compagnie mais les autres gravitent pour la plupart toujours autour. Et heureusement qu’on a ça, ça nous permet de rester dans le milieu, dans la création, de montrer qu’on est présents. »
Alors oui, Camille n’est finalement pas que danseuse. Avec les autres membres fondatrices de la compagnie, Oregane et Rose, elle fait de la gestion, de la communication, du marketing… et plein d’autres métiers. Avoir des subventions, faire venir des élèves aux cours et des gens aux événements, ça ne se fait pas en un claquement de doigts !
« On apprend sur le tas à faire plein de taf. On ne fait pas que de l’art. Il y a toute la partie administrative, qui est cachée, qui représente un taf énorme. Pour toutes les compagnies hein ! Il faut avoir envie, et il ne faut pas lâcher. »
La chance qu’elles ont, c’est d’être trois, pour se soutenir et s’entraider au quotidien. Sachant qu’elles doivent continuer à apprendre sur la gestion d’asso, mais aussi sur leur danse, qui évolue au quotidien : « On a tout le temps à apprendre, à répéter, à training, à se buter à chaque fois pour donner le meilleur de nous-même. Pour être toujours plus à l’aise avec nos mouvements, et mieux les interpréter. »
À part en vacances loin de la France, difficile de déconnecter. Si elle est dans le coin, Camille reste à l’affût (des auditions, des trainings, des battles…), doit préparer ses cours, s’entraîner et avancer sur les beaux projets de l’asso : des créations artistiques, de la transmission et des événements.
« On aime beaucoup transmettre. Notre identité est basée sur ça. On fait des ateliers, on va dans les écoles. Nos créations sont très axées sur l’identité, le genre, la culture, comment nous en tant qu’être humain on se perçoit, on s’accepte, on s’estime… et le partage. Parce qu’on aime faire plaisir aux autres. »
Des thématiques importantes à partager, et des valeurs importantes à véhiculer. Avec ses événements, la compagnie aime aussi réunir des communautés, des cultures, des identités différentes. C’est aussi ça, Karthala : le mélange, la diversité, le partage, peu importe la provenance.
« Karthala, c’est un volcan aux Comores. On est un volcan : on bout, on bout, en bout et un jour on va exploser ! »
Leur seul goal ? Que les pièces tournent, que le nom se fasse connaître à Lyon et ailleurs. Et surtout : transmettre et partager, encore et encore, des expériences et les valeurs de la danse. Des valeurs qui peuvent apporter beaucoup, notamment quand on veut s’exprimer, prendre confiance et s’affirmer…
Avec la danse, tout est bon apprendre… et à dire 💬
Si Camille entretient un rapport si particulier avec la danse, c’est aussi parce qu’elle lui a permis d’apprendre à se connaître, à se découvrir et à s’exprimer. Pas toujours évident quand tu es au collège et que tu as besoin de gagner confiance en toi !
« C’est mon moyen d’expression. J’ai eu beaucoup de mal avec les mots, pendant un long moment. C’était dur pour moi d’exprimer des émotions, des sentiments… J’ai beaucoup bégayé, j’ai eu des moqueries, donc je n’avais pas trop envie de parler, ça n’aidait pas. C’était plus simple pour moi de m’exprimer en dansant qu’en parlant. »
Alors elle a dansé… et elle a continué à danser. Elle a commencé par la house, avant d’expérimenter le popping et plein d’autres styles du hip hop qui lui laissaient un maximum de liberté. « Dans le hip hop, j’ai trouvé qu’on pouvait s’exprimer librement. Qu’il y avait un truc, comme si on pouvait dénoncer tout ce qu’on voulait. Comme si on pouvait crier, dire ce que l’on a à dire. »
Avec le temps, la volonté et les entraînements, la danse lui a permis de s’affirmer. Même si pour en arriver là, il y a eu des tas de cyphers, des tas de moments à surpasser, des tas de traumas et quelques larmes. Des battles en solo à Paris, des appels au secours à des amis… des obstacles délicats (mais surmontables) qui ont fait d’elle ce qu’elle est aujourd’hui.
« La danse, ça m’a permis de prendre confiance en moi de ouf, et de m’imposer en tant que personne. De me dire ‘ok je peux parler, je peux être écoutée, et si ils ne sont pas contents ce n’est pas grave’. Mais ça prend du temps, hein. Ça ne fait pas si longtemps que je me dis ‘fais ce que tu as envie de faire, comme ça tu ne regretteras rien’. C’est aussi ce que j’essaie de transmettre à mes élèves. Ça m’a apporté énormément, alors j’ai envie de leur apporter ça aussi. »
Et c’est ce que Camille essaie de partager, tout en restant à l’écoute : elle sait que se mettre à nu n’a rien de facile, et que pousser quelqu’un dans ses retranchements peut vite être traumatisant. Chacun son rythme, chacun ses difficultés, chacun ses envies.
« C’est en passant dans des cercles, en se confrontant à soi-même et au regard des autres, qu’on se sent plus à l’aise. Mais ce n’est pas évident. Et je ne force jamais mes élèves à passer dans un cercle. Parce que je ne sais pas où ils en sont dans leur quête intérieure, dans leur regard aux autres, ce qui se passe à l’école, dans la famille… Quand ils passent, je suis la première heureuse. Mais chacun son timing, chacun son allure. »
Avec une passion qui ne semble pas prête de la lâcher, Camille continue à enseigner et à travailler sur ces deux amours du moment : le top rock, avec lequel elle entretient une relation passionnelle, et le waacking, sa bouffée de liberté. Elle jongle entre les moments de training intense et les moments de liberté, en continuant à profiter de la danse, de l’art et de tout ce qu’il peut lui apporter !
« C’est ma manière de décharger. Quand il y a un trop plein d’émotions, et que même en l’écrivant, en le pleurant ou en le criant ce n’est pas suffisant… il faut lâcher prise, et la danse peut aider. Je ne sais pas si c’est une thérapie, mais c’est un moyen d’expression. C’est un langage. C’est mon langage. »
À quel moment a-t-on laissé de côté nos rêves d’enfants ? Et pourquoi ne pas plutôt essayer de les accomplir, avant qu’il ne soit trop tard ? Thomas, aka Tomero, a décidé de tout faire pour atteindre les siens. Quitte à faire des sacrifices. Danseur house et Youtubeur, c’est en revenant de quelques années à l’armée qu’il a décidé de tout faire pour parvenir à ses fins : fédérer une communauté et gagner LE battle – le House Dance Forever à Amsterdam. Vous voulez l’arrêter dans sa passion pour la danse et les images ? Bon courage…
Faire ses armes dans la vidéo 📹
Thomas a 29 ans. Ça fait deux ans qu’il a décidé de s’écouter et de tout faire pour atteindre son rêve : être Youtubeur. Ça paraît simple, dit comme ça… mais ça a été tout un chemin qu’il a fait pour en arriver là.
Thomas, c’était le genre de personne qui filme toutes ses vacances et qui, au retour, prend le temps d’en faire un montage aux petits oignons. Les vacances au ski, les soirées, les anniversaires… Ça l’a toujours fait kiffer, au point de piquer les Gopro de ses potes pour avoir de belles images.
« C’est vrai que je suis quelqu’un de très nostalgique. J’adore revisionner tout ce que je fais. J’ai commencé à prendre goût aux montages vidéos à cette époque-là. Et à 18 ans, ils m’ont offert ma première Gopro. Là, j’ai tout filmé. Mes vacances, mes sorties… Je filmais, je faisais des montages. J’avais ma petite vidéo souvenir, j’étais heureux comme ça. »
Petit à petit, il progresse et se met à faire de plus en plus de récap’ de ses week-ends de danse. À l’époque, ce qui le faisait vibrer, c’était le break. Parce qu’il kiffait ça, mais aussi pour gagner confiance en lui et s’affirmer. Une bonne manière d’éprouver, de se tester, et de gagner en popularité.
Son quotidien, c’était les vidéos et la danse. Sauf qu’il manquait encore de matos et de caméra pour pouvoir faire ce qu’il voulait vraiment. Et professionnellement, ce n’était pas la folie. Pas de situation stable, les parents qui mettent la pression… alors il décide de tout plaquer. « Tu sais quoi ? Tu aimes le sport, l’armée ça t’intéresse… et bien on va partir sur ça. J’ai voulu partir sur deux ans d’armée. Je n’avais pas beaucoup confiance en moi, je voulais voir si j’en étais capable. »
À la base, il était parti pour faire deux ans. Il en a finalement passé cinq, en tant que tireur de précision. L’occasion d’apprendre énormément. Sportivement, humainement, sur lui-même, ses valeurs, son rapport aux autres…
« C’était une super expérience. Humainement, surtout. J’ai beaucoup appris sur moi. J’en ressors plus fort. Mais aujourd’hui, je suis quasiment sûr que ce n’est pas fait pour moi. Parce que les valeurs que je cherchais, ce n’est pas ce que j’ai trouvé finalement. Il y a beaucoup de choses négatives que j’ai vu de mes propres yeux qui ne me plaisent pas. Je suis très ouvert d’esprit, et il y a des trucs que je ne pouvais plus entendre. C’est très macho, on ne va pas se le cacher. Mais ça reste une expérience incroyable ! »
Thomas en retient le positif. Il a notamment pu passer 5 mois à Djibouti, et voir de près la camaraderie, l’entraide, le soutien. Et pendant tout ce temps, sa passion pour la vidéo n’a fait que grandir. La preuve ? Sa dernière année, il l’a passé à s’occuper de la communication des régiments à l’échelle nationale, réunissant plus de 12000 abonnés sur Instagram. De quoi se faire la main, prendre de l’expérience, trouver sa patte.
« Pendant l’armée, j’ai mis beaucoup d’argent de côté pour acheter mes caméras, mes drones, mes stabilisateurs… et je me suis formé les week-ends et les soirs à côté. Et c’est comme ça que ma passion a grandi davantage. »
La rencontre d’une danse et d’une nouvelle passion intense 🕺
De retour de l’armée, la danse ne l’a pas lâché. Mais le break l’a un peu lassé. C’est là qu’il rencontre Greezly, et surtout… la house. Grâce à lui, il rencontre Caro et Khoné, qui deviendront ses deux mentors. C’est avec eux qu’il va s’entraîner, absorber des conseils et avancer.
« J’ai kiffé. À ce moment-là, je me suis dit “je vais m’intéresser”, mais sans savoir ce qui allait se passer après. Et j’ai développé une énorme passion. Je suis un compétiteur, j’ai envie d’aller loin dans cette danse. Parce que ça me fait vibrer. […] Ça m’a refait l’effet du break quand j’ai commencé. Sauf que cette fois, je me suis dit que je n’allais pas lâcher. Je suis tombé amoureux de cette danse. C’est vraiment un amour, hein. La house et moi, c’est une histoire d’amour, vraiment. »
Assez vite, il se met à voyager. Pour découvrir de nouvelles choses, pour apprendre, pour se nourrir. Alors assez rapidement, il progresse. Il gagne en confiance, en liberté… et il découvre un nouveau monde qui lui manquait.
« Je suis un compétiteur, j’ai envie d’aller loin dans cette danse. Parce que ça me fait vibrer. Je bouffe house. Je kiffe, clairement. Je suis tombé amoureux quand je suis allé à Amsterdam, et depuis, je veux m’investir à 100 %. […] C’est mon échappatoire. Ma façon de m’exprimer, ma petite liberté. C’est là où je me sens le plus libre. Quand je danse, j’ai l’impression de clubber. C’est une communauté bienveillante, tout est dans le partage. »
Écrire, organiser, tourner, monter… Thomas sait faire des vidéos. Alors, pourquoi ne pas le faire pour faire rayonner la danse house ? Dans le fitness, il y a des centaines de Youtubeurs. Mais dans la danse, pas tant. Si ce n’est Bboy Madya, qui met en avant le break. Alors Thomas s’est vite dit : « Pourquoi pas apporter à la culture house une visibilité qu’il n’y a pas ? C’est devenu un objectif. Parce que ça me passionne, donc je vais progresser, évoluer, et ça peut en inspirer plus d’un. »
Croire en ses rêves et faire rayonner la house ✨
Depuis deux ans, il organise sa manière de travailler en fonction de ça. Alors qu’il était à son compte depuis quelques années, il est en train d’arrêter cette activité pour pouvoir avancer sérieusement sur ce projet de rêve – Même si ça demande des compromis, comme refuser de bosser avec Sissy Mua.
Il faut dire que faire une vidéo, quand tu fais tout tout seul, ça prend du temps. Entre l’écriture, les voix off, les corrections, la colorimétrie, le son… Pas toujours facile de rester motivé sur la durée. D’autant plus qu’au-delà du pro, la vie perso ne facilite pas toujours les choses : « Pendant ces 3 dernières années, j’ai eu une période assez compliquée. Financièrement, ça n’allait pas du tout, et j’ai vécu une séparation qui m’a un peu déprimé. Je me suis mis à fumer, et je n’arrivais pas à arrêter. Et ça, ça m’a empêché d’être productif.Sinon, je me serais lancé beaucoup plus tôt. »
Le remède, Thomas l’a trouvé avec son projet 99 : une vidéo par jour, pendant 99 jours. Un voyage à New York, en Colombie, à Amsterdam… Depuis, plus de doute. Quand il a des coups de mou, il s’écoute et se bat. « Ton rêve, c’est YouTube. Si tu ne le fais pas, personne ne va le faire à ta place. Donc c’est maintenant ou jamais ! Et c’est vraiment une belle communauté, la house. À Lyon, on a vraiment des talents. On a vraiment des gens talentueux, et j’ai envie de les mettre en avant. »
Alors Thomas suit son instinct et évite de se poser trop de questions. Maintenant qu’il s’est trouvé et qu’il est bel et bien lancé, il n’est pas prêt de lâcher. Alors il avance dans sa création de vidéos : il montre son parcours, comment il s’organise, ses entrainements, ses rencontres…
« J’ai mon équilibre. Je peux danser, faire mes vidéos… je suis le plus heureux.J’ai mis trois ans à trouver ce que je voulais faire vraiment. Et j’ai mis 26 ans à savoir ce que je voulais faire de ma vie. Ça prend du temps. Chacun avance comme il peut. Mais aujourd’hui, je sais ce que je veux et c’est le plus important. […] Je veux mettre en avant ma ville, Lyon, mes amis, mon entourage. Et après, advienne que pourra. Si ça ne marche pas, je m’en fous. Parce que ça va me créer des souvenirs. Et c’est ma façon à moi d’être heureux. »
Pour continuer à progresser, Thomas continue à s’entraîner, à se renseigner et à voyager. Il investit pour choper des informations, voir d’autres choses, d’autres cultures.
« Ça apporte tellement. Quand je suis allé à New York, ça m’a métamorphosé. […] Ils transpirent l’amour. Et ils dansent vraiment. J’ai vu des personnes âgées danser, mais j’ai halluciné ! Avec une bière à la main, mais ils dansaient, ils groovaient ! Je veux danser comme ça. Tu transpires la joie en fait. C’est ça que je veux partager. […] Quand je suis allé en Lituanie aussi. Chaque voyage te fait évoluer dans la danse. Ça t’ouvre l’esprit, en fait. »
La prochaine destination ? Sans doute la Belgique, qui sera l’occasion de tourner une vidéo avec Rashad. « Je vais lancer un nouveau concept : 24h avec un danseur inspirant. Je vais aller dans sa ville, il va me raconter sa culture de la house dans sa ville, sa communauté, on va s’entraîner ensemble, aller clubber ensemble… »
Son amour pour la house et son esprit de compétiteur lui ont fait trouver sa voie. L’objectif est clair : se développer sur YouTube pour réunir un tas de danseurs, et gagner le House Dance Forever. Sans oublier de voyager, de clubber, de profiter de la famille et des amis. Et de streamer. Tant que la house existera et qu’il y a moyen de rêver, il n’est pas prêt de s’arrêter !
« Pendant des années, je me suis cherché. Je cherchais à faire un truc qui me plaisait, et pendant 10 années, je n’ai pas trouvé. Je suis allé à l’armée, j’ai fait plein de métiers alimentaires. Préparateur de commandes, serveur… Et depuis deux ans, je veux réaliser mes rêves. Fais-le maintenant, sinon tu vas vivre avec des regrets. […] Ouais, je suis un rêveur qui veut atteindre ses objectifs. J’essaie d’être heureux, et moi, c’est ma façon d’être heureux, de réaliser mes rêves. Et je me donne les moyens. »
💡 Son conseil
« Plus t’es dans l’action, plus ça marche. On ne demande pas que ce soit parfait dès le début. Il y aura des erreurs, il y aura des vidéos pas ouf. Mais tu vas construire une communauté, et les gens vont te suivre et t’aimer par rapport à ta personne, par rapport à ce que tu dégages, par rapport à ton authenticité. »
🪄 Si il avait une baguette magique…
« Je donnerais l’accessibilité aux humains de comprendre les animaux, de parler avec les animaux. Parce que je pense qu’ils ont des choses intéressantes à nous dire. »
Ainhoa – Danseuse et électro libre
Pas toujours évident de croire en ses rêves de gosse quand, en grandissant, les éléments qui nous entourent ne nous aident pas à y croire. Mais en s’accrochant un peu, le meilleur reste à voir ! Ainhoa est danseuse. De hip hop et d’électro, mais pas que : sa danse est riche de nombreuses influences. Venue de Bilbao – en passant par Barcelone, la Finlande et Genève –, elle s’est installée à Lyon pour poursuivre sa route entre formations, battles et cyphers !
Du Pays basque à la France, en passant par la Laponie 🎅
Impossible pour Ainhoa de savoir quand elle a dansé pour la première fois. Ce qu’elle sait, c’est qu’elle a pris ses premiers cours à 2 ans. Rien de très sérieux, mais quand même. À 4 ans, elle disait déjà vouloir devenir professeure de danse. Alors elle prend des cours (modern jazz, hip hop…) et continue à se former. C’est vers 15 ans qu’elle commence à s’entourer d’autres danseurs et, surtout, à 19 ans qu’elle découvre le freestyle.
« J’ai connu les chorées, le milieu assez commercial de la danse urbaine. À 19 ans, j’ai découvert le freestyle, et là, ma vie a complètement changé. Je me suis dit “ah, c’est là qu’il faut que j’aille”. J’aimais les chorées, mais il manquait un truc. Je n’arrivais pas à être dedans à 100 % . Quand je me suis rendue compte que tu pouvais danser librement… j’ai adoré. »
C’est cette découverte qui marque le début de sa carrière de danseuse, et lui permet de prendre la danse au sérieux. Parce qu’avant, quand tu n’as pas l’entourage et les étoiles qui te permettent d’y croire, ce n’est pas toujours évident : « Je n’étais pas prise au sérieux. Même si depuis toute petite je me disais ça, c’était toujours au deuxième plan. C’était dur d’y croire, quand tu n’as rien autour de toi qui te fait croire à ça. »
En passant par la fac de criminologie et une école de tourisme à Barcelone, elle découvre la danse électro et commence à voyager pour faire des battles. Elle passe aussi deux saisons en Laponie, pour y travailler en tant que guide d’aventure. Moins de danse, plus de nature, et un bon moment pour prendre du recul (et croiser le père Noël).
De retour à Barcelone, la danse reprend le dessus. Mais la situation espagnole et la représentation de l’art ne sont pas les plus propices…
« En Espagne, c’est très dur de vivre de la danse. On n’a pas l’intermittence, le hip-hop reste soit très scolaire, soit très underground. Ici, en France, il y a une connexion avec le monde contemporain. Le hip hop est sur scène, le hip hop est partout, en fait. Mairie, MJC… Il y a plein de structures publiques qui accueillent des événements hip hop ! »
Rentrer dans le cercle de l’enseignement 🎓
Du haut de ses 24 ans, Ainhoa décide de se former avec un objectif précis : savoir, une bonne fois pour toute, si elle veut vraiment consacrer sa vie à la danse. Direction la formation EDHA, à Annecy, pour suivre un parcours de hip-hop expérimental. L’occasion de progresser, d’explorer, de conceptualiser… mais aussi de rencontrer des danseurs professionnels et de découvrir le contexte français.
« Attends, mais tu ne dois pas être le meilleur danseur du monde pour avoir l’intermittence ? Et juste voir le système et toutes les opportunités qu’il y a, la mise en valeur de l’art et de la culture en France… Je me suis dit “bien sûr que je veux être danseuse !”. Je veux juste avoir un cadre qui le permet. Finalement, il fallait juste un peu plus d’espoir. »
À la suite de cette année d’études, elle est invitée à participer à la première édition d’une nouvelle formation, à Genève : l’Urban Move Academy, qui mêle danse, skate et parkour. Elle obtient une bourse et part pour une nouvelle année de rencontres, de création, de spectacles… mais assez vite, elle ne s’y retrouve pas.
« J’en ai parlé au directeur, et il m’a proposé d’être prof. Parce que je faisais de l’électro, et qu’il n’y avait pas d’électro à Genève. On a testé, et ça a très bien marché, les gens étaient très contents. Du coup, je suis passée de élève à prof ! »
Un gros pas en avant, qui la met dans le bain de l’enseignement. Depuis, elle continue à partager son savoir, et se déplace régulièrement à Genève pour y donner des cours. Tout en proposant des workshops ici et ailleurs.
« Je kiffe beaucoup. Ça me touche beaucoup de voir comment les élèves avancent. Je kiffe la transmission, mais j’aimerais bien pouvoir faire la transmission avec un groupe fixe. »
Aujourd’hui, Ainhoa enseigne et fait parler de sa danse électro, mais elle n’oublie pas que c’est le hip hop qui lui a donné les bases. Le bounce, le groove, le flow, les basics steps, les isolations, le popin… Des bases qu’elle transpose à l’électro et qui donne à sa danse tout son charme.
Tout ça, elle l’a appris en workshop, en battle, en partageant, en training… Car le hip hop et la danse électro sont avant tout des danses sociales, fondées sur l’échange et les rencontres !
« Ce sont des danses sociales. Tu as besoin d’un environnement et d’un partage. En fait, c’est en communauté que tu te développes. Donc pour moi, c’est hyper nécessaire de connecter avec ton entourage, de t’entourer avec d’autres personnes, de partager. Même si tu prends une formation à côté, c’est là que tu apprends en fait. »
La danse électro revient petit à petit sur le devant de la scène, mais elle a connu des temps difficiles. Née en 2006 dans les clubs parisiens, elle a vite subi la création de la marque Tecktonik : « La naissance d’une danse, ça se fait naturellement, et petit à petit. La marque s’est appropriée cette culture qui était en train de naître, d’être créée. Ils ont donné une fausse esthétique, une fausse image, une fausse idée de ce qu’était la danse électro. »
Résultat : des danseurs électro qui n’osaient plus danser par crainte d’être associés à cette marque qui ne leur ressemblait pas. Par crainte de ne pas être accepté par les autres groupes de danseurs, aussi. Alors que c’est une danse qui prône la liberté et l’ouverture…
« Ce n’est pas une danse académique. C’est une danse très pure, ou tu te laisses emporter. C’est une revendication d’être soi-même. Te laisser être, te libérer. C’est une danse où on accepte tout le monde, qu’importe comment tu danses, comment tu es, comment tu t’habilles. »
La danse électro continue tout de même de grandir, dans la rue et les milieux battle. Ainhoa participe à sa transmission, prend goût à partager ce qu’elle sait de cette danse tout en continuant à travailler sa technique et à découvrir des choses. Et non, ne vous fiez pas aux idées reçues : ce n’est pas qu’une affaire de bras qui bougent !
« L’énergie, elle vient du corps tu vois. Tu dois être connecté au sol. Même si c’est très extérieur au niveau de l’énergie, pour moi, c’est très intérieur. Parce qu’en fait, pour arriver à l’extérioriser, tu dois vraiment le ressentir, sinon ça se voit. […] Le truc que j’aime beaucoup et que j’utilise beaucoup dans ma danse, c’est faire des constructions avec mon corps. Quand je danse, j’imagine vraiment comme si j’étais en train de peindre l’espace. »
L’électro est une danse puissante, bien plus cardio et physique qu’on peut le croire. Avec énergie, élégance, flow et attitude, Ainhoa nous embarque dans des constructions soignées. Tout en nous rappelant qu’il ne faut pas avoir peur : de voyager, d’apprendre, de rentrer dans un cypher. Il faut y croire, et il faut faire !
Mademoiselle Do – La danse est belle, mais la danse est dense
Danser, ce n’est pas seulement “faire du beau”. C’est un art, un sport, mais aussi un moyen d’expression. Danser, c’est aussi être soi, mieux se comprendre, pour mieux s’ouvrir aux autres et au monde. Dominique, aka Mademoiselle Do, est danseuse pro. De house, mais pas que. Sa danse, construite grâce à ses rencontres et ses racines, lui ressemble et rassemble !
À la rencontre de la danse, pas à pas 💃🏽
Née en Côte d’Ivoire, d’origine Congolaise, Dominique a débarqué en France à 7 ans pour fuir les conflits avec ses parents. C’est en France qu’elle a fait ses premiers pas (sans mauvais jeu de mot) dans la danse. À l’école primaire, elle était du genre à passer ses récrés à danser, à imposer des chorégraphies à ses copines. Au fil des déplacements en France, c’est surtout dans sa chambre qu’elle bossait, en multipliant les pas et les montages vidéos sur Windows Movie Maker.
Mais ça, c’était jusqu’à ce qu’elle tombe sur un street show et qu’on l’invite à venir s’entraîner à l’Opéra, là où les danseurs de Lyon, tous styles confondus, se réunissaient. Les yeux écarquillés, elle passe des heures à observer… avant de faire la rencontre qui changera la donne.
« J’étais très très timide. Donc je n’osais pas demander. Je restais là, plantée, à regarder pendant des heures. Je revenais tous les jours. J’étais fascinée, mais je ne savais pas comment entrer dans cet univers-là. […] Un jour, Carolynn (aka Lynn Diva) était en train de s’entraîner seule dans son coin. Et elle est venue me voir pour me demander si j’avais des écouteurs, car les siens l’avaient lâchée. Elle s’entraînait vraiment dur, dans sa bulle. Elle m’a proposé de me montrer des trucs… Et j’ai dit oui. »
S’en sont suivis deux semaines pleines où, tous les jours, Do apprenait des pas avec Lynn et découvrait la house. Depuis… elle ne s’est jamais arrêtée.
Ça ne l’a pas empêchée de poursuivre ses études d’ingénieures en chimie, sans doute influencée par le cadre scolaire qu’on lui avait inculqué, avec un vrai projet : créer sa marque de cosmétique. Sauf qu’à la fin… c’est la danse qui gagne.
Tout juste sortie d’études, elle postule à une audition pour une compagnie en quête de houseuses. Elle est présélectionnée, monte à Paris, et signe son premier contrat : elle rejoint la Compagnie Paradox-Sal, découvre les résidences, les prestations… et va jusqu’en Allemagne pour faire sa première date. C’est le déclic. Depuis, et malgré la crise du Covid qui lui a permis de tester un boulot “normal”, il n’y a plus de doute possible.
« Je sais que la danse, c’est la voie dans laquelle je peux être qui j’ai envie d’être, me développer et toucher les personnes d’une certaine manière. J’utilise la danse comme un véhicule, plus que comme une fin. C’est vraiment quelque chose qui a beaucoup changé ma vie, qui je suis, et ma manière de voir le monde. Ce véhicule est fort, parfois plus que parler. Par le mouvement, par la danse, il y a des choses qui s’expriment qui vont au-delà d’autres moyens. »
Danser, se mettre à découvert… et se découvrir 👀
Si la danse est si importante pour Dominique, c’est parce qu’elle l’a aidée à se construire et à se connaître. La première chose que la danse a changé chez elle, c’est l’ouverture d’esprit. La danse et les voyages l’ont ouverte sur le monde, lui ont appris à se débrouiller, à trouver sa voie et à aller à la rencontre des autres.
« À l’école, il fallait avoir de bonnes notes, un bon salaire, une famille, etc. Pour beaucoup de gens, c’était soit cette voie-là, soit rien. […] Si je voulais faire un battle en Italie, il fallait que je gagne des sous, que je prenne des billets, un hôtel, que je m’organise… ça m’a rendue très autonome et ça m’a ouverte à plein de choses ! »
La house reste sa langue maternelle, mais d’autres styles sont arrivés assez naturellement pour enrichir son vocabulaire. Notamment les influences africaines, avec des sonorités qu’elle écoutait petite et qui résonnent en elle. Petit à petit, elle s’intéresse aux danseurs qui mélangent les genres et se questionne sur sa propre identité. La house est belle, la house est esthétique, mais il lui manque encore quelque chose… un côté “brut”.
Quand elle découvre l’afrohouse et Selma Mylène, danseuse à Lisbonne, c’est le coup de cœur. Elle prend ses billets et part à sa rencontre pour apprendre auprès d’elle. Quelques temps plus tard, elle récidive à Londres avec un danseur angolais. Bref, elle fait son bonhomme de chemin, enrichit son vocabulaire et trouve son mélange.
Loin de se satisfaire de l’esthétique, la recherche de Do est avant tout dans l’expression. Le besoin de s’enrichir de plusieurs styles vient aussi de là : elle a besoin de pouvoir dire tout ce qu’elle a à dire, pleinement. Et pour ça, il faut parfois savoir lâcher du lest, ne pas chercher à vouloir faire bien à tout prix.
« Je viens d’une famille assez timide, pudique, où on a du mal à s’exprimer. On fait, on fait bien, et c’est tout. La danse m’a permis de comprendre que tu n’avais pas forcément besoin de bien faire pour faire de la valeur. […] Danser, c’est une mise à nue ! Il n’y a rien de plus exposant. Ça demande plusieurs étapes, mais plus tu te sens à l’aise, plus tu peux dire ce que tu as à dire. »
Et c’est vrai que quand tu as déjà du mal à t’exprimer librement, danser peut sembler complexe. Mais ça peut aussi être une étape précieuse pour se découvrir, se libérer, être honnête avec soi-même puis avec les autres.
« Il faut aussi se souvenir que tu danses pour toi, et pas pour les autres. Avec les réseaux, on est dans une génération où les gens dansent beaucoup pour les autres. Alors que la danse, c’est de l’art, et rien n’est bien, rien n’est pas bien !Il faut juste faire. Tu vas trouver quelque chose qui va te plaire, et ça fera ton bien. […] Parce qu’au final, le bien, ça n’existe pas. Tout est subjectif. »
Enseigne sans que les racines en saignent 🌱
Aujourd’hui, Mademoiselle Do est intermittente et travaille avec la compagnie Paradox-Sal d’Ousmane Sy, mais aussi la Compagnie par Terre, et donne des cours hebdomadaires. Dans l’enseignement, le format qu’elle préfère reste les week-ends intensifs, sur deux jours, avec 4h par jour. Un format qui permet de travailler de manière intensive, et de se pousser dans ses retranchements.
« Cela laisse aussi beaucoup de temps pour communiquer. Parce que ça passe aussi par le fait de se dire les choses, à soi-même et aux autres. Ce sont des temps où j’essaie de pousser les autres, comme j’ai été poussée, dans leurs retranchements, pour sortir de l’esthétique.C’est ça, mon but : pousser les gens à l’expression à travers la danse. J’ai moi-même eu des problèmes d’expression. Et s’exprimer, c’est juste être soi dans la société. Quand t’arrives à le faire, beaucoup de choses se règlent toutes seules. »
Alors que les danses se répandent, Do met un point d’honneur à ne pas oublier leurs racines, leurs origines. Car chaque danse est riche d’histoire et de culture. Et les pionniers sont les mieux placés pour former et tout raconter. Entre eux et nous, le décalage est immense !
« Il faut avoir une posture d’humilité. Évidemment, c’est intéressant de transmettre. Mais il faut préserver le truc, ne pas oublier les cultures qui en sont à l’origine ! Ici, tout est concentré, tout va plus vite, tout est plus simple. Un cours sera blindé, alors que là-bas, ils sont toujours en train de galérer. Quand tu te souviens de ça, déjà tu abordes l’art et la danse différemment. Et tu transmets d’une autre manière. Culturellement, rien ne nous appartient. »
Do continue donc de danser et de transmettre sans oublier d’où elle vient, et d’où vient tout ce qu’elle partage. Ses mouv’ peuvent être difficile à suivre, mais vous pouvez la suivre facilement sur les réseaux, avec ses compagnies ou lors d’événements. Et ne vous arrêtez pas à l’esthétique. Pour reprendre ses mots, n’oubliez pas que danser est lourd de sens… et lourd d’essence !
Et si, pour être heureux, il fallait simplement pouvoir pratiquer ce qui nous passionne sans se prendre la tête ? Se laisser aller à ses envies, essayer, créer, recommencer… et juste kiffer ? C’est la philosophie de Zalfa Fraise, artiste lyonnaise multi-facettes qui suit son instinct pour avancer dans la création, peu importe la cour de récréation. La danse l’a emmenée vers la musique, la musique vers les podcasts… il y a du débit, mais ce n’est que le début !
Du R&B pour savoir sur quel pied danser 🩰
Même si elle a toujours aimé la musique, Zalfa a fait ses premiers pas dans l’art avec la danse. Après une formation de 8 à 17 ans, c’est sur le terrain qu’elle continue à apprendre en se mettant au Hip Hop : elle fait des battles, fréquente des compagnies, fait de la créa… jusqu’à ce que la musique la rattrape.
« La chanson a toujours été là, quelque part, mais je ne le prenais pas vraiment au sérieux. Et puis, un jour, je me suis sentie limitée avec la danse. Même s’il y a un échange, une discussion, à la fin tu n’as pas forcément avancé dans tes réflexions dans la vie. Et ça, ça me manquait. Je me suis mise à écrire, à chanter… »
Zalfa se lance donc en autodidacte dans la musique, avec l’amour en première source d’inspiration. Influencée par des artistes comme Wallen et Jhené Aiko, leur écriture poétique et aérienne, leurs voix qui partagent des émotions sans chercher à tout prix à faire des tubes, elle enregistre des premiers sons et fait des collaborations.
Résultat : des lyrics introspectifs portés par une voix planante. Des textes et des sonorités qui se veulent au plus près de son ressenti, pour partager la réalité de ce qu’elle a dans le cœur. Un défi relevé avec son dernier son (entre autres), X.
Des podcasts qui parlent de la vraie vie 🎙
La chanson, c’est bien, mais… Zalfa a trop de choses à dire. Et toutes les thématiques ne collent pas à ce format. Elle choisit alors de lancer un podcast : « Le journal de Zali dans la vraie vie ». Un format relativement court, de 10-15 minutes, dans lequel elle partage ses réflexions sur des sujets divers (et d’été) : la solitude, les intentions, le bonheur…
Elle pioche régulièrement dans les centaines de notes de son téléphone, qu’elle gratte à tout moment. Dans le bus, chez elle, au cinéma… « Dès qu’il y a une idée qui vient, je l’écris. Parfois, c’est un robinet. J’écris, j’écris, j’écris. Parfois, c’est juste un début, que je vais laisser de côté. C’est à l’envie, au mood, au moment. »
Elle fait tout en solo, dans sa chambre, souvent la nuit. Sans faire écouter à qui que ce soit avant de publier. Parfois, ça découle de discussions qu’elle a eu. D’autres fois, ce sont des trucs qui lui trottent trop dans la tête. Elle en discute avec son journal, et ça sort tel quel. Entre la réflexion, les recherches, l’enregistrement, le montage… c’est un sacré taf, mais c’est surtout du kif.
« Il y a une période où je travaillais dans un taf conventionnel. Et je n’étais pas heureuse. J’étais frustrée de ne pas faire ce que je voulais côté création. Un jour, j’ai arrêté. Je suis sortie de ce cadre-là, et je me suis rendue compte que la libération que je ressentais pesait plus lourd dans la balance que la dite précarité de ne pas savoir où tu pouvais être demain. Je me sens mieux comme ça, et je suis grave confiante. Aide-toi, et le ciel t’aidera. »
Le lâcher prise, meilleure recette pour ne pas se prendre la tête 🤙
L’une des forces de Zalfa, c’est son lâcher-prise. Plus question de se prendre la tête. Ça peut paraître bateau, mais sa seule ambition, c’est de prendre du plaisir dans ce qu’elle fait, de suivre ses envies et d’être heureuse.
« J’aime créer dans l’absolu, et ça peut prendre plein de formes. Je me laisse guider par mes envies, par mes moods, par ce que je traverse dans la vie, par ce que je vois. Si je veux essayer un truc, j’essaye. Si j’aime bien, je continue. Si je n’aime pas, j’arrête et je fais autre chose. »
Dans ce game, elle a déjà gagné. Elle fait parfois des allers-retours à Paris, mais la question de s’y installer pour les opportunités était vite répondue. Lyon, c’est sa base. Et pas besoin d’aller ailleurs pour s’éclater.
« Mon but, ça n’a jamais été de percer. Percer, c’est un concours de circonstance. Si ça arrive, c’est cool, mais ce n’est pas pour ça que je fais ce que je fais. […] Pour moi, à partir du moment où on peut juste vivre sa passion, c’est percer. Juste avec le fait de pouvoir faire ce que j’aime, j’ai percé à mon échelle. »
Alors qu’elle a longtemps été ralentie par le perfectionnisme, marquée par des échecs, elle a laissé tout ça de côté pour avancer. Bien sûr, elle a toujours le goût du travail bien fait – il n’y a qu’à écouter, tout est quali –, mais ne cherche plus le truc parfait… qui n’existera jamais.
« Une amie danseuse et chorégraphe m’a dit un jour “il ne faut pas avoir peur du moche”. Ça m’a vraiment marqué. Quand on cherche trop un truc précis, on se coupe l’inspiration. Parfois, c’est dans les ratés qu’on trouve les meilleures idées. […] Avant, j’avais trop d’attentes de réussite. Beaucoup trop. Et je pouvais être déçue. Le lâcher-prise, c’est ma recette pour être moins déçue. »
À la vie, à l’amour 💞
Au cœur des créations de Zalfa, il y a les relations. Sans doute parce qu’elle-même, extravertie et loin d’être solitaire, en a besoin. C’est là qu’elle puise ses forces : « J’ai besoin du contact de l’autre pour me ressourcer, pour trouver l’inspiration, l’énergie. Mes batteries sont rechargées quand je suis avec l’autre. Je suis éteinte dans la solitude. Je m’allume dans le partage, dans le fait de discuter, de rigoler, de créer. Je m’allume dès qu’il y a quelqu’un d’autre dans l’équation. »
Zalfa aborde des sujets intimes, sans trop penser à ses auditeurs. C’est sans doute ce qui lui permet d’être aussi vraie, et de partager sa sensibilité sans tricher.
« Je pense que tout artiste a une sensibilité accrue. Parce que peu importe l’art qu’on pratique, pour pouvoir être attentif à ses émotions, s’en servir, il faut être sensible. Sinon, l’art n’est pas vrai. »
Alors elle continue à écrire en tâchant d’être au plus près de son ressenti, de poser ses réflexions sur papier pour en faire du contenu de qualité. Et si l’amour revient toujours, ou presque, c’est sans doute parce que dans nos vies, dans nos relations, dans nos réflexions, il n’est jamais très loin !
« Je trouve que l’amour, ou le désamour, c’est au centre de tout. Déjà, tout ce qui nous fait, tout ce qui nous construit, c’est basé sur des expériences d’amour ou de désamour. Les traumas qui nous font, même familiaux, ce sont des histoires d’amour. Il y a tellement de choses à dire, c‘est un puits inépuisable d’inspiration ! Je n’aurais jamais fini d’en parler. »
C’est pas faux. Et vu toutes les réflexions qui lui passent par la tête… elle en a encore sous la semelle de ses Air Force. À l’heure qu’il est, Zalfa est peut-être en train de cogiter, ou de gratter quelques lignes dans son journal. Elle prépare ses prochains épisodes et ses prochains sons… en réfléchissant peut-être aussi à ses prochaines réalisations !
Si tu avais une baguette machique, qu’est-ce que tu changerais dans le monde ?
« Je pense que je donnerais l’habilité à chaque bourreau d’être à la place de ses victimes. Et dans tous les sens du terme. Parce que je pense qu’il y a plein de trucs qui arrivent par manque de compassion. À grande échelle et à petite échelle. »