Et si nos rues étaient un musée à ciel ouvert ? Vous avez peut-être déjà croisé l’une de ses œuvres au détour d’une traboule ou sur un mur un peu trop gris : Alex, aka Pyx Collage, est graphiste de métier… mais aussi collagiste. Elle embellit les rues de Lyon et panse les plaies de la ville avec des œuvres originales, pensées pour se fondre dans leur environnement. Sa démarche ? Expérimenter, se faire plaisir et faire plaisir. On a pris le temps de discuter pour en savoir plus sur la personne qui se cache derrière les collages qui donnent vie aux murs et aux pavés lyonnais. Pas de doute : elle n’a pas fini de nous faire rêver quand on part se promener !
Une passion pour le couper-coller ✂️
« J’ai toujours aimé l’art. Avec le collage, tu n’as pas besoin d’avoir beaucoup de compétences techniques : tu peux laisser parler ton imaginaire, ta créativité, être absurde, jouer avec les proportions… C’est intéressant. J’ai commencé et j’ai trop kiffé. Tu peux vraiment t’amuser, tu n’as pas de limite ! »
À l’heure où sont écrits ces mots, ça fait 4 ans qu’Alex s’est lancée dans le collage. Ça faisait déjà quelque temps qu’elle s’y intéressait et qu’elle suivait des créateurs (sur les réseaux, pas dans la rue hein)… alors quand elle est tombée sur un grenier rempli de vieux magazines avec des photos de femmes, elle a très vite sauté le pas.
Petit à petit, Pyx a envie de partager. Après tout, « c’est aussi le but de l’art » ! Elle crée une page Insta et commence à poster, ce qui lui permet d’échanger avec d’autres collagistes, de continuer à apprendre et expérimenter. Le Livestation DIY, bar restaurant dans le 7e arrondissement de Lyon, lui propose un premier vernissage. Elle y fait des rencontres, dont une personne qui l’initiera au street art.
Son secret de fabrication ? Il est assez simple (selon elle) : elle chine de vieux magazines, prend des photos, fait sa composition, imprime, découpe, fait son mélange de colle et sort poser ses œuvres en veillant à éviter les bulles d’air. Trouver le bon mélange et les bons papiers ne s’est pas fait du jour au lendemain, mais aujourd’hui, elle s’est fait la main.
« Le street art, c’est comme une galerie accessible à tous ! »
Depuis deux ans, c’est aussi dans les rues qu’Alex puise de l’inspiration. Elle repère des endroits intéressants (un renfoncement, un nom de rue, un mur abîmé…), prend des mesures et fait une compo adaptée. Pas toujours évident quand il y a des doigts à découper et à coller ! Mais c’est aussi ce qui fait sa particularité : ses œuvres se fondent à merveille dans le décor, surprennent, attirent l’œil et déclenchent les sourires.
Leur durée de vie ? Entre deux jours… et trois ans, en fonction de la météo et de l’emplacement notamment. Alors que l’un de ses collages Montée de la Grande-Côte est toujours là, des agents d’entretien n’ont même pas laissé une semaine à une grande composition de 4 mètres de long qui était destinée à devenir une œuvre participative.
« J’aime trop les collaborations spontanées ou impromptues : quand tu colles quelque chose et que quelqu’un vient rajouter d’autres choses autour. J’avais essayé de faire un collage pour, mais il n’est resté que trois jours. »
Même si elle a pu avoir des retours virulents, c’est toujours le positif qui prend le dessus : des personnes l’observent, lui demandent son insta, admirent et partagent ses œuvres…
Et ça fait aussi de belles histoires. Comme cette fois où elle a collé devant une agence immobilière et qu’un passant s’est arrêté : « Je ne pense pas que le propriétaire accepterait ! ». Eh bien… figurez-vous que Pyx a pu répondre sans sourciller : « Ah si, je lui ai demandé ! ». Une autre œuvre a été faite devant un bar avec l’autorisation du patron : ce dernier a vendu les lieux en demandant au nouveau propriétaire de ne pas repeindre. Deux ans plus tard, le collage est toujours là !
« Rendre l’art accessible, c’est cool ! Et qu’il soit éphémère aussi. Tout le monde a sa place. Tu n’as pas besoin d’être connu, on s’en fout. Tu viens, tu colles ton truc, ce sera enlevé et ça laissera la place à d’autres. »
« Je ne fais pas de l’art activiste. J’essaie juste de partager une partie de moi. Déjà que dans la vie on intellectualise et on sur-analyse beaucoup (les relations, le travail, le quotidien…), quand je fais de l’art, j’essaie justement de sortir de ça. Je laisse parler le feeling. »
L’univers d’Alex dépend avant tout de son humeur et de ses envies. La femme occupe une place centrale et les sirènes ne sont jamais loin. Son mot d’ordre ? Expérimenter. Ne pas trop se prendre la tête, se faire kiffer, créer et partager. Et faire parler sa personnalité.
« Il faut s’amuser dans l’art ! Ça s’affinera peut-être. J’ai commencé il y a 4 ans, je ne fais même pas ça à temps plein. C’est pour m’amuser, extérioriser des trucs. Pour l’instant, j’expérimente, j’ai envie d’apprendre des choses et d’y aller avec mon âme. »
Si elle n’est pas dans la technique, Alex n’hésite pas à jouer avec les formats et les matières. Au-delà du collage, elle manie la bombe, les pochoirs, colle aux murs aussi bien qu’au sol : on peut découvrir des femmes qui se prélassent sur les pavés, un collage avec de la laine rue Lainerie, une femme habillée de coton rue Mouton, une femme avec une tête de rose rue Rosier…
« Je ne suis pas dans la technicité. Je sais que ce n’est pas parfait, que ça pourrait être mieux… mais je suis dans l’expérimentation et c’est aussi ça qui me plaît. Ça ne me dérange pas que ça fasse un peu crado, qu’il y ait un aspect déchiré… C’est un peu comme la rue, en fait. J’aime bien ce côté “chaos”. »
L’art pour donner du sens à la vie ✨
Aujourd’hui, Alex mène une double vie entre son travail en agence et le collage en dehors. Pas toujours évident d’avoir l’énergie pour continuer à créer en rentrant et switcher de l’un à l’autre. Mais la passion est là : « Quand je fais du collage, je peux y passer des heures et je ne vois pas le temps passer. Après, j’ai une sensation de satisfaction… je ne sais pas comment l’exprimer. Je suis vidée, mais je suis contente quand je crée. »
Doit-on vraiment se demander si tout ça est utile ? Dans une société de surconsommation où Alex peut se sentir en mode survie – comme beaucoup d’entre nous –, l’art donne du sens à la vie. Et c’est important.
« J’ai besoin de trouver du sens et je trouve l’art utile. Tu peux rencontrer des gens que tu n’aurais peut-être jamais rencontré dans ta vie, juste parce que vous avez une passion commune. Tu as beaucoup d’échanges, d’interactions avec les gens, de tout âge, de tout milieu social. L’art te fait ressentir, réfléchir…C’est ça qui me fait me dire “putain, c’est quand même cool d’être en vie” ! C’est ce qui fait que le quotidien est plus supportable. »
Un jour, peut-être qu’Alex s’y consacrera à temps plein. Mais ce n’est pas d’actu. D’autant plus que c’est aussi le risque de prendre moins de plaisir : se filmer, réfléchir à sa stratégie, penser à la comm’, faire plus de prints, trouver des moyens de vendre… pour le moment, non merci.
Elle a tout de même déjà eu l’occasion d’animer un atelier avec des enfants, de participer au circuit street art de Show les pentes… et entre son envie de créer et de partager, son travail risque de continuer à attirer l’attention. Et tant mieux, ce serait mérité.
La suite ? S’amuser avec les derniers livres qu’elle a chinés : un gros livre sur les poissons trouvé en brocante et un livre sur les oiseaux venu des puces du canal. En bref : continuer à faire du (joli) neuf avec du vieux. « J’essaie que ce soit le plus possible des trucs que j’ai chinés et récupérés. Le côté “vieux” me plaît beaucoup, et je leur donne une autre vie ! »
Produire, produire… et peut-être bientôt exposer. Ça tombe bien : Pyx a été contactée pour un vernissage au Repaire, dans le 1er. L’occasion de changer du street art et de partager des tableaux et des collages originaux, coupés et collés à la main de A à Z. Toujours avec passion, Alex risque de continuer de faire du nouveau avec de l’ancien, de couper et de coller ce qui lui passe sous la main. Alors on vous invite à ouvrir grand les yeux quand vous marcherez dans les rues de Lyon demain !
L’art peut transformer la colère en joie, mettre en lumière des dysfonctionnements, et raconter des histoires qui font réfléchir tout en faisant sourire. Oui, oui, rien que ça ! Cécilie, artiste pluri-indisciplinée, joue avec les idées, les formes et les supports pour s’amuser… et ne pas étouffer. Pas question de rentrer dans une case (autre qu’une case de BD) et de se laisser enfermer ! Après avoir découvert son installation Superêtre, on a eu envie de mieux la connaître. Alors on a pris le temps de discuter de son parcours, de son envie de créer, de ses projets et de plein d’autres trucs honnêtes.
De l’art ou du cochon, peu importe : tout est bon dans la création 👨🎨
« Il y a des choses plus fortes que nous.J’y vais avec la fleur, et même le bouquet de fleurs au fusil. Il en ressortira forcément quelque chose. On est capables de produire du sens. C’est en faisant que je me dessine en même temps. »
Avec l’art, Cécilie est plutôt du genre à sauter dans la piscine sans avoir testé la température. Et après ? Qui vivra verra. Touche à tout, elle n’hésite pas à jouer avec les formes, les mots, les objets, en suivant l’envie de créer qui l’anime depuis des années.
Petite, quand elle s’ennuyait, elle s’occupait déjà en lisant des pièces de théâtres, en peignant un mur, en faisant du plâtre, en écrivant… En bref, elle ne s’ennuyait jamais vraiment. Aujourd’hui, ça fait plus de 25 ans que Cécilie s’est remise à peindre et à créer, et une dizaine d’années qu’elle vit de son art.
Ça a été progressif, bien sûr. Le temps de se déconstruire de certaines choses, de se l’autoriser, et de se libérer. Car il n’est pas question de suivre des tendances, de se changer pour répondre à des attentes, mais bien de créer avec un maximum de sincérité.
« J’en vis, puisque ça me rend vivante !Je fais du crayon, de la peinture… Je suis vraiment pluri-indisciplinée. Parfois, c’est le matériau qui va me faire faire des créations. Pour mon projet “La Seinphonie”, les dessins étaient réalisés au vernis à ongles. »
Fidèle à son indiscipline, Cécilie s’est toujours nourrie de plein de choses. De Raymond Devos à Lucky Luke en passant par Constance Debré, de la littérature au cinéma en passant par la peinture et le théâtre… sans oublier la mode, qui lui a aussi beaucoup apporté.
En ce moment, Cécilie joue à nouveau avec le plâtre. Elle prépare des maquettes avec du carton mousse, fait de la peinture, du stop motion… Vous l’aurez compris : elle n’a pas fini d’expérimenter et de s’amuser !
« En fait, on peut se libérer. On peut faire des choses ! Si je m’amuse, c’est que c’est bien. Quand je cherche et que je persiste, c’est que je ne suis pas sur la bonne voie. J’ai besoin d’explorer, sinon j’étouffe. […] Si je cherche trop le sens au départ, je me mets mal. Si je lâche, le sens apparaît. »
L’accompagnement Omart
En 2025, Cécilie a rejoint le programme d’accompagnement Omart. La structure qui accompagne les artistes dans leur développement lui a permis de faire de la médiation en entreprise, d’animer des ateliers, d’apprendre à parler de son travail, à se professionnaliser et à gagner en visibilité – entre autres. C’est aussi dans ce cadre qu’elle a participé au festival Airt de famille, avec une supérette indisciplinée et colorée !
Superêtre : une installation à consommer sans modération 🛍
« Ce projet vient d’une émotion, la colère, avec laquelle je ne suis pas à l’aise et qui m’a pas mal envahie. Ça a été ma façon de la traiter. »
Le projet Superêtre est né un été, quand un ami lui a conseillé de dessiner l’objet qu’elle avait devant elle. Il se trouve que c’était du Paic Citron. Elle commence à le modifier, à le détourner… et lui vient l’envie de faire du volume en plâtre. Elle s’amuse, son œuvre la fait sourire et elle décide de reproduire l’exercice avec d’autres produits du quotidien. « Je trouvais ça joli. Puis ils m’ont échappé dans leur forme, et ça rendait les choses beaucoup plus rigolotes. »
Plus elle avance, plus ses créations prennent du sens. Les détournements et les produits qu’elle façonne sont liés à des choses avec lesquelles elle est en désaccord, ou associés aux artistes et aux œuvres qu’elle affectionne : l’huile de tournesol de Vincent, la bière 1984 en hommage à Orwell, les chips Munch…
« On n’est que des passeurs. Je pense qu’on peut passer du sens, même avec des choses qui sont peut-être un peu exigeantes. C’est aussi ça que j’essaie de faire : dédramatiser, désacraliser des œuvres aussi bien picturales que littéraires. »
La Superêtre devient un mélange de culture populaire et de références, mettant en lumière ce qui cloche dans notre société de consommation. Une belle occasion de poser un autre regard sur le marketing et le (super) pouvoir d’achat !
« On peut dire les choses en s’amusant. On utilise l’arme des industriels envers leur cible (les femmes, les ménagères de moins de 50 ans) et on les rebalance. C’est une façon de reprendre le pouvoir sur le système et sur nos vies. On peut reprendre les outils marketing pour faire du sens, et pas du chiffre. »
Comme la plupart des travaux de Cécilie, le projet s’est construit “en faisant”. C’est en avançant dans la création qu’elle y a trouvé du sens, que l’envie de transmettre et de partager s’est renforcée. Le résultat en dit long : ouvrez les yeux sur le monde, consommez différemment (si vous le pouvez)… et souriez.
Ses projets : continuer à se dessiner en racontant des histoires 📖
Après avoir été installée dans la vitrine de Chasseurs d’influences à Lyon, la Superêtre de Cécilie pourrait continuer à voyager dans d’autres villes. Mais ce sera d’une autre manière, avec d’autres idées. Parce que Cécilie ne peut pas stagner.
Jouer avec ses émotions, essayer d’en apporter aux autres, ne pas être trop docile, bouger, sortir des carcans, s’autoriser des choses : elle continuera d’avancer, d’expérimenter, de créer et de s’émanciper. Cécilie n’a simplement pas fini de se dessiner.
« On apprend à piloter ce par quoi on est traversé, pour faire en sorte d’être assez juste avec soi et aligné avec ses valeurs. Finalement, la colère est une émotion qui vient nous dire ce avec quoi on n’est pas d’accord. La traiter, c’est remettre les pendules à l’heure avec soi-même. »
Parmi les projets à venir, deux nouvelles installations devraient voir le jour. La prochaine édition d’Airt de famille, avec une résidence en juin et en juillet, mais aussi un projet qui aura lieu en Belgique, à Liège : Cool City 3000. Un concept qui réunira plus de 300 artistes pour recréer une ville : chacun disposera d’une parcelle à exploiter à sa guise. Une nouvelle Superêtre pourrait être de mise…
Elle n’avait pas prévu de faire autant d’installations, mais Cécilie s’amuse. L’accumulation d’œuvres fonctionne bien. Elle lui permet de raconter des histoires, de jouer sur la pluri-indiscipline et de passer par plusieurs médiums : du volume, de la peinture, du détournement, de la sculpture…
« J’aime bien pouvoir raconter des histoires et créer des petits mondes. C’est une façon de modifier le réel. Le réel ne me convient pas. Plutôt que d’y échapper, j’y fais face mais je le reproduis à ma façon. J’essaie de le créer comme je pense qu’il serait mieux. En tout cas, il est plus doux pour moi comme ça. »
Plus doux pour elle, et peut-être aussi pour d’autres. Cécilie n’a pas fini de faire travailler son imagination et de se laisser aller à ses envies créatives. De toute façon, c’est vital. Pour créer et respirer, elle préfère rester cachée et garder une saine distance avec les réseaux sociaux. Son personnage lui offre un entre-deux, une incarnation décalée que l’on sait aussi apprécier. Et tant pis si ça ne correspond pas aux normes ou aux algorithmes !
La force de Cécilie, c’est aussi cette liberté. Disciplinée dans la vie, pluri-indisciplinée dans l’art, elle explore sans faire de concession sur ses valeurs, sur ses envies, pour continuer à se dessiner, créer des choses et les partager. De quoi faire passer des émotions en douceur et raconter des histoires avec lesquelles on pourrait rester des heures !
Entre la peinture et le spray, la toile et le bois, la rue et la nature : Thomas Bringold est artiste peintre, sculpteur, illustrateur et fan de l’OL. Entre autres. Son truc ? Jouer avec les couleurs, les formes et les supports, affiner son art, se faire kiffer et le partager. Après s’être lancé à Berlin, avoir fait un détour à la campagne, il a débarqué à Lyon avec un atelier à la Cité des Halles. Depuis la fermeture du lieu, il prend le temps de créer, de penser et de préparer de nouveaux projets. La cité a peut-être fermé, mais toutes les portes restent ouvertes !
🎨 De Berlin à Lyon : déclic et des claques
« Je pense que ça a été inconscient pendant longtemps. Créer et dessiner, ça faisait partie de ma personnalité, mais sans autre ambition. Quand j’étais à Berlin, je me suis rendu compte que tout le monde pouvait se lancer. Ça m’a donné une certaine force mentale, et le déclic s’est fait là-bas. »
La première porte qui a mené Thomas vers l’art, c’est sans doute celle de l’atelier de sa grand-mère, qui peignait sur son temps libre : « Quand elle me gardait, j’étais souvent dans son atelier et je posais beaucoup de questions. J’aimais bien, j’étais attiré par ça. » Depuis, ça ne l’a pas lâché. Au collège, il découvre le graffiti avec un voisin et se met à apprendre des techniques à ses côtés. Pendant toutes les années qui suivent, il dessine, crée, graffe, et se forme en autodidacte à côté des études.
C’est pendant ses 7 années de vie berlinoise que le déclic arrive et que l’art prend une nouvelle place dans sa vie. Il décide de lâcher son taf, de prendre un atelier pour travailler son style et préparer une première grosse exposition… que personne ne verra jamais.
« Le jour du vernissage, confinement. Pendant 3 mois, mes œuvres sont restées dans ce lieu sans que personne ne les voit. Personne, à part moi et les personnes qui les ont installées. Mais pour moi, cette expo, elle compte. C’était dur, j’ai eu envie de tout abandonner, mais ce n’était pas jouable. Finalement, ça m’a donné de la force supplémentaire, encore plus de motivation, et l’envie de repartir sur une grosse expo solo. »
En 2021, Thomas rentre en France et s’installe dans un petit village : parfait pour aménager une grange en atelier, se mettre au vert et produire à fond. De quoi préparer sa première (vraie) expo pour le festival Les Arts en Balade à Clermont-Ferrand, et faire découvrir son travail à plus de 6000 personnes, dont pas mal d’artistes.
« C’est là que j’ai concrétisé mon projet artistique. Je me suis rendu compte, à ce moment-là, après un long processus, que je pouvais me définir en tant qu’artiste. […] Il y a eu plein de remises en question, de doutes… Jusqu’à ma première exposition solo. En fait, il y a eu deux étapes : me le prouver à moi-même, puis obtenir la validation d’autres artistes. »
La suite ? S’entourer d’autres artistes et travailler une nouvelle expo encore plus solide. C’est là que Thomas débarque à Lyon, à la Cité des Halles. Un espace idéal pour profiter d’une effervescence créative, avoir des retours et s’intégrer au monde artistique lyonnais.
« C’est dur de s’arrêter sur une œuvre, mais maintenant je me force à le faire. Si besoin, je la mets sur un mur, dans mon salon. Si elle reste accrochée et que je ne la retravaille pas, c’est qu’elle est finie. Et je la sors. Si tu attends que ce soit parfait, tu ne sors jamais rien. »
🪵 Du graffiti aux nombreux supports : des choses à créer et des portes à ouvrir
« Le graffiti, c’était une porte d’entrée pour montrer aux gens ce que je faisais. Même si une pièce n’est pas terrible, elle est là, offerte au monde. »
Depuis Berlin, le style de Thomas n’a cessé d’évoluer. Après être passé du graffiti au post graffiti et à la toile, sa mise au vert lui a permis de jouer avec le bois. Aujourd’hui encore, il teste les formats, les supports et les techniques, comme il l’avait fait pour sa première expo. « L’idée, c’était d’avoir un thème, et de montrer toutes les techniques que je pouvais faire : fresque murale, toiles, sculpture bois… […] Avec le bois, tu peux vraiment transformer la matière, dans un truc fonctionnel, beau, ou les deux. C’est ça qui m’intéresse. »
Et pourquoi pas faire des meubles, des chaises, souffler du verre et créer des vases ? Et pourquoi pas des fringues ? Toutes les portes restent ouvertes, à une condition : rester le plus indépendant possible, impliqué dans toutes les étapes de création de A à Z.
« Je suis mon instinct. Je n’ai pas forcément de plan. Essayer des trucs, et voir comment cela peut matcher avec mon style. […] Je respecte toutes les pratiques, mais j’aime être impliqué dans tous les processus. C’est là que j’apprends et que je me surprends. Ça ouvre plein de portes ! Et c’est à toi de choisir si tu la referme ou pas. Il y a des gens qui peuvent essayer de la fermer, mais c’est toi qui reste maître. Je ne m’interdis rien, vraiment, niveau technique. Je ne veux pas rester dans une case. »
Alors Thomas poursuit les recherches, toujours dans son univers coloré, avec un style moderne et contemporain qui mêle abstrait et illustrations détaillées. Tout ça n’a pas fini d’évoluer, mais il y a sans doute des choses qui resteront : le blop (sa forme abstraite inspirée du blob, la cellule qui se démultiplie, et du flop, graffiti new-yorkais des années 80), et les couleurs et les plantes. Simplement le résultat des influences avec lesquelles il s’est construit, à cheval entre la culture hip-hop et son attrait pour la nature.
« J’ai fait beaucoup de végétal parce que j’adore ça. J’ai grandi à la campagne, puis dans des grandes villes : Paris, Berlin, Lyon, en passant par les États-Unis… Donc il y a ce lien entre le graffiti, le hip-hop qui m’a toujours inspiré depuis gamin, et ce côté nature. Ça a été un peu l’objectif, et je pense que ça restera. »
⏳ Une période de transition pour mieux se retrouver et évoluer
« À la Cité des Halles, on avait une super équipe, on s’entendait vachement bien. J’ai pu avoir beaucoup de retours d’autres artistes qui ont pu m’orienter, c’était hyper précieux. Je n’ai pas fait d’école d’art, mais j’ai eu la chance d’être au bon endroit. »
Quand son atelier de la Cité des Halles a fermé, Thomas a fait le choix d’en profiter. Après 4 années à ne faire que créer, il l’a vu comme une opportunité pour se recentrer sur ses projets créatifs et affiner sa vision avant de reprendre un atelier. L’occasion de se remettre dans un travail à plein temps, pour préparer la suite dans les meilleures conditions.
« J’ai des projets persos, familiaux… C’était le bon moment pour reprendre un taf. Je produis moins, mais je produis efficacement. Je me remettrai à plein temps le moment venu, pour des projets d’envergure. Je souffle un peu. Je passe du temps à dessiner, faire des recherches… Ça permet d’avoir moins de pression financière et d’investir dans du matériel. […] Ça permet aussi de faire une pause, loin du jeu des réseaux. J’ai moins la pression. Si je n’ai pas envie de montrer mes trucs, je ne les montre pas. J’hiberne. »
Une trêve qui lui permet d’avancer sur des projets annexes et de réfléchir à l’évolution de son style. Une réflexion qu’il doit en partie à Julien Omarker, qui lui a glissé un jour : “Il faut que tu t’émancipes du blop !”. Alors il fouille et fait de la place pour autre chose, sans pour autant s’en séparer, en faisant confiance à son instinct.
« Plus je fais ça, plus je me rends compte que ça m’emmène vers d’autres directions. L’idée, ce n’est pas de rester enfermé dans le même style. J’ai envie d’explorer plein de trucs. Proposer d’autres choses mais avoir un élément connecteur, pour que les gens comprennent que c’est moi, qu’il y ait mon énergie. »
Plein de projets sont en cours, reste à voir quand ils verront le jour. Des expos, des événements, des collab’… tout reste possible. Acrylique, pinceau, spray, peinture à l’huile, bois : tout, vraiment tout reste possible. Et s’il se fait un peu plus discret, il est loin d’avoir arrêté de créer. Il continue de kiffer, et reviendra bientôt avec de (gros) nouveaux projets. N’hésitez pas à suivre son taf de plus près !
🗓 Rendez-vous du 27 au 3 août pour sa nouvelle expo collective – Mono-chrome !
« Il faut prendre ça comme un kiff […] Il y en a qui vont le faire pour la fame, l’argent, se valider, recevoir des avis… Et encore une fois, tout est respectable. Moi, je fais ça pour atteindre un certain épanouissement personnel complet. Chacun son parcours ! Quand j’ai compris que c’était essentiellement pour moi et ma bonne santé, j’ai pu me déterminer en tant qu’artiste. C’est bon. Personne ne pourra challenger ça. »
Nos rêves d’enfants finissent parfois par nous rattraper. On compte les jours qu’il nous reste sur cette terre, et on réalise qu’il faut vite qu’on se bouge avant qu’il ne soit trop tard. Et qu’il faut créer, plutôt que se taire. C’est ce qu’a décidé de faire Yaya, aka Yaya Uno. Passé par le dessin et le graffiti, il est aujourd’hui peintre avant tout. Il joue avec les outils et les supports, les détails et les couleurs, en s’exprimant haut et fort. Résultat ? Des œuvres riches de son vécu, de son œil sur le monde et de ses émotions. Des œuvres qui en disent long…
De la rue à la peinture 🎨
« Je fais de la peinture sur beaucoup de choses, beaucoup de supports. Tant que ça peut se peindre… Et tout peut se peindre ! »
Impossible de dire quand il a commencé la peinture. Mais aujourd’hui, il baigne dedans. Il suffit de voir son petit appart’ au cœur de la Guill’ pour en être convaincu. Cette passion pour l’art, il la tient peut-être en partie de ses parents, tous deux profs de dessin. Mais ne croyez pas qu’ils lui ont transmis un talent (spoiler : ça n’existe pas) ou qu’ils l’ont poussé à créer. Loin de là ! Ça l’a sans doute aidé d’avoir accès à un bagage culturel et à du matos’, mais ça s’arrête là.
Assez vite, il a quitté sa campagne lyonnaise pour faire son bonhomme de chemin. Direction Barcelone, Toulouse, Paris… où il a fini par se perdre et connaître la rue – « Pas pendant très longtemps, tant mieux. Même si c’est toujours trop long ». Pendant pas mal d’années, il fait ses expériences et rencontre plein de belles personnes, dont Mokless et Koma de la Scred Connexion. Des échanges qui le marquent, le sauvent et le font avancer.
Les petits boulots, il connaît. Conseiller de vente, runner en restauration… et surtout, animateur. « Ce qui m’a beaucoup aidé, c’est le sourire des gosses. Tu te sens utile. Parce que c’est l’avenir ! Il y en a qui ont des vies de barge. Et le fait de leur apporter une parenthèse, qu’ils rentrent chez eux tout contents… c’est pour ça que t’es là ! »
Ce qui revient toujours dans son parcours ? L’humain. C’est autour de ça que Yaya a l’air de s’être construit, grâce à ça qu’il a avancé et qu’il en est là aujourd’hui. C’est aussi en partie ça, sans doute, qui l’a mené à revenir à son premier amour : la peinture.
« Tu as des rêves, quand tu es petit. Tu t’adaptes un peu à notre monde, et puis il y a un moment où tu te dis ‘merde, mais je fais quoi de ma vie ?’ Maintenant, j’ai envie de vivre, pas de survivre. Quand je ne fais pas métro-boulot-dodo, je me sens libre. Et c’est ce qui me permet de faire des trucs authentiques. »
« Il y a de l’égo, parce que tu es artiste et que tu fais ton truc. Mais il ne faut pas qu’il prenne plus de place que 3 lettres. »
L’un des thèmes qui revient souvent dans ses toiles, c’est la mort. Et la vie. C’est ce qui lui a permis d’avoir le déclic : « La mort, c’est notre lot commun. Ça va tous nous arriver. La naissance, la mort et la vie, c’est trois trucs qu’on a tous en commun. Est-ce que j’ai envie d’arriver à la fin et d’avoir des regrets ? »
Évidemment, non. Alors depuis deux ans, Yaya a décidé de se consacrer à 100 % à l’art pour arriver à l’indépendance et à la liberté. Parce que quand tu passes 10h à tout donner au taf, et que tu peins 2h le soir avec le cerveau en vrac, ça ne suffit pas !
Après son passage dans le graff, loin du politiquement correct, avec des revendications fortes et des heures passées sur les toits, il est revenu à la peinture sur textiles ou sur toiles. « Toutes ces cultures, qui viennent du même endroit, de la rue, j’essaie d’en faire un mélange lisible visuellement. »
Inspiré par la calligraphie Chicano, des artistes comme Mike Giant, Jim Philips ou Erick Griffin, ou encore l’estampe japonaise, il mélange les genres et les expériences pour parvenir à des résultats colorés et riches en détails. Il peut utiliser la bombe, le pinceau, le couteau, l’acrylique, le posca… Peu importe : il s’amuse. Sans oublier de faire passer ses messages !
Comme sur cette œuvre avec un gros Q : « What are you looking at ? C’est pour ça qu’il est censuré. Et c’est pour ça que non, c’est non ! »
Pour autant, il ne veut pas forcément que tout se voit au premier coup d’œil. Il aime la subtilité, cacher les choses, jouer sur les détails et ajouter des touches personnelles.
« C’est un peu égoïste. C’est pour me vider d’un truc. D’une joie, d’une peine… Donc c’est un peu pour moi que je le fais. Mais si je fais kiffer les autres, je suis refait. C’est comme disperser des émotions autour de toi ! »
Souvent, les idées viennent au feeling, justement. Avec les émotions. C’est aussi ce qui lui permet de rester lui-même et de faire des œuvres qui sortent du cœur. « Je ne veux pas forcer les choses. Si elles sont forcées, elles ne sont pas authentiques ! […] Je ne veux pas rentrer dans la surcharge, je ne veux pas que ton œil soit agressé. J’ai envie que ça reste un minimum fluide. »
Partager son art au monde qui l’entoure 🌍
« Quand je parle d’égoïsme, je ne parle pas de narcissisme. Je fais des trucs, mais je n’ai pas envie de te les imposer. Viens on parle, viens on regarde, viens on écoute. On écoute, pas on entend. Et si moi, je peux t’apporter un truc, c’est magnifique. Et si toi tu peux m’apporter un truc, c’est encore plus beau ! On est tous ensemble, sur ce même caillou qui flotte dans l’espace. Donc autant faire en sorte de vivre ensemble, de partager, si l’autre veut bien. »
Il y a peut-être de l’égo, mais il n’y a pas de narcissisme. Pas de talent non plus. Juste du taf. Et pas mal de sensibilité : « La première chose, c’est d’être sensible au monde qui t’entoure. Avoir de la sensibilité, et la vivre, vraiment. Donner ce que tu as, mais sincèrement. Avec du taf, bien sûr, et de la persévérance. Après, tu peux soit explorer en surface, soit creuser. »
Et Yaya semble bien parti pour creuser : continuer à travailler, à explorer, et à créer. Son défaut ? Être facilement absorbé par ses toiles, y passer des heures et laisser le reste de côté. Mais petit à petit, l’humain comme son art gagnent en maturité.
Toujours au feeling, il peut peindre une toile en une journée, en plusieurs mois ou des années. Peu importe : il se laisse guider par son inspiration, par ses envies, par ses actualités, par ses émotions du moment. C’est aussi ça, être indépendant. Dans tous les cas, il travaille les couleurs et les détails avec attention, sublime ses émotions et transforme des sujets durs en toiles légères.
« Certains thèmes sont tellement hard, que j’avais besoin de traiter avec de la couleur, vraiment. C’est un peu mon délire de clown triste : le clown maquillé, tout pimpé, mais au fond il chiale. »
Après une première expo avec Festigone, Yaya compte bien en faire d’autres. À la recherche de retours de professionnels et de critiques constructives pour l’aider à progresser, il sait que c’est loin d’être terminé.
L’objectif pour la suite ? Progresser et se développer, pour payer son matériel et vivre de sa passion. « Croquer plein de billets, on s’en fout ! Le but, c’est que ma daronne et mon père partent en paix de ce monde. » Ah, et trouver un peu de stabilité pour laisser de côté l’anxiété. Mais surtout, ne pas avoir peur de kiffer. Créer un maximum, et diffuser son art pour pouvoir en vivre. D’ailleurs, il paraît qu’une BD en collab’ arrive… 🤫
« Je pars du principe qu’il ne faut avoir peur de rien. Peur de moi, ouais. La personne qui m’a mis le plus mal dans ma vie, c’est moi-même. Sinon, le reste, il n’y a pas de raison d’avoir peur ! Il faut juste y aller. »
Si tu avais un message à faire passer aux gens, ce serait quoi ?
« Aimez-vous, bordel ! Regardez-vous, aimez-vous, écoutez-vous. Arrêtez de vous entendre et écoutez-vous. Écoutons-nous, surtout quand on parle avec le cœur ! »
Il y a de quoi être fasciné par les étoiles et leur influence sur notre planète. Il y a matière, aussi, à vouloir peindre la liberté, les femmes et la nature pour transmettre des trouvailles et des émotions. C’est ce que fait Florina Aledo Perez, artiste peintre et fresquiste. Il y a quelques semaines, elle clôturait sa dernière expo en date : Cosmochromie. Une nouvelle création thématique, avec des couleurs uniques, basée sur des recherches passionnées. Et une nouvelle occasion de sublimer les femmes autant que les fleurs…
Il y en a qui tombent dans la marmite… d’autres dans la peinture 🎨
Si Florina se présente comme artiste peintre et fresquiste depuis 2018, c’est bien plus tôt qu’elle est tombée dans le pot de peinture. À 16 ans, elle organisait déjà ses premières expos, avant de laisser ça de côté pour les études… et finalement, de revenir quelques années plus tard à ses premiers amours.
Quand on lui demande quel a été le déclic, s’il y en a eu un, elle répond en souriant par une question : « tu veux que je te parle duquel, du premier ou du deuxième ? » Le premier, ça a été le stage de 3e, dans une boutique de matériel artistique. Ce fameux stage de quelques jours, qui lui aura suffit à participer à un stage de dessin. D’abord en tant qu’observatrice, jusqu’à ce qu’on ne l’invite à prendre le pinceau. « Tout de suite, je me suis dit… mais c’est génial ! J’ai testé l’aquarelle, l’acrylique, le dessin… Et c’est là que je me suis lancé dans des études d’illustration. »
Quelques années plus tard, la peinture était tombée à l’eau et restait un hobby accompagnant son travail dans la comm’. Jusqu’au deuxième déclic : un vernissage proposé à une amie pour faire connaître sa société de formation. Un événement qui a si bien marché qu’il n’était plus question pour elle de laisser la peinture de côté : « Je me suis éclatée de A à Z ! Il fallait que je me lance. »
L’occasion de renouer avec la peinture, mais aussi de trouver sa ligne directrice. Une ligne riche de sens qui sublime les femmes – c’est le moins que l’on puisse dire ! Pour son premier vernissage, Florina avait décidé de dessiner Frida Kahlo, pour montrer toute la force et la puissance de la femme en quelques traits.
« C’est un symbole fort, qui m’aide à exprimer la diversité des femmes, leur force et leur faiblesse. Si elles sont souvent brunes, c’est simplement graphique, pour avoir un contraste avec le fond. Si les visages sont neutres, c’est aussi pour éviter toute différenciation. »
Depuis, les portraits de femmes, tous plus beaux les uns que les autres, se sont multipliés. Si Frida n’est plus vraiment là, les femmes et les fleurs sont restées. Et autant de force, de faiblesse, de tristesse, de joie… En bref ? Des émotions, transmises par des traits fins et soignés, qui invitent à se questionner.
Au fil des années, Florina a continué à explorer. C’est son truc. Pour chacun de ses travaux, elle trouve une thématique, mène une enquête et réunit des informations qu’elle vient partager par le biais de son art. Sa passion l’a menée à l’exposition Beyond the Cards – dans laquelle elle revisitait les cartes de tarot en mettant en valeur le potentiel des femmes –, aux Nymphes oubliées – dans laquelle elle mettait en lumière l’influence de la mythologie sur notre culture –, à Diaspora – dans laquelle elle explorait les vêtements culturels… et j’en passe.
Sa dernière exposition en date, qui s’est tenue chez Pause Création en novembre 2024, c’est Cosmochromie. Sa fascination pour les étoiles et leur influence sur la planète l’a fait s’intéresser aux signes du zodiaque et à leurs significations respectives. Des signes qu’elle a une nouvelle fois représentés avec brio, certes, mais aussi avec des femmes belles et fortes.
« J’aime bien travailler sur des thématiques pour faire réfléchir sur soi-même, se connaître mieux. Soit faire découvrir une chose sur laquelle je suis tombée, soit faire un travail sur soi et découvrir un peu de sa personnalité. Et les signes du zodiaque, pour moi, c’est ça. C’est philosophique, pas ésotérique. […] Humblement, j’ai fait des recherches, et je les partage. L’idée, c’est que tu te poses des questions que tu ne te serais pas forcément posées. Est-ce que ça te fait écho, ou pas? Dans tous les cas, c’est intéressant. »
12 signes, 12 tableaux, 12 femmes mais aussi 12 fleurs. Des fleurs qui ne sont pas forcément choisies pour leur symbolisme, mais plutôt pour leur forme, leur culture, leur environnement… Au-delà des toiles exposées, son travail se trouve aussi réuni dans un livre, comme à son habitude, qui détaille les traits de caractères associés à chaque signe. Sans oublier un calendrier unique, avec autant de prints que de signes !
Ce qui a changé, avec cette nouvelle exposition ? Le thème, vous l’aurez compris. Mais aussi l’apparition de couleurs de peau et d’ombres, qui viennent donner encore plus de profondeur aux portraits, qui ont plus d’une chose à raconter.
Restent aussi les fleurs, et le travail perfectionniste des couleurs, subtiles, qui n’existent nulle part ailleurs. « Je n’utilise quasiment jamais la couleur qui sort du pot. Il faut toujours que je fasse des mélanges. Et c’est même souvent des mélanges de mélanges, parce que je les garde tous. »
Une vie d’artiste fresque linéaire 🖌
Après plusieurs années à explorer, réaliser des tableaux et des fresques, Florina semble avoir trouvé un équilibre. Mais cet équilibre, c’est avant tout beaucoup de souplesse. Alors que les toiles étaient son premier terrain de jeu, sa résidence à Superposition a changé la donne. Les projets de fresques se sont multipliés (pour la Communauté professionnelle territoriale de santé (CPTS), le projet Vénus à Vénissieux pour Spacejunk, la Maison de la parentalité…), tant et si bien qu’elle ne se concentre “plus que” sur une exposition par an.
Les fresques participatives, de plus en plus demandées, lui ont aussi permis de découvrir de nouveaux horizons. « J’ai dû avoir 700 enfants sous ma coupe, en tout, de la maternelle au lycée ! » Parmi eux, des ateliers avec les chantiers VVV (dispositif permettant à des jeunes d’être rémunérés pour donner un coup de main à la ville), particulièrement intéressants.
« Ils se transforment vraiment en apprentis. C’est vachement chouette, ils ne sont pas nombreux, et on voit leur évolution chaque jour. C’est des moments géniaux. […] Les gens sont à chaque fois différents. Tu dois les découvrir, comprendre un peu comment ils fonctionnent, lesquels sont plus à l’aise avec ci ou ça, lesquels vont mettre trop de peinture, pas assez, qui s’en fout, qui adore… »
Elle qui n’a jamais aimé imposer son travail aux autres s’est aussi essayée aux collages, à la sortie du confinement : « Je me suis dit « si les gens ne viennent pas à moi, je vais aller à eux”. Mais il y a toujours cette crainte et cette peur d’embêter les gens. Pour moi, ça reste contre nature. Mais j’ai été agréablement surprise ! »
Florina a aussi pu faire ses premières conférences… et s’est même transformée en présidente d’association, quand le Fort Saint-Laurent a fermé, pour que les artistes puissent trouver un nouvel espace. « Non seulement on avait rien d’autre, mais on voulait continuer à être ensemble. C’est là que Les Convives ont été créés, dans le but de mutualiser l’espace, le matériel, les expériences, les états d’âme… » Jusqu’à laisser ça de côté pour se concentrer sur son travail. Aujourd’hui, elle travaille avec Thibault (ex-Blast), entourée de Toki Art et de Bounka, dans de superbes locaux qu’on ne soupçonnerait pas une seule seconde, au cœur du 9e arrondissement de Lyon.
Vous l’aurez compris : elle a beaucoup testé, expérimenté, avancé. Elle n’hésite pas à essayer et à trouver des solutions pour continuer à vivre de son art. Car oui, les années de créativité et de création n’empêchent pas les remises en question !
« Les remises en question, ça arrive tout le temps. Mais je suis habituée. Quand tu n’as aucun projet, c’est une horreur. Mais ça arrive à n’importe quel entrepreneur ! Et à chaque fois, je finis toujours par me dire ‘non, je n’abandonnerai jamais’. Il faut toujours se dire ça. Je suis à ma place, j’aime toujours ce que je fais. Et tant que tu aimes ce que tu fais, et que tu continues, tu y arriveras. Il faut avoir du courage et de la persévérance. Il n’y a que comme ça que les artistes et les entrepreneurs peuvent marcher. »
Alors malgré les hauts et les bas, Florina n’est pas prête de lâcher les pinceaux et les pots de peinture. C’est ce qu’elle aime, et ce qui lui permet d’avoir la liberté qu’elle chérit tant. Elle continuera de tester, de dessiner, de “fresquer”. Et nul doute qu’elle trouvera bientôt un nouveau sujet sur lequel se concentrer pour fouiller et créer de nouvelles œuvres à partager. Des œuvres avec des femmes et des fleurs, et encore et toujours de nouvelles couleurs… qui feront votre bonheur.
Yandy Graffer – L’art qu’on respire n’a pas de frontières
Pour certains, l’art est une option. Pour d’autres, c’est une nécessité, une raison de vivre, un moyen de se questionner, de trouver des réponses et de transmettre des émotions. Abrahan Portocarrero, aka Yandy Graffer, est artiste contemporain. Après avoir commencé par le graff, il explore l’univers des arts visuels et de la métaphysique sans se fixer de limites. Son monde ? Un mélange d’identités et de cultures, de fresques et de tableaux, de personnages et de couleurs… Ce n’est pas de l’air, mais de l’art qu’il respire !
Début du voyage : le graff et les beaux-arts au Pérou 🎨
Ses premiers pas dans l’art, Abrahan les a faits avec le graffiti, à Lima, au Pérou, où il a grandi. Tout jeune, vers 12 ou 13 ans, ses yeux étaient attirés par les œuvres fascinantes qui ornaient les murs : « Tu te disais mais comment ils ont fait ? Est-ce que c’est une personne humaine, un extraterrestre ? Tu montes dans le bus, dans le métro, tu te balades en ville et tu vois des grands formats, des couleurs hors du commun… C’est là que j’ai connecté avec le graffiti. »
Le graffiti faisait partie de la réalité de la ville, et du quartier où il a grandi, avec un mélange de graffs plutôt “bandits”, vandales, et d’autres aux influences américaines. Petit à petit, il se met à s’intéresser à la culture hip-hop, au rap, à l’art de manière générale. Il fait des rencontres et commence, lui aussi, à donner vie aux murs.
À la fin du collège, quand il doit choisir son orientation, l’art a déjà pris une place énorme dans sa vie. « Je ne voyais pas autre chose que l’art, la création. Dans toutes les autres matières, j’étais zéro. Ma sortie, c’était l’art. Tout ce que je faisais, c’était réfléchir à l’art. »
Alors il choisit la voie du graphisme, et commence à se former à des logiciels, élargit ses techniques… tout en gardant un objectif précis en tête : « Mon rêve, c’était d’entrer à l’école des beaux-arts. Le graffiti m’a mené au graphisme, le graphisme m’a emmené à l’école des beaux arts. Et c’est là que le voyage et les aventures ont commencé. »
Pas évident d’y rentrer, mais Yandy finit par y arriver. Là-bas, il apprend énormément. Sur la culture de l’art, sur les techniques… Il profite de l’expérience des professeurs, apprend la gravure et rencontre de nouveaux univers.
« Je venais de la rue. Ma tête pensait graffiti, graffiti, graffiti. Mais il y avait des gens qui étaient en train de penser à Léonard de Vinci, Picasso… Moi, je n’avais pas ça ! Il y avait plusieurs façons de réfléchir l’art. Ça t’enrichit beaucoup, de grandir avec des gens qui sont en train de se chercher eux-mêmes. »
Quand il n’est pas à l’école, Yandy continue d’avancer, de graffer et de peindre dès que possible. Quitte à demander à l’école de le libérer pour qu’il puisse faire des festivals. Il apprend autant aux beaux-arts que dehors, sur le terrain.
« J’étais en train de commencer ma carrière, déjà, avec le muralisme. C’était l’école des beaux-arts, c’était la rue. Les festivals dehors, l’école, les festivals, l’école. C’était génial. Je pense qu’il ne faut pas attendre de finir l’école pour commencer ta carrière en tant qu’artiste. […] Tu es jeune, tu as la force d’aller chercher des projets à gauche à droite… »
Assez naturellement, Yandy joue sur les deux tableaux. Il fait des rencontres et multiplie les projets : des fresques, des tableaux, des expositions collectives… la chaîne est lancée. C’est sa rencontre avec la mère de sa fille, Luz, qui le fera quitter Lima pour venir s’installer en France, à Lyon.
La création est infinie, et tout est bon apprendre 🖼
Ici, il découvre une autre réalité. À Lima, son truc, c’était les fresques : des grands formats avec des perches, des rouleaux, des pinceaux ou des sprays basiques. Il rencontre alors un autre matériel, de nouvelles méthodes. « J’ai grandi dans une réalité hyper contrastée de celle d’ici en France. Je trouve un peu plus de paix. J’ai commencé à peindre des tableaux. C’est un autre univers. C’est deux univers différents, mais deux univers à tester et dans lesquels chercher. Il y a plein de choses à apprendre. »
Aujourd’hui installé à la Cité des halles, Yandy continue ses recherches, entre les créations et les fresques. Son art est un mélange de toutes les étapes qu’il a pu traverser dans la vie, y compris des dessins animés qu’il regardait petit. On y trouve des personnages en train de sauter, courir, voler, virevolter… plein d’émotions et de couleurs fortes. Il puise beaucoup dans la réalité qui l’entoure, mais aussi dans ses souvenirs.
« C’est ça, mon processus créatif : nourrir ma mémoire. Je faisais quoi, avant ? Pourquoi ne pas donner de la valeur à ça aussi ? Et dans ce dessin animé, pourquoi cette couleur, pourquoi ces symboles ? C’est une chaîne de questions et de réponses. Ce n’est jamais fini ! Et quand je suis devant une toile blanche, je sors toutes les petites choses qu’il y a dans mes souvenirs. Ça nourrit mes créations. »
Sa curiosité le pousse à s’intéresser à de nombreuses cultures, à expérimenter différentes techniques. Quitte à découper du bois, à jouer sur les reliefs… Et tout ça rend son travail hyper riche. Résultat : un vrai mélange culturel, des questions spirituelles… et des tas d’histoires à raconter.
« Je me laisse la liberté d’apprendre. C’est important de rester en apprentissage. Si tu te dis j’ai fini, j’ai ma technique, tu n’apprends plus et tu te fermes ! Dans le monde entier, combien il y a de techniques à apprendre ? C’est incroyable. J’aime bien faire des mélanges culturels. C’est une richesse aussi. Et c’est important pour montrer qu’il y a d’autres possibilités. »
👉 Son premier personnage représentait son alter ego : un pêcheur artisanal, inspiré de son enfance avec son grand-père pêcheur.
👉 En se questionnant sur la genèse et la création de la matière, il crée un univers : des nuages un peu cartoon, des smileys… qui donnent vie à des embryons qui prennent la forme de fruits, puis de poissons dotés de nageoires en forme de feuilles.
👉 L’être humain intègre son univers : il arrive dans une pomme, qu’il éclate, avec d’autres personnages en train de voler.
👉 Petit à petit, il donne naissance à des personnages qui mêlent l’identité japonaise, du manga, Doreamon…
👉 Tout ça l’amène à la pop culture, à laisser de côté la ligne pour tester de nouvelles choses. Plus de peinture, plus de couleurs, plus de volume, plus de petits personnages…
« La vie, c’est pas rose hein. Mais je n’arrête pas ma création. Parce que c’est ma vie, tu vois. Tu ne peux pas m’arracher la vie comme ça. Je ne peux pas arrêter de faire mes peintures, des graffitis. »
L’art de nourrir l’esprit et de toucher le ressenti 🪄
Le travail de Yandy est imprégné de son histoire personnelle, de son identité latino-américaine et de la pop culture. En mélangeant tout ça, il se pose un tas de questions.
« Comment on peut représenter des choses qu’on ne peut pas arriver à voir ? Avec la métaphysique. C’était ça, ma question. Et je suis en train de le travailler. Investigations, recherches… il faut peindre pour répondre. Des choses m’amènent à une autre culture, et c’est toujours nourrissant. Ce n’est jamais fini. »
Avec son art, il tâche de partager ses réflexions à sa façon, avec son langage : des personnages de dessins animés japonais, intégrés à son univers. Il fouille, revient sur ses pas pour se souvenir de ses racines, et continuer à évoluer, pour se nourrir et nourrir les autres.
« Je ne vois pas l’art comme un travail qui va me nourrir à 100 %. Mais qui va me nourrir spirituellement, émotionnellement, qui va me donner une raison pour vivre, et c’est déjà important. […] Aujourd’hui, les gens ne pensent qu’à des numéros. La vie, ce n’est pas que des numéros ! C’est des vibrations émotionnelles, aussi. On a le corps matériel à nourrir, mais aussi l’autre côté, qu’on ne voit pas. Le ressenti. Et ça, il faut l’alimenter aussi ! »
Et on est beaucoup à avoir besoin de ça. De l’art pour sortir de la réalité, la voir autrement, se procurer des émotions, s’ouvrir à d’autres cultures, apprendre de nouvelles choses… Alors Yandy continue à créer, sans oublier de s’amuser avant tout.
« Il ne faut pas se prendre la tête avec l’art. Je pense que c’est plutôt commencer quelque chose, t’amuser avec ça, te faire du bien. Spirituellement, surtout. Et après le temps te le dira. Les gens aussi. C’est les gens qui te donnent la force. L’idée n’est pas de chercher des numéros, de chercher à gagner ta vie avec ça. Non, je ne vis pas de l’art. C’est moi qui fait vivre l’art. Parce que s’il n’y a pas d’artiste, il n’y a pas d’art ! »
Alors Yandy continue à faire vivre l’art. Du matin au soir jusque dans ses rêves, l’art est toujours dans un coin de sa tête. Il trouve de nouvelles idées et de nouvelles histoires à raconter pour transmettre des émotions. L’histoire qu’il est en train d’écrire verra le jour en 2025. Son nom ? « The Life of The Future. » Une lumière riche et colorée pour venir éclairer nos réalités… que Yandy n’a pas fini d’enjoliver !
Pas toujours facile de rentrer dans les normes, de se sentir à l’aise et compris(e) dans la société et son cadre – même quand on fait des toiles… Armée de sa bombe, Floé dessine des femmes, les tord, les colore et s’exprime à sa manière. Street artiste et illustratrice à plein temps depuis 2019, elle revient tout juste de dix années passées sur l’île de la Réunion, avec sa chienne et mascotte Pointoss’. Et on peut dire qu’elles ont toutes les deux une vraie patte !
Une artiste insulaire et solaire… qui a pris son dessin en main 🏝
Floé a toujours dessiné. Depuis marmaille, comme elle dit. À l’école, elle avait toujours le crayon dans la main et passait son temps à griffonner ses cahiers. Ça ne l’a jamais lâché. Sa passion pour le dessin l’a emmenée jusqu’au métier de graphiste, aussi bien en freelance qu’en salariée, à Paris puis à la Réunion, où elle a été embauchée en agence.
Là-bas, elle travaille pour des clients tout en faisant du graff en parallèle. Jusqu’à ce que le besoin de créativité prenne le dessus : « J’ai fait de nombreuses rencontres, et en voyant que des gens vivaient de leur art, j’ai eu envie d’avancer aussi là-dedans. […] C’était usant de faire les deux. J’avais l’impression de ne pas avancer, de faire les choses à moitié… »
Un jour, à la suite d’une longue session pour réaliser une fresque, son corps lui dit stop. Elle décide alors de s’écouter pour se consacrer à 100 % à ce qui la fait vibrer vraiment : le street art.
De retour à Lyon, elle poursuit sa vie d’artiste. Ses 12 ans de vie sur l’île ne l’ont pas laissée de marbre : habituée à la nature, à un rythme plus sain, elle vit entre la ville et la campagne pour éviter d’étouffer dans le béton et le stress. Elle vit de ses fresques, travaille avec la ville et des écoles, et en profite pour s’exprimer… et surtout, être heureuse !
Ses œuvres sont comme l’île de la Réunion, qui porte bien son nom : elle réunissent des tas d’ethnies, de cultures, de communautés qui se côtoient. Avec des différences qui sont avant tout une richesse, favorisent l’ouverture et la tolérance. Peu importe ce que dit la norme.
« Ce qui est intéressant aussi dans le street art, c’est de pouvoir t’exprimer librement, sur la place publique, et d’être visible ! Et le fait de pouvoir faire des fresques, c’est aussi un moyen de se révolter. Je vais avoir 50 ans, je fais des fresques, et je vous emmerde en fait ! Et j’en vis, et je suis très heureuse. »
Des femmes olympiques 🔥
Son truc, ce sont les femmes et les couleurs. Exposer la diversité et bousculer les normes. Dessiner des femmes fines, grosses, noires, blanches, qui se contorsionnent pour rentrer dans un cadre et se faire une place. Des femmes avec tout ce que la société considérerait comme des défauts, et qui sont pourtant autant de qualités.
Si elle aime tant travailler sur les corps, c’est en partie parce qu’elle a elle-même eu des troubles alimentaires étant plus jeune, et parce que le monde de la publicité l’a confrontée à un tas d’images bien trop normées. Alors qu’à La Réunion, tout le monde se promène en maillot de bain à longueur de journée !
« La plupart des jeunes filles veulent ressembler à des femmes de magazines. J’avais envie, dans mon art, de montrer d’autres corps. Des corps plus réalistes. De montrer des femmes avec des corps hors normes, différents… Des corps réels, en fait ! Avec des vergetures, avec de la cellulite, des formes différentes, maigres, minces, grosses, moyennes… C’est super riche de voir des corps différents. »
Cette démarche l’a aidée à s’accepter comme elle est, à se décomplexer en tant que femme, et c’est aussi ça qu’elle veut partager : « En parler dans mon art, ça peut aider les autres à se dire : “Ce que la société nous dit moche, en fait, c’est beau !” On est tous différents, et c’est ce qui fait la richesse de l’humain. On est tous beaux, quoi qu’il arrive ! »
Au-delà des femmes, c’est toutes les différences qui inspirent Floé. Tout ce qui sort un peu du cadre. Les handicaps, physiques ou psychologiques, sont aussi précieux. Toutes ces personnes qui sont mises de côté, d’une manière ou d’une autre, pour une raison ou une autre, sous prétexte qu’elles ne sont pas en accord avec la norme.
« J’ai besoin, dans mon art, de parler de choses qui ne sont pas considérées comme normales. Parce que je ne me sens pas à ma place dans cette société, qui ne me ressemble pas. Et je pense qu’elle ne ressemble à personne. C’est pour ça qu’il y a tant de révolte ! »
De la même manière, l’âge est souvent source de questionnements, de stress, de remises en question. On doit se comporter d’une telle manière à tel âge, d’une autre manière à tel âge. Alors quand Floé voit des femmes se révolter, elle ne peut qu’acquiescer.
« On en a marre du jeunisme. On vieillit tous, et c’est génial de vieillir ! Et quand tu te dis que vieillir c’est génial, tu vis les choses différemment […]. On te dit qu’à partir de 40 ans, de 50 ans tu ne peux plus faire ça. Et ben en fait, si ! Je suis comme je suis et que je sois jeune, vieille ou mince, on s’en fout ! Il faut vivre. On a qu’une vie, putain ! »
Au fond, Floé rêve d’une société qui permet à chacun d’être comme il le souhaite, d’avoir le choix, et de respecter le choix des uns et des autres. D’être vrai et de s’écouter. Rien d’évident, dans un monde où des tonnes de règles se sont installées, générant du stress et des maux en pagaille. Si elle a voulu être indépendante, c’est aussi pour sortir de ce cadre, pouvoir vivre à son rythme et s’écouter.
« Ce n’est pas évident. On est dans une société où on te demande d’être à telle heure, à tel endroit. On te demande de respecter des horaires. Rien que ça, c’est compliqué. C’est pour ça que j’ai voulu arrêter de bosser pour une structure qui a des horaires. C’est l’enfer ! Je trouve que c’est vraiment le premier truc qui te donne du stress. »
En plus de ses fresques que vous pouvez croiser en urbex ou en ville, Floé intervient régulièrement dans des écoles, qui la contactent pour travailler sur des thématiques qui lui tiennent à cœur : les femmes, l’obésité, l’égalité, les violences faites aux femmes… Elle collabore avec les enfants pour réaliser des fresques.
L’occasion de les faire réfléchir sur des sujets de société, de créer de beaux échanges, mais aussi de leur montrer que vivre de son art, c’est possible ! Au passage, c’est une nouvelle occasion de se confronter à des marmots encore “hors normes”…
« Côtoyer des enfants, ça te permet aussi de te remettre à leur niveau. Parce que tu vois que eux n’ont pas encore trop cette influence de la société qui va leur imposer plein de choses. Ça fait du bien. Ils ont cette espèce de liberté que nous, on a perdu, et que je veux trop retrouver. Retrouver cette insouciance, cette liberté qu’on nous a enlevés. »
Des sujets qu’elle questionne au quotidien, et qui l’animent dans son art. En plus de ses fresques, réalisées avec la ville ou des associations, Floé s’invite régulièrement dans nos rues de manière spontanée, en transformant des encombrants en terrain de jeu. Elle redonne vie à des meubles, des bouts de carton ou de bois en faisant des heureux…
Vous pourrez peut-être croiser son personnage, son logo, qui aime lui aussi jouer avec les mots. Voire vous laisser envoûter par ses formes hors normes dans une expo, une galerie, si ce n’est une gigantesque fresque. Autant d’occasion de sortir du cadre, de sortir des normes… et de sortir de chez vous ?
Omarker – De l’art abstrait pour déchiffrer des lettres
Pour créer, il faut parfois savoir laisser place à l’instinct et à l’accident. Même si ça peut aussi passer par une approche mécanique, presque mathématique, qui permet de se libérer et de donner vie à l’imprévu. Julien, aka Omarker, est artiste, peintre et tatoueur. Passionné de typographie, il travaille les lettres et le bois (entre autres !) en associant savamment des lignes calculées et des formes accidentelles. Résultat : de l’abstraction dans l’art, et des œuvres aussi “street” que design qui ont de quoi retenir le regard !
Du lettrage au tatouage pour vivre l’instinct présent 🎨
Bercé par la culture hip-hop, c’est vers ses 15 ans que Julien a commencé à graffer. C’est là qu’il apprend à manier la bombe et, surtout, qu’il devient accro aux lettres. Ses week-ends, il les passe avec son crew à décorer les murs, jusqu’à ce qu’il se mette à faire des affiches et à travailler des typos pour des assos. Une passion qui le mène vers des études de design graphique et le lancement d’un studio.
Sauf qu’assez vite, sa créativité et son besoin de liberté le rattrapent. Ce qu’il veut, c’est développer sa patte, imaginer des trucs et trouver son identité, plutôt que de répondre à des commandes clients. Alors il continue à créer des polices de caractères et poursuit ses recherches typographiques, en se servant de ses deux backgrounds : celui de graffeur et celui de designer graphique.
« La lettre, c’est une image en tant que telle. […] Dans mon travail, il y a beaucoup de lettrage à la base. Je travaille à partir d’une grille très stricte, et je viens jouer avec, en créant du mouvement, des espaces, en jouant avec le visible, le non visible. Je viens fragmenter la composition. Et ce sont des choses que j’ai apprises en design graphique. Et après il y a l’utilisation de la spray, de ramener des vapeurs, qui viennent plutôt du graffiti. Naturellement, j’en suis venu à ça. »
Omarker trouve petit à petit son identité. Il se lance en free et ça porte ses fruits : aujourd’hui, il travaille sur des projets qui lui correspondent, avec différentes structures, des galeries et des assos comme Atelier Anamorphose, qui accompagne des jeunes en situation de handicap.
Il partage son temps entre la peinture et le tatouage, en tant que résident à la Cité des halles et dans un shop. De quoi varier les plaisirs et s’adonner à ses deux passions, en se laissant guider par ses intuitions.
« C’est un peu la continuité d’un parcours. La découverte du graffiti m’a menée au design graphique, qui m’a mené à mélanger les deux, puis à aller au tattoo. Je peins sur le bois, des murs, la peau, et plein de supports différents. Et ça, ça m’intéresse aussi. Comment véhiculer l’art, ton univers, à travers différents supports. »
Sa seule ambition ? Continuer à kiffer et à créer des œuvres parlantes. « Si tu arrives à créer une émotion, à transporter les gens dans ton univers, c’est déjà gagné. Il n’y a pas de limites, il faut casser un peu les frontières, et ne pas rester dans son coin ! »
L’art de construire pour déconstruire 🧩
La patte de Omarker est à la fois mathématique… et à la fois très organique. Son truc, c’est de construire pour mieux déconstruire. Il continue à s’appuyer sur les lettres, à poser une grille et des éléments rigoureux avant de les fragmenter et de s’exprimer pleinement.
« J’ai établi un processus où une fois que j’ai fait ma grille et que j’ai posé les éléments qui m’intéressent, qui sont très strictes, très mécaniques, je peux venir m’amuser avec ce qui est beaucoup plus organique, des effets etc., qui vont venir contrebalancer. […] Je viens construire au départ, pour déconstruire ensuite. »
C’est cette méthode qui lui permet de créer librement, de tester et de parvenir au résultat escompté : des œuvres faites de lignes, de lettres, et de formes abstraites. Un savant mélange qui vient en partie de la liberté qu’il se donne. Car s’il le peut, il évite de se brider : les maquettes, c’est seulement si nécessaire !
« J’aime bien arriver de la page blanche. Mais c’est aussi le vice, parce qu’il faut savoir s’arrêter. Parfois, tu vas trop loin. Mais l’échec fait partie du truc aussi. Et au pire, c’est pas grave. Et ce n’est jamais un échec, parce que ça sert toujours à quelque chose. Mais oui, il y a beaucoup d’instinct ! […] Tu découvres tout au long. Même aujourd’hui, y’a rien d’acquis. T’apprends tous les jours. »
C’est aussi pour faire parler cette liberté qu’il a laissé de côté la toile. Le bois lui permet de jouer avec son support, de varier les formats, et d’aller plus loin dans la création. Une fois la grille posée, tout peut arriver !
« Tu peux faire le format que tu veux. Tu prends juste ton matériel et tu découpes. La toile, c’est ultra souple. Avec le bois, je peux mettre des coups de cutter, découper des éléments… C’est plus simple pour moi à travailler, de par mes techniques. C’est une question de format, et une question de technique. […] Je travaille beaucoup au scotch. Je viens mettre des morceaux dessus, redessiner, découper des éléments au cutter… »
Même délire avec les couleurs. On reconnaît ses bleus verts, ses verts qui tirent vers le bleu, qui contrastent avec le orange et le pêche. Des couleurs avec lesquelles il aime jouer, qui lui permettent encore une fois d’avoir une base solide pour développer sa liberté de composition.
Continuer à expérimenter pour récolter les fruits de sa passion 🖼
Entre les lettres, les coups de sprays et de cutter, sa patte est reconnaissable. C’est le fruit d’années à suivre son instinct, mais aussi de beaucoup de travail. Julien continue à se challenger, toujours aussi passionné, en trouvant du sens dans tout ce qu’il fait. « C’est une passion, c’est très instinctif. […] Pour moi, c’est pas vraiment taffer non plus. Si j’ai envie de dessiner, je dessine. Ou je peins. Du coup, pour moi ce n’est pas vraiment du travail. »
Petit à petit, il lie son art de la peinture à celui du tatouage, qu’il a appris en autodidacte et grâce à des potes. Là encore, il joue avec le mécanique et l’organique, notamment autour des fleurs : « Dans le tattoo, je travaille pas mal sur le floral abstrait. L’aspect floral me ramène le truc très organique, le mouvement. Et je remplace par exemple les fleurs par un fragment de ma composition. Je peux jouer avec ça. »
À côté de ça, il se laisse guider par sa curiosité et n’hésite pas à se lancer de nouveaux défis. L’un de ses kiffs, c’est de monter des gros projets de A à Z. Le “petit” dernier, Trajectoire Brute, en est un bel exemple ! Un projet d’expo-défilé mené avec Hongora, Styliste Modéliste, et la réalisation de pièces uniques en toile de coton brut. « C’était un travail de malade. Il n’y avait pas de week-end, pas de temps de pause, c’était 8h-2h du matin tous les jours. »
Un gros chantier, sachant que les pièces textiles ne sont qu’une partie immergée de l’iceberg. À côté de ça, il a fallu réunir du monde (modèles, photographes, vidéastes, DJ…), gérer la DA, les shootings, la communication… Le tout avec un timing très serré. L’occasion pour Omarker de sortir de sa zone de confort et de tester de nouvelles choses : « La spray, ce n’était pas possible pour cette collection. Donc je me suis mis à l’aéro, et ça m’a fait découvrir plein de choses ! »
Vous l’aurez compris : Omarker n’a pas fini de tester, de se découvrir et de créer. C’est d’ailleurs le conseil qu’il donnerait à quiconque voudrait se lancer et vivre de son art.
« De toute façon, il n’y a qu’en faisant qu’on arrive à trouver dans quelle direction on va, son identité artistique. Il faut aller rencontrer du monde, ne pas avoir peur d’écrire à des gens, de poser des questions, de faire, de pratiquer et d’y aller. De croire en soi. Je pense qu’on a tous une part artistique. Et au-delà de l’art, si t’as envie de faire un truc, fais-le. Personne ne va t’attendre. Personne ne va aller te chercher. Donc il faut se donner les moyens et beaucoup travailler. »
Après avoir pris du recul sur l’énorme projet d’expo-défilé, une nouvelle fresque en collab devrait voir le jour en septembre. En attendant, il continue de créer et de tatouer dès que l’occasion se présente. À l’heure qu’il est, il est sans doute en train de poser une grille, ou de travailler du bois pour une nouvelle œuvre. À moins qu’il ne soit en train d’aménager son van… Un truc est sûr : il n’a pas fini d’explorer, de faire parler ses bombes et de nous embarquer dans son univers !
Si tu avais une baguette magique, qu’est-ce que tu changerais dans le monde ? 🪄
Je changerais l’humain. Parce que tout part de là. Si les gens comprenaient qu’il faut arrêter l’individualisme, être lié, arrêter de se mettre des frontières et des barrières… en vrai, je ferai ça. C’est un peu bateau, mais pour moi c’est de là que tout part. Je changerais l’humain. Je rendrais l’humain humain.
Pierre-Jean (Fouapa) – Des objets à cœur ouvert
On dit que les murs ont des oreilles. Et si, finalement, tous les objets avaient des yeux, un cœur, des membres, des organes ? Ça fait deux ans que Pierre-Jean (aka Fouapa) a tout plaqué pour explorer son univers du pop macabre. Il donne vie (ou mort) à des objets du quotidien, prend le temps de les disséquer en associant l’imagerie du morbide et des couleurs pop. On est partis le rencontrer à la Cité des halles, où il est résident… histoire de faire le bilan.
Dessins liés ✍️
Après 13 ans à travailler dans la publicité, le conseil et la stratégie, à briefer des créatifs, Pierre-Jean a décidé de tout lâcher pour revenir à Lyon, où il a en partie grandi. L’idée : se consacrer pleinement à l’art. Artiste pluridisciplinaire, il travaille sur différents supports, des toiles mais aussi des objets récupérés, en associant le morbide et des couleurs tout droit venues des années 90.
Si sa reconversion est assez récente, c’est des années plus tôt que Fouapa a rencontré le dessin. À l’école, c’était déjà pour lui une manière de s’exprimer et de communiquer. Un outil précieux quand on n’a pas forcément l’aisance et que les mots peuvent manquer.
« J’étais un gamin assez solitaire. J’ai toujours eu un peu des difficultés à aller vers les autres, à avoir des relations avec les gens […] Même encore aujourd’hui, faire connaissance avec quelqu’un, c’est bizarre pour moi. Le dessin, quand j’étais petit, c’était une manière d’avoir un truc à moi qui me rassurait. Et puis, c’est une manière d’entrer en contact avec les autres […]. Le dessin a toujours fait partie de moi. »
Seulement, quand on a un job qui prend toute notre énergie et notre charge mentale, pas facile de prendre du temps pour créer, dessiner et avancer vraiment. Mais comme pour beaucoup, le confinement a été source de questions. Et de réponses. « Le confinement m’a aidé à me dire : reconnecte-toi avec ce que tu as vraiment envie de faire ! […]. Prendre un atelier, prendre des risques… alors que mon activité artistique était à l’époque anecdotique. […] J’ai l’impression que c’est une manière d’être honnête avec moi-même. » Aujourd’hui, aucun regret. Et plus de frustration.
« Il y a beaucoup de frustration qui s’envole, en fait, quand tu es honnête avec toi-même. »
Des objets étudiés à mort et des œuvres pleines de vie 🪓
Mais alors, pourquoi s’attaquer aux objets tout particulièrement ? Comment tout ça a commencé ? Fasciné depuis toujours par les dessins des anatomistes, les planches anatomiques, et par les travaux d’artistes comme Fortifem, Pierre-Jean a dû chercher dans ses souvenirs pour se remémorer sa première dissection, qui a été la première brique d’une longue série – de quoi faire de lui un serial killer ?
« Une pote d’agence de pub organisait un événement autour des sextoys, et m’avait demandé une toile. Je trouvais marrant d’ouvrir le sextoy et d’y mettre un cœur dedans, pour casser le côté juste sexuel, et pas être dans quelque chose de trop vulgaire. J’avais bien aimé cette idée. Déjà, visuellement, c’est intéressant de mettre des organes dans un objet inanimé. C’est dérangeant aussi, potentiellement. Et en même temps, en termes de sens, tu vois ce qui est à l’intérieur de l’objet, et ce qui est à l’intérieur de toi. Dans le cas du sextoy, il y a de l’amour, de l’amour pour toi-même, mais ce n’est pas juste du cul, juste du plastique. »
De fil en aiguille, Fouapa poursuit cette réflexion sur d’autres objets. À la fin du confinement, il sort dans la rue pour poser et proposer des collages. Ses œuvres plaisent et c’est, petit à petit, le décollage : les gens lui donnent de la force, l’encourageant à continuer sur ce chemin. Le sujet l’intéresse d’autant plus que la mort a tendance à être taboue dans nos sociétés occidentales, et qu’on préfère éviter de voir tout ce qui y touche.
« Globalement, ce que je cherche à faire dans ma démarche artistique, c’est obliger les gens à regarder la mort, mais d’une manière différente. Même d’une manière fun. […] Il y a beaucoup d’intérêt à y penser ! À quoi tu sers, qu’est-ce que tu fais dans ta vie, est-ce que ta manière de consommer est la bonne… »
Fouapa y remet de la fête avec des couleurs pop, qui claquent, qui rendent ses visuels aussi macabres que joyeux. Il faut dire qu’il est un peu nostalgique d’une certaine époque : « J’ai l’impression qu’on voit moins de couleurs criardes. Il y a le retour de trucs très colorés, mais je suis un peu nostalgique de l’époque avec beaucoup d’agressivité visuelle. […] T’en prenais plein ta putain de gueule, quoi. Tu prends le générique de Sauvé par le gong, les cartes Crados… Ça gratouillait la rétine ! »
Au-delà de taper dans l’œil, les œuvres de Fouapa peuvent aussi questionner sur notre rapport aux objets. Car s’ils n’ont pas de vrais organes, on a tendance à s’y attacher et ils peuvent renfermer pas mal de choses : des souvenirs, de l’amour… Un rapport assez complexe mais qui mérite réflexion !
« Ça fait partie de ma démarche en tant que personne de prendre du recul par rapport à ça. Quand on parle de société de consommation, d’attachement au matériel, etc., c’est quelque chose dont j’ai fait partie pendant des années. Et quelque chose que j’ai aimé. »
« Mais le rapport que l’on a aux objets est hyper complexe ! C’est ce qui nous permet de créer du lien […]. C’est un truc vachement fort.Et en même temps, la relation qu’on a avec les objets est hyper toxique… Ça dit énormément de nous en tant qu’humain. On est la seule espèce capable de matérialisme ! »
Finalement, pour Pierre-Jean, la démarche artistique prend petit à petit le pas sur le matériel. Parce que c’est ça, le plus précieux : qui tu es, ce que tu sais, ce que tu sais faire… et alors que des objets peuvent se faire la malle, la capacité de créer de zéro, elle, ne disparaîtra pas.
La création n’a pas de prix. Enfin, si, bien sûr. Fouapa vend ses œuvres, des toiles, des objets, fait des expositions dans des galeries, décore des bars… Il crée des objets et en réutilise (des vinyles, des vieux hachoirs en bois – désormais interdits en cuisine -, des battes, des skateboards…). Son nouveau travail à plein temps le fait vibrer, et il ne pourrait plus s’en passer.
Ça nous a mené à pas mal de réflexions intéressantes, sur l’acte de création et le fait de montrer ses œuvres : « C’est ça, la différence entre être artiste et créatif. Un créatif n’a pas besoin qu’on le regarde, qu’on consomme sa production. Un artiste a ce besoin que son travail soit évalué, en bien ou en mal. Avoir le sentiment qu’il crée un impact émotionnel. »
Parfois, ça marche, parfois, ça marche moins. Peu importe : c’est en faisant que l’on progresse, que l’on apprend, et que Fouapa peut continuer à creuser le pop macabre. Chaque œuvre trouve son public, à différents niveaux.
Son conseil à donner à quelqu’un qui hésiterait à se lancer dans le dessin, à partager ses créations, à se dire artiste ? Y croire un peu. « Quand j’étais en école de comm’, une pote avait une phrase que je trouvais formidable : “s’y croire, c’est déjà y être un peu”. Tu peux la prendre de manière négative, mais aussi à l’inverse, très motivante. La difficulté à se dire artiste, c’est la légitimité. Qui suis-je pour aller exposer mon travail ? Personne ne se pose la question, à part toi. C’est à toi de prendre le risque d’y croire. »
« Le vrai conseil à mettre en œuvre, c’est de faire, faire, faire. Faire un maximum de choses. Dédramatiser l’acte de la création, et se soumettre au regard des autres. Un truc d’une violence inouïe, mais certainement plus violent dans nos têtes qu’en réalité. Puis tu produis, plus tu vas te prouver à toi-même que t’es capable de le faire. »
Alors Pierre-Jean continue à partager des émotions, dans des bars, dans des galeries et dans les rues : n’hésitez pas à guetter les murs que vous croisez et à vous laisser surprendre par un peu de pop macabre. Un œil vous regardera parfois de travers, un objet aura le cœur ouvert, mais vous vous direz peut-être que ça tue !