
Il faut parfois prendre différents chemins pour trouver le sien. Par exemple ? Faire du théâtre, des petits jobs, se remettre en question, partir à l’autre bout du globe, se mettre à poil puis revenir plus fort. Guilhem est artiste, comédien, standuppeur. Il a eu peur. Mais depuis deux ans, il a posé ses valises à Lyon et est bien décidé à vous partager sa passion : le rire. On a pris le temps de discuter dans le décor de son nouveau concept : Blague Appart. L’occasion de savoir s’il était vraiment drôle (en vrai ça va), mais aussi d’en savoir plus sur son parcours, sa vision, ses projets, ses ambitions.
Du théâtre au stand-up, il n’y a qu’un acte 🎭
« Je pense que je rêvais de stand-up, mais que j’en avais pas conscience. J’ai mis ça de côté, j’ai fait du théâtre pendant des années… Mais j’avais toujours ce truc : ce qui me plaît, c’est de faire rire les gens. »
Même si on lui avait déjà suggéré de le faire plus tôt, c’est à 16-17 ans seulement que Guilhem s’essaie au théâtre. La faute à une image un peu vieillissante, et à des pièces sans saveur vues à l’école. Finalement, il saute le pas : « C’est bizarre, mais il y avait un truc au fond de moi qui m’attirait. » Il va faire un tour au Cours Florent, et il accroche tout de suite. Même si l’humour et l’envie de faire rire sont déjà là, le stand-up n’a pas encore explosé et les écoles sont inexistantes. Les seuls artistes connus sont les grosses stars et les scènes paraissent inatteignables.
« C’est là depuis très longtemps chez moi. Quand j’étais petit, j’étais un grand fan de Jamel, puis j’ai baigné dans les petites annonces d’Elie… Au théâtre, certaines remarques m’ont freiné : on a pu me dire que je n’étais pas là pour faire des blagues ou “amuser la galerie”. Il fallait être sérieux et je m’y suis formaté. »
Même en jouant dans des pièces, ce qui lui plaît le plus, c’est quand les gens rigolent. Mais Guilhem suit sa route : il fait les Cours Florent, passe des concours, rejoint une école à Marseille à 26 ans et entre, pas à pas, dans le monde professionnel du théâtre. Jusqu’à ce qu’il regarde la réalité en face.
« Ce que tu aimes, c’est faire rire. Vas-y, teste ! Je crois que la blague a toujours été en moi. C’est juste que je n’arrivais pas à me l’avouer ou à me confronter à ça. D’ailleurs, c’est pour ça que je suis parti à Montréal et que c’est là-bas que j’ai fait mes premières scènes de stand-up. »
Il finit par franchir le cap, s’essaie à Montréal, teste des blagues, s’amuse. C’est confirmé : il adore ça. Deux ans plus tard, il revient avec ses blagues en France, à Lyon. Depuis, il avance avec l’intermittence entre les pièces, les figurations et les petits jobs. Même s’il faut parfois passer par des petits boulots éthiquement discutables (allez le voir sur scène pour en savoir plus 😌), le statut lui permet de trouver l’énergie, le temps d’être créatif et de faire des scènes.
« Il y avait quand même une nécessité. Un truc au fond de moi qui me rongeait, me démangeait et me disait il faut que je teste, au moins que j’essaie. Une envie que tu ne peux pas contrôler, qui vient vraiment du fond de toi. […] Dans le rire, il y a une vérité, plus qu’au théâtre où tu peux beaucoup douter. Tu sais si tu as été drôle ou pas. Le gros déclic, je pense que c’est juste l’envie un peu incontrôlable de faire rire. »
Écrire aux éclats ✍️
« J’avais peur. C’est très bizarre. En écrivant, tu te confrontes à des questions, il y a une vraie mise à nu, un truc qui est très pudique, très intime. J’en ai eu envie mais par manque de courage et par peur d’affronter certaines questions, je me le suis refusé. »
Avant le standup, Guilhem n’écrivait pas tant. L’écriture est venue quand il s’est lancé. Et ce n’était pas si facile : « C’est une vraie discipline. Au début, c’était même éprouvant et dur. Je le vivais même un peu mal ! Maintenant, j’adore. » Assez, vite, il se rend compte que faire rire pendant 5 minutes, c’est loin d’être simple. Et que pour écrire 5 bonnes minutes pour un plateau, il y a des heures de travail.
Mais il se prend au jeu, fait évoluer ses techniques d’écriture, essayant d’être discipliné tout en gardant de la liberté. Son truc ? Écrire tous les matins, au moment où il sent que son cerveau est le plus ouvert, le plus créatif – que ce soit chez lui, à la bibliothèque ou dans des cafés selon les envies. « Je pense qu’on a chacun son truc. Je suis toujours en recherche. Roman Frayssinet disait que quand tu n’as pas d’inspiration, c’est bien de casser ses routines. »
L’objectif ? Avoir une bonne demi-heure de qualité : « En une demi-heure, tu as vraiment le temps de parcourir l’univers de l’artiste. Il a le temps de te parler, tu as le temps de capter les messages qu’il veut faire passer, de comprendre son humour… » Pour ça, il n’y a pas 36 solutions : il faut écrire… et jouer. Même si c’est un saut dans le vide à chaque fois. Alors il multiplie les passages et les plateaux, pour se faire les dents et jouer un maximum. « Au début, je voulais tout le temps tester de nouvelles choses. J’ai appris qu’il fallait faire, refaire, refaire, pour avoir une blague millimétrée. »
Bien sûr, il y a encore des remises en question de temps à autre. C’est même les montagnes russes. Mais pas question de se démonter à chaque passage moyen. Au contraire : « Même si je bide, je suis tellement heureux de jouer… Même si ça ne marche pas. C’est juste qu’il faut que je travaille. Le plus difficile, c’est quand tu ne joues pas. »
Blague Appart 🏠
Depuis février 2026, Guilhem a monté son plateau : Blague Appart. Un format original, à la maison, qui réunit 4 humoristes (trois font 10 minutes, et un fait 30 minutes). Pour la première édition, Guilhem a joué avec Arthur situations, La vraie Carine et Lucas Hueso, qui est à l’origine du concept.
« C’est un concept qui vient de Montréal, qui s’appelle le JT. C’est une grosse colocation, et ils invitent des humoristes pour des soirées. Quand j’ai parlé de ce concept à Lucas, il m’a dit que c’était lui qui l’avait monté avec deux potes ! Je l’ai repris et je l’ai mis à ma sauce. C’est hyper convivial. L’idée, c’est que ce soit un peu comme une soirée entre potes. On fait des blagues à la maison, c’est à la cool. »
Les premières étaient très réussies, de bon augure pour la suite : les rires étaient au rendez-vous, l’ambiance cosy aussi, les humoristes ont pu tester des blagues et partager certains de leurs meilleurs passages. L’occasion de faire des découvertes et de rentrer plus en profondeur dans l’univers de la « tête d’affiche » grâce à sa demi-heure de jeu.
Être honnête pour que le rire sincère 🎯
« Tu dois te confronter à ce que tu ressens, à tes émotions, à réfléchir sur certains sujets. L’écriture m’a amené ça et je trouve ça incroyable. Le fait de pouvoir mettre des émotions par écrit, structurer ta pensée… c’est comme un pouvoir que j’ai découvert avec l’écriture. »
Les thèmes de prédilection de Guilhem ? Au départ, c’était l’actualité. Jusqu’à ce qu’il se rende compte que c’était casse gueule : le temps d’écrire une bonne blague, l’actu est déjà passée. Sa plume n’était pas encore assez affutée. À force de jouer, il se rend compte que ce qui fait la différence, c’est l’honnêteté : parler de soi, tirer le fil et avoir un regard critique et pertinent.
« Ça ne veut pas dire que tout doit être vrai. Mais il faut un endroit où ça touche sincèrement. Sinon, tu le ressens et on va moins rire. Plus tu es honnête avec toi-même, plus tu vas toucher les gens. Je pars de plus en plus de moi, de ce que je vis, en essayant d’être honnête avec ce que je ressens. Et quand un sujet est intéressant, j’essaie de prendre du recul. »
Plus simple à dire qu’à faire. D’autant plus que ça revient aussi à faire un travail sur soi : « tu apprends à te connaître, à parler de certains sujets. Tu te découvres. Mais ce n’est pas une thérapie. Je ne veux pas faire du stand-up pour parler de moi. L’idée, c’est de savoir pourquoi tu parles de ce sujet, qu’est-ce qui te touche. Tu es là pour faire rire, pas parler de toi. C’est un curseur à trouver. »
S’il veut pouvoir toucher les gens, y compris ceux qui le connaissent bien, pas le choix : il doit être sincère. Et pas question de se limiter dans ses blagues, sauf s’il ne maîtrise pas assez le sujet – c’est le risque de faire des mauvaises blagues et de blesser des gens. Le but, c’est avant tout d’être drôle… et pertinent.
« Arriver à faire passer des idées avec le rire, ça a une puissance incroyable. J’étais un peu perdu dans ma vie, et le seul truc que je crois savoir faire dans ma vie, c’est l’humour. C’est une chance que je trouve incroyable. Tu peux prendre du recul sur les choses, désamorcer des situations… Ça m’a sorti de plein de galères. Je le vois comme une force. »
À l’heure où l’on écrit ces mots, le stand-up continue à exploser et Guilhem poursuit sa route, découvrant les scènes émergentes pour poursuivre sa progression. Le goal ? Réunir et faire rire de plus en plus de monde tout en arrivant à parler de certains sujets compliqués avec humour. Ce monde en a bien besoin !
Vous voulez en savoir plus sur le travail de Guilhem ? Allez checker son insta et celui de Blague Appart, puis contactez-le pour faire partie du public de la prochaine édition !