
Et si la musique c’était avant tout se mélanger, expérimenter, sortir des cases pour mieux se rencontrer et continuer à la faire évoluer ? Jon-Jon fait partie de ces hyperactifs lyonnais qui se battent au quotidien pour faire avancer la culture locale. Artiste, organisateur d’événement, animateur d’ateliers… ça fait des années qu’il multiplie les casquettes et les projets pour s’épanouir, mais aussi – et surtout – pour voir tout le monde grandir. On a pris le temps de le rencontrer pour en savoir plus sur ses créations, sa vision et sa passion pour la fusion !
🍹 De l’écriture à la musique : laisser la fusion infuser
L’amour de Jon-Jon pour l’écriture et la musique ne date pas d’hier. Très vite, il se met à écrire de la poésie, se lance dans le punk-rock… et finit par monter un groupe de rock hip-hop pour associer ses deux passions et mélanger les genres. « C’est là que je me suis dit que j’avais envie que ce soit ça qui me fasse vivre. En tout cas, je voulais passer mon temps à créer des choses autour de ça. »
Depuis toujours, Jon-Jon joue sur plusieurs tableaux, variant les styles d’écriture autant que les styles musicaux : du rock au rap, de la prose à la poésie, des pensées aux nouvelles… Peu importe, tant qu’il ouvre des portes et qu’il avance.
« Quand j’ai osé sortir de ma chambre et aller à la rencontre des gens, j’ai pu faire évoluer mon art. Mais c’est sûr qu’avant de trouver la recette, tu glisses beaucoup. […] Aujourd’hui, je suis fier de tout ce que j’ai pu monter mais surtout parce que je suis fier de toutes les personnes avec lesquelles j’ai travaillé. J’ai autour de moi des personnes extrêmement compétentes, et c’est vraiment grâce à elles qu’on a pu monter des supers trucs. »
S’il a su fusionner les genres, Jon-Jon a aussi su fusionner les gens. Aujourd’hui, sa manageuse (et amie d’abord), Manouch, l’aide à canaliser ses idées et à avancer dans la bonne direction pour se concentrer sur l’artistique et l’avancée de son association : Pluma.
« J’ai une vision assez particulière de la musique. On va chercher des artistes qu’on a envie de mettre en avant. Il faut donner plus de force à certains de nos artistes locaux, plutôt que d’aller chercher des artistes avec de gros labels, très codifiés… On ne donne pas assez de force à des gens qui osent faire des recherches, expérimenter, mélanger des styles, dire des choses que d’autres n’osent pas dire… »
🪶 Pluma : l’association qui donne la parole et qui tend le micro
Quand Jon-Jon fonde Pluma, en 2021, c’est avant tout pour répondre à un besoin sociétal : organiser des ateliers d’écriture pour donner la parole à ceux qu’on n’entend pas. Des foyers pour mineurs aux centres de rétention, de la prison à l’université en passant par les MJC, l’association s’immisce partout où la parole est étouffée pour recréer du lien et des rencontres.
À la fin du confinement, Jon-Jon et Pluma relancent le 7e arrondissement de Lyon en créant le Septival, le 7e mois de l’année. Le but est simple : permettre les rencontres autour de la musique.
« La synergie, la rencontre, ça me parait essentiel. Le plus gros problème qu’on peut avoir sociétalement, c’est le clivage, qui est dû à l’incompréhension et à la peur que peuvent avoir certaines personnes vis-à-vis d’autres. »
Depuis, l’association continue de grandir, main dans la main avec les acteurs locaux et les institutions culturelles lyonnaises. En plus des ateliers et du Septival, Pluma porte de nombreux projets événementiels : la Jam de l’Evergreen et du Livestation, l’Urban Flow à la Grooverie… sans compter tous les concerts qui viennent s’organiser autour.
« Nous sommes sur d’autres aspects et surtout une autre visibilité, un autre futur pour la musique à Lyon et les artistes locaux. Je veux donner la possibilité de jouer à des personnes qui ne se reconnaissent pas forcément dans tout ce qui est mis en avant. […] Mon rêve, ce serait d’avoir un établissement, pouvoir accueillir le public et faire notre programmation, que ce soit vraiment à l’image de ce qu’on a envie de donner à Lyon. Ça arrivera un jour. »
🎙 Urban Flow : une autre idée de la nouvelle école
« J’aime bien avoir des nouvelles surprises, que les gens me surprennent et surtout qu’ils prennent des risques. Les gens n’osent plus le faire dans la musique, alors que c’est comme ça que la musique se développe. On a tendance à l’oublier. »
Les projets n’ont cessé de se multiplier, mais l’ambition reste la même : donner un espace aux personnes pour qu’elles puissent s’exprimer. Le projet Urban Flow s’inscrit aussi dans cette lignée. Quand un créneau s’est libéré le vendredi à La Grooverie, Jon-Jon et son compère Ca5tell n’ont pas hésité à saisir l’occasion pour créer un événement hip-hop récurrent avec un showcase, des open mics, des jams…
Le concept est ouvert à tous, si ce n’est à la malveillance : le partage doit se dérouler dans les meilleures conditions. Pour les jeunes artistes, ce rendez-vous est une vraie chance pour pouvoir monter sur scène, s’entraîner avec des artistes expérimentés et avoir des retours constructifs. Là encore, c’est la diversité qui est reine.
« La vraie force, c’est de donner de la force aux bonnes personnes. Il faut continuer à inventer des jams, des opens mics, donner de la force aux jeunes, leur permettre de s’entraîner, leur donner des conseils… Il y a énormément de gens qui font des choses de ouf à Lyon (KLM, Dr.Kyle…) […] Dans le contexte politique actuel, il va falloir se serrer les coudes et grandir ensemble. »
📀 Les projets Jon-Jon : tenter quitte à se planter pour pousser
Forcément, avec tout ça, il y a de quoi mener une triple (voire quadruple) vie. Toujours pied au plancher, mais aussi bien entouré, Jon-Jon n’arrête pas de se lancer dans des projets. Intermittent, auto-entrepreneur, associatif, artistique… c’est aussi cette variété qui l’inspire et le fait vibrer.
« Je suis un artiste avant toute chose. Sauf que j’ai envie de développer plusieurs choses, plusieurs branches qui en découlent. Je pense que je suis un drogué à l’adrénaline. Il faut que la vie soit toujours à 300 km/h. Il y a des descentes, des moments où ce n’est pas facile, où psychologiquement c’est dur, mais je suis tellement bien entouré que je redémarre direct. »
Depuis plus d’un an, il fait équipe avec Ca5tell, devenu un binôme de studio (rec, mix, master). Après pas mal d’années sans projet perso, Étincelle est sorti en 2025. Un bel EP qui a aussi été l’occasion de balancer des textes qu’il lui tenait à cœur de partager, à l’image de Synopsis.
« Étincelle, c’est un peu un point de départ pour tout ce qui est en train de se passer avec Ca5tell. On redémarre sur deux projets, voire un album. Et pourquoi pas un vinyle ? Il y en a qui rêvent d’une Rolex, moi je veux mon vinyle avant 40 ans. »
La suite ? Hot Headed, projet duo avec des covers des années 50-70 (qui s’annonce très chaud en live) et Roommates, un projet plus soul hip-hop avec son ancienne colocataire E.V.E from the underground : « On a mis nos fonds de frigo dans un mixeur et on a réussi à trouver le cocktail parfait. C’est ça la musique : oser l’expérimentation et tenter des trucs, quitte à se casser la gueule. »
Entre les ateliers d’écriture et les événements développés par l’association Pluma, sans oublier ses projets musicaux, Jon-Jon n’est pas près de s’ennuyer. Et les talents lyonnais devraient aussi pouvoir en profiter : la ville continuera de s’animer pour que la culture puisse rayonner, que les genres et les humains puissent se mélanger et partager pour continuer à progresser !
« Je pense que c’est aussi pour ça que je fais plein de choses : j’ai vraiment besoin de trouver des moyens pour que les gens puissent échanger et grandir ensemble en fait, tout simplement. »
« À toutes les personnes qui veulent se lancer dans cette aventure-là. J’ai 36 ans, ça n’a pas toujours été rose, il y a eu des hauts, beaucoup de bas, des remises en question… mais ça mérite d’être vécu si on est sûr de son entourage. Se lancer en solo, c’est une aventure presque impossible. Alors faites attention à bien vous entourer, de personnes bienveillantes. Je pense que c’est un message important à faire passer à la jeunesse d’aujourd’hui. Et tout ce qu’on est en train de faire aujourd’hui, c’est pour eux. »