Dis-leur deux mots.

L.o – Un rap où chaque mot conte

Il y a des ovnis qui écrivent des textes et les enregistrent en 15 minutes. Et d’autres qui prennent le temps de soigner chaque ligne et de choisir attentivement chaque mot. De rat d’open mic à rappeur émergent, L.o a tracé sa route, sorti un premier projet et vu les scènes se multiplier. Bien ancré dans le paysage du rap grenoblois, il n’a pas fini de progresser, de créer et de toucher. On a pris le temps d’en discuter !

L’école du micro ouvert 🎤

« Avant, je me présentais comme quelqu’un qui fait du rap. Maintenant, j’estime pouvoir dire que je suis un rappeur parce que j’ai sorti un projet que je défends du mieux que je peux. C’est venu asseoir une légitimité. »

Dans une famille de musiciens, L.o tombe vite dans la musique, le trombone et le solfège… avant de baigner dans la culture hip-hop des années 90-2000, de découvrir les clips de rap à la télé et d’avoir envie de s’y essayer. Le rap le mène à l’écriture, aux freestyles… et même si personne ne rappe dans son entourage, ses potes le soutiennent et le poussent à aller en open mic. D’abord en Haute-Savoie, où il a grandi, puis à Grenoble, Dijon ou Lyon.

« J’étais un rat d’open mic pendant longtemps. Je n’avais pas de morceau sur les plateformes, pas de refrain, par contre je pouvais freestyler pendant des heures et des heures. Je viens vraiment de cette école. »

Le temps passe, L.o grandit : il a envie de raconter des choses plus construites. Aujourd’hui, son premier EP est sorti et l’artiste a gagné en légitimité. Mais comme pour beaucoup, tout ça a pris des années…

« La première fois que j’ai rappé devant mes potes, je leur ai demandé de se retourner. Je n’avais pas envie d’affronter leur regard, alors que c’était mes gars depuis la maternelle. Je ne me trouvais pas légitime. Le processus a été long, mais j’ai été poussé, dans le bon sens du terme, accompagné par les bonnes personnes. »

Depuis la sortie de son premier projet, L.o continue à arpenter les opens mics de Grenoble, pour rapper ou simplement profiter. Comme les plateaux de stand-up pour les humoristes, ça reste un endroit idéal pour s’entraîner et tester. Entre un taf qui lui plaît et le rap pour kiffer, un équilibre a été trouvé. Il prend des notes dès qu’il peut, s’offre des soirées pour les travailler, sans se laisser bouffer par la course aux contenus ou aux likes qui peut être cruelle. Facile à dire, mais L.o a fini par s’en détacher pour mieux avancer.

« Je préfère avoir mon taf à côté et garder la musique pour m’épanouir. Ça ne veut pas dire que je ne le fais pas sérieusement. Je le fais comme si c’était mon vrai boulot. »

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L’importance de soigner chaque mot ✍️

 « Je mets le texte au centre de ma proposition, et je vois ensuite comment je l’habille et je l’adapte, sans changer le fond. »

Pour son premier EP, Dimidium, L.o a fait le choix d’accorder un maximum d’importance à ses textes. Ses écrits lui donnent un mood, une ambiance, une couleur musicale qu’il peaufine ensuite sur une instru, parfois en co-construisant la prod’ avec des beatmakers grenoblois.

Pas question de négliger la qualité du propos : chaque mot a été posé pour s’assurer que les textes soient le mieux compris possible. Ni trop violent, ni trop lisse, Dimidium est une première pierre très personnelle, fidèle à ses pensées, riche en histoires vraies, romancées et mises en forme sans être déformées.

 « Quand je fais des morceaux, je vais chercher des états par lesquels je suis passé. C’est comme ça que je vois la musique : se replonger dans des moments de vie. […] J’ai mis du temps à bien choisir mes mots, à faire attention à ce que je disais, à comment je le disais… Parce qu’il y avait des choses que je n’aurais jamais dit que j’ai dit sur mes musiques. »

Dimidium, mais sans faire les choses à moitié 📀

« J’aimais bien avoir le latin. On revient sur l’écriture, la langue, et c’est un EP qui parle beaucoup de ce que j’ai vécu par le passé… Je trouvais ça poétique. »

Forcément, quand tu mets autant de cœur et de soin dans tes créations, ça prend du temps. Dimidium, un projet de 6 titres et 18 minutes, est le fruit de près de 14 mois de travail. Un projet parti de l’intro, premier morceau que L.o voyait bien vieillir, qui a été le point de départ d’autres textes forts et introspectifs.

« J’avais deux objectifs : montrer ce que je sais faire et me vider de tout ce que j’avais à dire depuis des années. Donc ça a donné des morceaux assez personnels. »

Un projet bien reçu qui lui a ouvert de nouvelles portes : des tremplins, des connexions et des scènes (Le Brise Glace à Annecy, l’Ampérage de Grenoble, la première partie de Youssef Swatt’s avec T2LS…), ou encore un accompagnement par Château rouge à Annemasse.

Si le projet s’intitule Dimidium, c’est aussi parce que L.o n’a pas encore tout dit. Il a abordé tous les sujets qu’il voulait pour un premier EP, sans se censurer, mais n’a pas fini de raconter des histoires vraies. 

« Quand tu fais une salle, qu’il y a 80-90 personnes, et qu’un mec vient te dire qu’un son lui a parlé… C’est pour ça que tu le fais : pour toucher cette personne-là, qui a pris du temps pour venir te voir et te dire que ce que tu as créé a résonné en elle. C’est hyper touchant, hyper gratifiant. »

La suite ? Après avoir beaucoup bossé la scène avec Flo, son DJ, il est temps d’appliquer, de multiplier les scènes, de partager et de restituer le travail fourni depuis le début de l’année. Le coup d’envoi est déjà donné, pendant que la plume continue de s’agiter : un nouvel EP pourrait voir le jour en janvier… « Je continuerai de parler de la vraie vie, de mes histoires, toujours avec un certain sens de la formule, mais je pense qu’il y aura de nouvelles couleurs. »

Entre les scènes et les sessions studio, L.o écrit, travaille sur les maquettes, peaufine et avance sur la suite : une nouvelle étape qu’il compte bien faire avec le cœur, sans trop penser « stratégie », sans se laisser aller à tous les avis. Un seul objectif : continuer de faire en restant sincère !

Jon-Jon – Qui se rassemble grandit ensemble

Et si la musique c’était avant tout se mélanger, expérimenter, sortir des cases pour mieux se rencontrer et continuer à la faire évoluer ? Jon-Jon fait partie de ces hyperactifs lyonnais qui se battent au quotidien pour faire avancer la culture locale. Artiste, organisateur d’événement, animateur d’ateliers… ça fait des années qu’il multiplie les casquettes et les projets pour s’épanouir, mais aussi – et surtout – pour voir tout le monde grandir. On a pris le temps de le rencontrer pour en savoir plus sur ses créations, sa vision et sa passion pour la fusion !

🍹 De l’écriture à la musique : laisser la fusion infuser

L’amour de Jon-Jon pour l’écriture et la musique ne date pas d’hier. Très vite, il se met à écrire de la poésie, se lance dans le punk-rock… et finit par monter un groupe de rock hip-hop pour associer ses deux passions et mélanger les genres. « C’est là que je me suis dit que j’avais envie que ce soit ça qui me fasse vivre. En tout cas, je voulais passer mon temps à créer des choses autour de ça. »

Depuis toujours, Jon-Jon joue sur plusieurs tableaux, variant les styles d’écriture autant que les styles musicaux : du rock au rap, de la prose à la poésie, des pensées aux nouvelles… Peu importe, tant qu’il ouvre des portes et qu’il avance.

« Quand j’ai osé sortir de ma chambre et aller à la rencontre des gens, j’ai pu faire évoluer mon art. Mais c’est sûr qu’avant de trouver la recette, tu glisses beaucoup. […] Aujourd’hui, je suis fier de tout ce que j’ai pu monter mais surtout parce que je suis fier de toutes les personnes avec lesquelles j’ai travaillé. J’ai autour de moi des personnes extrêmement compétentes, et c’est vraiment grâce à elles qu’on a pu monter des supers trucs. »

S’il a su fusionner les genres, Jon-Jon a aussi su fusionner les gens. Aujourd’hui, sa manageuse (et amie d’abord), Manouch, l’aide à canaliser ses idées et à avancer dans la bonne direction pour se concentrer sur l’artistique et l’avancée de son association : Pluma. 

« J’ai une vision assez particulière de la musique. On va chercher des artistes qu’on a envie de mettre en avant. Il faut donner plus de force à certains de nos artistes locaux, plutôt que d’aller chercher des artistes avec de gros labels, très codifiés… On ne donne pas assez de force à des gens qui osent faire des recherches, expérimenter, mélanger des styles, dire des choses que d’autres n’osent pas dire… »

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🪶 Pluma : l’association qui donne la parole et qui tend le micro

Quand Jon-Jon fonde Pluma, en 2021, c’est avant tout pour répondre à un besoin sociétal : organiser des ateliers d’écriture pour donner la parole à ceux qu’on n’entend pas. Des foyers pour mineurs aux centres de rétention, de la prison à l’université en passant par les MJC, l’association s’immisce partout où la parole est étouffée pour recréer du lien et des rencontres.

À la fin du confinement, Jon-Jon et Pluma relancent le 7e arrondissement de Lyon en créant le Septival, le 7e mois de l’année. Le but est simple : permettre les rencontres autour de la musique.

« La synergie, la rencontre, ça me parait essentiel. Le plus gros problème qu’on peut avoir sociétalement, c’est le clivage, qui est dû à l’incompréhension et à la peur que peuvent avoir certaines personnes vis-à-vis d’autres. »

Depuis, l’association continue de grandir, main dans la main avec les acteurs locaux et les institutions culturelles lyonnaises. En plus des ateliers et du Septival, Pluma porte de nombreux projets événementiels : la Jam de l’Evergreen et du Livestation, l’Urban Flow à la Grooverie… sans compter tous les concerts qui viennent s’organiser autour.

« Nous sommes sur d’autres aspects et surtout une autre visibilité, un autre futur pour la musique à Lyon et les artistes locaux. Je veux donner la possibilité de jouer à des personnes qui ne se reconnaissent pas forcément dans tout ce qui est mis en avant. […] Mon rêve, ce serait d’avoir un établissement, pouvoir accueillir le public et faire notre programmation, que ce soit vraiment à l’image de ce qu’on a envie de donner à Lyon. Ça arrivera un jour. »

🎙 Urban Flow : une autre idée de la nouvelle école

« J’aime bien avoir des nouvelles surprises, que les gens me surprennent et surtout qu’ils prennent des risques. Les gens n’osent plus le faire dans la musique, alors que c’est comme ça que la musique se développe. On a tendance à l’oublier. »

Les projets n’ont cessé de se multiplier, mais l’ambition reste la même : donner un espace aux personnes pour qu’elles puissent s’exprimer. Le projet Urban Flow s’inscrit aussi dans cette lignée. Quand un créneau s’est libéré le vendredi à La Grooverie, Jon-Jon et son compère Ca5tell n’ont pas hésité à saisir l’occasion pour créer un événement hip-hop récurrent avec un showcase, des open mics, des jams… 

Le concept est ouvert à tous, si ce n’est à la malveillance : le partage doit se dérouler dans les meilleures conditions. Pour les jeunes artistes, ce rendez-vous est une vraie chance pour pouvoir monter sur scène, s’entraîner avec des artistes expérimentés et avoir des retours constructifs. Là encore, c’est la diversité qui est reine.

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📀 Les projets Jon-Jon : tenter quitte à se planter pour pousser 

Forcément, avec tout ça, il y a de quoi mener une triple (voire quadruple) vie. Toujours pied au plancher, mais aussi bien entouré, Jon-Jon n’arrête pas de se lancer dans des projets. Intermittent, auto-entrepreneur, associatif, artistique… c’est aussi cette variété qui l’inspire et le fait vibrer.

« Je suis un artiste avant toute chose. Sauf que j’ai envie de développer plusieurs choses, plusieurs branches qui en découlent. Je pense que je suis un drogué à l’adrénaline. Il faut que la vie soit toujours à 300 km/h. Il y a des descentes, des moments où ce n’est pas facile, où psychologiquement c’est dur, mais je suis tellement bien entouré que je redémarre direct. »

Depuis plus d’un an, il fait équipe avec Ca5tell, devenu un binôme de studio (rec, mix, master). Après pas mal d’années sans projet perso, Étincelle est sorti en 2025. Un bel EP qui a aussi été l’occasion de balancer des textes qu’il lui tenait à cœur de partager, à l’image de Synopsis.

« Étincelle, c’est un peu un point de départ pour tout ce qui est en train de se passer avec Ca5tell. On redémarre sur deux projets, voire un album. Et pourquoi pas un vinyle ? Il y en a qui rêvent d’une Rolex, moi je veux mon vinyle avant 40 ans. »

La suite ? Hot Headed, projet duo avec des covers des années 50-70 (qui s’annonce très chaud en live) et Roommates, un projet plus soul hip-hop avec son ancienne colocataire E.V.E from the underground : « On a mis nos fonds de frigo dans un mixeur et on a réussi à trouver le cocktail parfait. C’est ça la musique : oser l’expérimentation et tenter des trucs, quitte à se casser la gueule. »

Entre les ateliers d’écriture et les événements développés par l’association Pluma, sans oublier ses projets musicaux, Jon-Jon n’est pas près de s’ennuyer. Et les talents lyonnais devraient aussi pouvoir en profiter : la ville continuera de s’animer pour que la culture puisse rayonner, que les genres et les humains puissent se mélanger et partager pour continuer à progresser !

« Je pense que c’est aussi pour ça que je fais plein de choses : j’ai vraiment besoin de trouver des moyens pour que les gens puissent échanger et grandir ensemble en fait, tout simplement. »

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Dr.Kyle – Du rap, des victoires et des fêtes

Qui peut prétendre faire du rap sans prendre position ? Qui peut prendre position sans vouloir en faire des actions ? Ça fait des années que Dr.Kyle, rappeur, saigne le cahier. Un peu moins qu’il a quitté son taf d’éduc spé pour en faire à plein temps son métier. Un an et quelques mois après la sortie d’un projet très réussi, Grands Hommes, on a pris le temps de le rencontrer pour parler d’art, d’engagement et de fête. Parce que dans tout ça, il est bien plus question de victoire que de défaite !

Du quartier à la scène : micro, boulot, dodo ? 🎤

« Je suis un rappeur engagé et festif. J’essaie d’écrire des textes pour qu’ils soient jugés comme beaux, qu’ils parlent de réalités concrètes avec de l’optimisme. »

La musique, Dr.Kyle l’a en partie découverte avec son grand frère qui jouait de la guitare. Le rap est arrivé plus tard. Au départ, Kyle était plus connu pour sa caméra que pour son micro : il faisait des instrus, filmait et montait des clips… 

« Tout le monde rappait dans mon quartier. Moi, je n’avais peut-être pas l’imagination de me dire que je pouvais rapper. Par contre, y’a un moment donné où je me suis mis à écrire des textes pour que mes potes les rappent. Et petit à petit, ils m’ont dit, “bon… faudrait que tu les rappes toi, tes textes” ! »

C’est à l’approche de la vingtaine, quand il quitte La Villette pour un autre quartier lyonnais, qu’il se fait connaître en tant que rappeur. Grâce à une partie de son entourage qui évoluait déjà dans le milieu du spectacle vivant, il s’essaie à la scène assez rapidement. Ça peut paraître logique pour certains… mais ça ne l’est pas forcément. Parce que quand tu as grandi dans un quartier, aller rapper dans un bar de la Croix-Rousse, ce n’est ni facile, ni “normal”.

« Dès que tu te mets à faire de la scène, tu te rends compte que ce n’est plus du tout les mêmes personnes. Tu changes de sociologie de rappeurs, malheureusement. C’est segmenté, comme l’est la société. La première barrière qui se fait, c’est accéder à la scène et aux open mics : ce sont des mondes qui se connaissent, mais qui ne se côtoient pas forcément. »

Cette barrière, il l’a franchie en partie grâce à l’asso Bizarre! – devenue la salle de concert à Lyon –, à Clem (KLM) et aux Ming8 Halls Starf, qui lui ont donné envie de se lancer :  « J’ai traîné au quartier, le quartier m’a amené le rap, les cyphers, faire du rap ensemble, les enregistrements, les clips… et les associations m’ont apporté le spectacle vivant, le fait d’aller chercher des open mics et de faire des scènes. »

Depuis ? Il a continué, jusqu’à lâcher son taf d’éduc spé pour se concentrer sur la musique. De toute façon, c’est une obsession. Le grisement de la scène et tout ce que ça t’apporte autour te pousse à travailler… sans avoir l’impression de travailler. La machine est lancée.

 « C’était un rêve un peu inassouvi pendant très longtemps. À un moment donné, je me suis dit qu’il fallait que j’essaie. Sinon, j’allais m’en vouloir toute ma vie. Parce que ça passe par avoir plus de temps. Tu sais, quand tu es éduc spé et rappeur, comme plein de métiers ou autre forme d’art, c’est compliqué parce que tu as la tête pleine quand tu sors du taf, t’es pas disponible quand on te propose des choses… Il faut un moment donné où tu es libre totalement. »

La qualité avant tout : prendre le temps de travailler mieux ✨

 « C’est super flippant, oui bien sûr. Et c’est très stressant, on va dire. Il faut se lancer dans le truc et avoir peur, mais il faut le faire. Un peu la politique de l’action. On verra ce qu’il se passera, mais il faut y aller. Il faut transformer ça en acte. »

Se lancer dans l’art à plein temps, c’est un saut dans le vide qui ne se fait pas en un claquement de doigts. Mais si tu veux avancer, il faut y aller. Même si ce n’est pas évident de se trouver un cadre, des routines, et de se donner le temps, d’autant plus avec les réseaux qui peuvent pousser à la surproduction. Kyle a choisi de s’écouter et d’avancer à son rythme.

« J’essaie de me protéger un peu. Surtout vu l’époque qu’on vit, où tout va assez vite, où tu as l’impression d’être dans une demande de production permanente. Les réseaux sociaux te poussent beaucoup à ça, et j’essaie de m’en préserver. Tant que je ne suis pas content de ce que je fais, je m’empêche de sortir quelque chose. Et je pense qu’il faut réussir à se préserver pour le faire. Mais c’est dur. »

Depuis ses débuts, Kyle privilégie la qualité. Pas question de courir après la montre et de bâcler les choses. Il faut que ce soit recherché, travaillé, soigné. Et tant pis s’il ne sort pas des projets tous les quatre matins : c’est aussi ce qui lui vaut des écoutes ! 

« Il y a des gens qui continuent à m’écouter des années après, et je les en remercie. Il ne faut pas que d’un coup je me mette à écrire plus rapidement, moins bien. Il faut que j’essaie de garder une certaine forme de qualité, ou plutôt que je continue à m’améliorer. Donc que je prenne encore du temps. »

Puis il ne faut pas oublier qu’être rappeur indépendant, c’est aussi tout faire soi-même : la création mais aussi la comm’, la prog’, la logistique… Et ce ne sont pas les likes qui font vivre. Ni les streams. Alors il faut faire des scènes et remplir des salles.

« Le fait de réussir, de percer, il va dans le monde réel. C’est pour ça qu’il faut avoir de la distance avec les réseaux sociaux aussi. Ce qui te fait du blé, c’est les concerts, les gens qui matériellement viennent te voir. Pour moi, la réalité c’est ça. Est-ce que tu as suffisamment de gens qui s’engagent à venir te voir ? Est-ce que tu es une valeur sûre pour un programmateur ? Ça, c’est percer. »

Et pour ça… il faut travailler. Mais pas forcément toujours plus. Parce que politiquement, ce n’est pas non plus sa vision. Parce que si l’on pouvait toutes et tous travailler un peu moins, le monde s’en porterait tout aussi bien.

« Le monde pourrait tourner avec nous tous qui travaillons beaucoup moins. Les gens auraient le temps de s’occuper de leur famille, de mieux réfléchir à leurs problèmes psychologiques, à leurs problèmes sociaux, ils auraient le temps de se politiser, de se passionner, d’élaborer de nouveaux trucs… Il y aurait beaucoup plus d’artistes, de gens dans le milieu associatif… »

Des projets et des idées à défendre ⚔️

« Quand tu arrives dans un concert et que les gens connaissent tes paroles, c’est trop beau. Ça, c’est le truc que je préfère, auquel je ne m’habitue pas et j’espère ne jamais m’habituer. Mais quand ça m’arrive, parce que là depuis cette année ça m’arrive, ouais c’est beau putain, ça fait tellement plaisir ! »

Depuis sa sortie fin 2024, le projet Grands Hommes vit bien. Les retours sont positifs, les écoutes se poursuivent et le public est au rendez-vous. Entre Crépuscule, Gloire, Les autres ou Connais-moi mal, il y a de quoi se prendre quelques claques. 

« Je pense qu’on a réussi, humainement, à bien se trouver pour le construire, et trouver une cohérence. J’adore le défendre sur scène. Il va continuer à vivre. J’ai mis du temps à l’écrire, j’aimerais bien mettre du temps à le défendre aussi. »

Il faut dire que le projet est bien structuré, cohérent, varié. Et c’est aussi le fruit d’un travail d’équipe, car Kyle est plutôt bien entouré artistiquement. Du côté de son équipe de scène, on retrouve notamment Kaynixe (la meilleure DJ d’Europe), Barbu, rappeur et comédien d’impro, James, comédien et metteur en scène. Du côté de l’enregistrement, Tacos Criminal, DJ scène d’Okis, a assuré le rec, le mix et le mastering. Sans oublier Clem ou Rowtag, qui lui apportent toujours beaucoup, et les personnes impliquées pour les clips et les photos.

Pour sa release, Kyle a éclaté les jauges de deux salles, à Lyon et Saint-Étienne. Entre mai et juin 2025, il a enchaîné les scènes en jouant deux fois par semaine, pendant un mois et demi. Une première fois pour lui, qui rassure et donne encore plus d’envie. L’envie d’écrire, mais aussi et surtout de réunir.

L’art pour les gens : créer du commun et célébrer nos victoires ✊

« L’artiste n’a de qualité qu’au milieu du reste de la population. […] L’art est destiné aux gens qui travaillent. Aux gens qui vivent des dures réalités. Donc il faut que ça leur parle, il faut que tu les connaisses. Il ne faut pas que tu te coupes du monde. Pour moi, c’est important de rester connecté à des gens qui n’ont pas la même vie que toi. […] Le but de la chanson, c’est de créer de l’empathie. »

Pas question d’être hors sol et de rester dans un entre-soi, entre artistes. C’est trop dangereux. Et pour que Dr.Kyle trouve du sens dans ce qu’il fait, il faut que son art puisse parler aux gens. Et à des gens différents. 

« Rendre accessible, ça ne veut pas dire rendre plus bête. Parce que c’est très dur d’universaliser son propos, de sortir du bouillon que tu as dans la tête, et de le rendre attrayant. Mais on a besoin de ça. »

Parce que le but, c’est non seulement de partager des ressentis, des émotions, des constats, de réfléchir à des solutions… mais c’est aussi de réunir et de fédérer. De créer des choses qui se partagent, de la ferveur, du vivre ensemble.

« Quand tu es artiste, tu crées du commun. Et ça, il ne faut pas l’oublier. Tu crées des instants où les gens se rencontrent, en dehors de leurs milieux sociaux, de leur paradigme. Et tout le monde chante la même chose. Tout le monde danse ensemble. C’est très politique ! D’où le fait que ce qui est peut-être le plus important dans ma musique, c’est que ce soit festif. Il faut qu’on ait des victoires de notre côté. Qu’on puisse chanter ensemble, danser ensemble. Sinon, on ne va pas s’en sortir. »

Créer des moments de liesse comme ça, c’est évidemment utile. C’est même indispensable. Alors il y a de quoi être fier et y trouver du sens quand on se retrouve face à un public varié qui écoute, partage des mots, des visions, des valeurs, des idées et des envies de passer à l’action.

Facile à dire. Pour ça, il faut faire des bonnes chansons, artistiquement esthétiques, avec la bonne alliance entre le fond et la forme. Pas évident quand tu évoques des sujets complexes, qui ne doivent pas se transformer en chansons bateau. Mais Kyle y arrive plutôt très bien : il dresse des constats tout en allumant la lumière. Entre rage et poésie, hargne et humour, haine et amour, il garde le sourire sur scène tout en invitant à une seule chose : agir pour mieux faire la fête ensemble.

« Tu ne peux pas donner de l’espoir à quelqu’un si tu ne pars pas du constat que c’est sombre. On est dans un monde qui écrase l’être humain en permanence. Mais ce n’est pas une fatalité. Et je pense que c’est ça, la clé de la question. On part du constat que c’est sombre, et il faut qu’on le transforme en actions derrière. »

La suite ? Défendre ses projets sur scène, tout en passant dans la salle du temps pour écrire la suite. Tout faire pour ne pas stagner, et s’améliorer pour continuer à réunir et à partager. À l’heure où l’on écrit ces mots, des nouveaux morceaux sortent déjà de l’eau. Alors on vous invite fortement à aller écouter Celui qui brûle.

Nat Van Ba – Des chansons douces et des secrets salés

À l’heure de la surproduction, des artistes prennent le temps d’avancer et de se construire à leur façon. C’est le cas de Nat Van Ba, auteure-interprète et artiste émergente de la région lyonnaise : entre R&B, trap, pop urbaine ou encore chanson française, elle crée, expérimente, travaille pour monter sur scène et se donner les moyens de continuer à chanter. On est allés la rencontrer dans sa deuxième maison (ou presque), au studio Polycarpe, pour en savoir plus sur son parcours et ses projets !

L’écriture et le chant : une trajectoire scène 🎤

« À 6-7 ans, j’écrivais déjà des petits poèmes. J’ai toujours eu une passion pour l’écriture et aimé chanter. Assez tardivement, j’ai essayé d’allier les deux. »

Tout a commencé à devenir sérieux en 2017, quand Nat a sorti ses premiers titres et ses premiers clips avec BuZz, du studio Extatic. C’est là qu’elle tombe dans la marmite et y prend goût, au point de décider de tout plaquer quelques années plus tard, en 2021, pour s’y consacrer à temps plein. Finalement, c’est assez naturel : ses deux passions – pour l’écriture et les musiques urbaines, de la chanson française au hip-hop – ont fusionné… et Nat n’avait pas de temps à perdre avec un job qui ne la faisait pas vibrer.

« Il faut faire des croix sur certaines choses dans sa vie, que ce soit personnelle ou professionnelle. Ça demande un tel investissement en termes de temps, d’énergie… Ton entourage ne comprend pas forcément. Mais j’avais cette flamme en moi qui bouillonnait. Adviendra ce qui adviendra, au moins je n’aurai pas de regrets. »

Après un premier projet plutôt trip hop avec BuZz, Bonetrips du studio Polycarpe et Ovthex entrent petit à petit dans la boucle. Ils se mettent à bosser ensemble et se structurent jusqu’à la sortie d’un premier album, en 2024 : Problèmes sucrés. Nat explore et partage ce qu’elle a au fond du cœur en passant par des thèmes aussi introspectifs qu’universels. Si elle a parfois privilégié les sonorités au texte, c’est du passé : Nat veut soigner chaque couplet et ne surtout pas se brider pour véhiculer ses idées.

« Je suis là, je me suis donné cette mission alors autant me donner à fond. De toute façon, on ne peut pas plaire à tout le monde. Donc je me mets de moins en moins de barrières. […] C’est quand même un exutoire, la musique : si c’est pour écrire des choses qui ne me parlent pas… ça va être compliqué, d’autant plus qu’après il faut défendre le morceau sur scène. »

Si Nat est plutôt une “artiste studio” à la base, en 2025, Bonetrips et elle ont enchaîné une dizaine de scènes – et autant de moments de kiff et de partage.

De l’entourage et du cœur à l’ouvrage 💪

« J’ai tout arrêté pour faire de la musique… et en fin de compte, sincèrement, la création musicale représente 5 % de mon temps. ».

Comme la plupart des artistes qui se lancent, Nat Van Ba est sur tous les fronts. Elle crée et écrit quand elle peut, quand l’inspiration lui vient, parfois sur une prod et parfois en promenant son chien. Le plus clair de son temps, elle le passe avec les différentes casquettes qui lui permettent de diffuser sa musique et se faire connaître : graphisme, webmarketing, community management, réseau, formation…

« C’est hyper enrichissant, mais c’est compliqué. Parce que tu te déconcentres de ton métier principal. À l’avenir, j’espère avoir plus de temps et le cerveau plus disponible pour la création. »

Bien sûr, il y a encore des phases de doute et des remises en question. D’autant plus qu’il y a parfois plus de portes qui se ferment que de portes qui s’ouvrent. Mais pas question d’arrêter. Finie, l’époque où la pression sociale l’invitait à se mettre des deadlines ! Elle continuera tant qu’elle le pourra, et arrêtera le jour où elle le voudra.

« L’entourage, c’est trop important. Il ne faut pas confondre artiste indépendant et être seule ! Franchement, toute seule, je ne fais rien. J’écris des textes, je chante, mais je ne peux pas publier une maquette que je fais chez moi ! Par contre, quand les gars passent derrière, c’est autre chose. Il y a tout un truc qui fait qu’en équipe on est plus forts. On mutualise les expériences, les compétences… »

Dans ce cheminement, Nat Van Ba a l’avantage d’être bien entourée. En plus du binôme gagnant avec Bonetrips, le batteur Martial Marzoukou Macauley va bientôt les rejoindre sur scène.

Le petit groupe avance avec un objectif commun : faire des dates qui leur conviennent à tous (en termes de lieu, de localisation, de diffusion, de valeurs…), et prendre du plaisir à véhiculer ce qu’ils ont envie de véhiculer. Quitte à discuter, quitte à faire des concessions, quitte à se remettre en question. Tant qu’ils sont constructifs, c’est qu’ils vont dans la bonne direction !

Des problèmes sucrés dans une industrie salée 🍯

Alors que tout va très vite, Nat préfère parler d’artistique avant de parler d’algorithmes. Tu viens de sortir un projet, et on te questionne déjà sur la suite ? Chaque chose en son temps. Pas question de faire des titres fantômes juste pour nourrir les plateformes ! Mieux vaut prendre le temps qu’il faut pour avancer, sans faire de concession sur la qualité.

« Ça fait peur, on n’a même pas le temps d’apprécier certaines choses tellement il faut aller vite. Il faut être toujours plus productif. […] Un clip, ça prend des mois, pour que les gens le consomment en 2 minutes. En termes de temps, d’énergie, d’argent… »

Son dernier album en date, Problème sucrés, a encore de belles années devant lui. Loin d’être un projet R&B comme on peut l’entendre, c’est un projet riche en trap avec autant d’amour que de sujets dark.

« Un problème sucré, c’est un faux problème. C’est un peu pour dire : relativisons, regardons ce qui se passe dans le monde ! On n’a pas de problème en fait. Ce sont des choses à régler, mais c’est nous qui donnons la valeur au problème. Il faut voir le verre à moitié plein, parce qu’on a de la chance. »

Ce projet réussi lui a permis d’avancer, de faire plus de scènes et de se découvrir de nouvelles envies : ajouter des ingrédients et des instruments, oser de nouvelles choses pour sortir du cadre, évoquer des sujets profonds, douloureux, engageants… 

« Il y a des choses que je trouve peut-être trop lisses. Je ne suis pas assez sortie de ma zone de confort, je n’ai pas pris assez de risque, même si j’aime quand même. Ça me donne d’autres envies artistiques pour la suite. J’ai envie que ça parte en chanson, pop, funk, rap… C’est de la musique, c’est tout ! »

Dans l’un de ses derniers singles, L’enfant seul feat. Cyrious, Nat aborde une thématique qui résonne fortement avec son parcours et son enfance en foyer et en famille d’accueil. Un sujet dont on ne parle pas assez… sauf sous le prisme de la maltraitance, des drames et des dérives. 

« Ces dernières années, j’ai envie d’écrire sur des choses qui me touchent. J’ai pris la prod, commencé la topline… et j’ai choisi de parler de ça. J’ai eu envie de faire un feat avec un artiste talentueux qui écrit bien, qui est de la région… et je suis très contente de ce qu’a fait Cyrious : il est solaire, même sur des thématiques engagées et tristes ! »

Après trois singles en 2025, Nat Van Ba continue à créer pour bâtir un nouveau projet. Un projet qui la sortira des sentiers battus, avec de nouvelles sonorités et de nouveaux musiciens. La seule ambition ? Arriver à une création aboutie et appréciée par toute l’équipe, façonnée dans de bonnes conditions. Et ça, on ne s’en rend pas forcément compte… mais ça demande du temps. Alors la release attendra. Mais pas Nat van Ba.

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L’Oratrice – S’affirmer sans jamais s’enfermer

Même quand on rappe depuis plusieurs années, trouver son style et sa direction artistique n’a rien d’évident. C’est bien souvent une question de recherche, d’expérimentation et de temps. Laura, aka L’Oratrice, est rappeuse, auteure, interprète. Depuis plus de 5 ans, elle partage son art et se rend visible, multipliant les créations. Une plume affutée, une voix prenante que l’on avait envie de vous partager. Alors on a pris le temps de discuter. En pleine phase de création, L’Oratrice n’a pas fini de parler et de faire parler !

De l’écriture à la scène, du stylo au micro… 🎤

« J’écris depuis que je suis toute petite. C’est un peu comme un exutoire : j’écrivais dans un journal intime, puis des poèmes… J’accorde beaucoup d’importance aux textes. »

Tout a commencé avec l’écriture. Un besoin de poser ses idées, ses pensées, de se libérer de certaines choses… Tout ça dans une famille avec pas mal de musiciens, même si Laura a choisi de se concentrer sur un seul instrument : sa voix.

C’est d’abord son cousin, Phosphore, qui la guide en lui partageant ses techniques d’écriture et en l’aidant à structurer ses textes. Il l’encourage, lui donne envie de continuer et l’invite à poser. Les rimes se multiplient, l’écriture se fait de plus en plus naturelle et les opens mics la font progresser.

Aujourd’hui, ça doit faire une dizaine d’années que Laura rappe. Mais pas si longtemps que c’est devenu sérieux. À la base, tout ça restait dans sa chambre et sur de petites scènes… jusqu’à son exil à Barcelone. En 2020, elle se retrouve confinée, multiplie les freestyles et se met à poster sur les réseaux.

« Au départ, je partais pour un mois. Finalement, j’ai arrêté les études et je suis restée un an, deux ans, quasi trois ans. […] Il y avait beaucoup de concours de rap, à l’époque. J’ai posé un freestyle, sans rien attendre, j’ai été repostée et ça m’a donné une régularité, parce qu’il fallait publier un freestyle tous les mois. »

Depuis, l’envie n’a fait que grandir. Laura s’est mise à faire les open mics de Barcelone, à être embarquée sur des concerts. Elle rencontre alors un producteur péruvien, beatmaker et membre d’un groupe de rap au Pérou, fasciné comme pas mal d’hispanophones par les sonorités de la langue française, qui l’aide à produire ses deux premières chansons.

« J’ai écumé les open mics, et on m’a proposé des petits shows. Tout ça m’a lancée. En fait, c’est vraiment grâce aux gens qui m’ont poussée, qui m’ont aidé et qui m’ont dit “tu fais des trucs cools, viens on fait un truc ensemble”… Sans ça, je n’aurais rien sorti. »

Jusque-là, Laura était plutôt du genre à rapper dans sa chambre ou en soirée, entre potes. Il faut dire que se mettre à partager ses textes est loin d’être simple. Mais pas à pas, les craintes s’effacent, l’artiste progresse et y prend goût.

« Tu te confrontes à l’avis des autres, tu t’exposes. Tu as un côté vachement violent aussi, tu te mets à nu. Surtout que je parlais beaucoup de choses plutôt intimes, plutôt tristes. C’était un exutoire, ça me permettait de me sentir mieux après. »

Partir pour mieux rester : la passion du voyage pour se nourrir 🌍

« À Barcelone, il y a de la musique partout, et pas de jugement. Il y a des endroits où les gens se retrouvent pour rapper sans s’arrêter. Des gens qui n’ont rien sorti, d’autres qui ont fait 5 millions de vues… et il n’y a pas de jugement. On est tous autour du même art, et on s’écoute. »

Quand elle rentre de Barcelone à Lyon, fin 2021, retour à la réalité. Le rap n’est pas vraiment partout, les cyphers ne sont pas si nombreux. Mais elle rejoint des petits groupes et s’intègre petit à petit. Contactée sur les réseaux par Festigone, elle fait son premier concert. Et après un passage en open mic (après un concert de KLM et Dr. Kyle), c’est Lours – aka La Patte Folle – qui l’invite à jouer au Melville. 

On est en 2022. Laura commence à arpenter les scènes ouvertes de Lyon, et surtout à multiplier les petits concerts – À Lyon, Vienne, Grenoble… À côté de ses jobs, la musique est de plus en plus présente…

« Je n’aime pas trop le terme “vivre de la musique”, parce qu’on peut en vivre sans pour autant en vivre confortablement. Mais en tout cas, j’ai envie d’y mettre de plus en plus d’énergie. »

Seulement, Laura est sensible, se questionne et a besoin de s’évader. Pour sortir d’une période compliquée, elle fait une coupure et s’envole en Nouvelle Zélande pour se ressourcer. L’occasion de s’immerger dans une autre culture, et de se nourrir du voyage pour revenir encore plus déterminée.

« J’ai eu beaucoup de remises en question. J’ai eu une période où, pendant un an et demi, je suis totalement sortie de mon quotidien et partie à l’étranger très loin. J’ai essayé le rap sur des trucs totalement différents ! Psytrance, Drum and Bass… Je n’ai pas du tout produit, mais j’ai beaucoup écrit. »

Si elle n’a pas produit pendant tout ce temps, elle a avancé, découvert plein de styles, noirci des pages. De retour à Lyon, après une période compliquée niveau taf, elle se remet à fond dans la musique. L’objectif est clair : finaliser les projets qu’elle a dans la tête depuis des années, produire et parvenir à avoir assez de cachets pour obtenir l’intermittence.

« Voyager, c’est super enrichissant. Ça permet de découvrir une autre culture, de se recentrer sur soi, de développer des capacités d’adaptation. Ça m’a ouvert, et ça m’inspire beaucoup pour l’écriture. J’avais besoin, à ce moment-là, de pouvoir revenir en étant plus en accord avec qui j’étais. »

Des projets plein la tête et de belles choses à venir 💿

« Je m’oriente vers quelque chose de plus énergique, qui me correspond plus, qui correspond plus à ma personnalité, au fait que j’aime aussi montrer un côté solaire sur scène. Je pense que les chansons qui arrivent me représentent bien. »

Depuis son retour, L’Oratrice avance sur des projets qui verront bientôt le jour. Mais surtout, elle continue d’expérimenter et de faire évoluer son style au fil des morceaux. À l’écoute du rap français, mais aussi d’Angleterre et d’Amérique du Sud, entre autres, elle s’inspire d’un maximum de choses pour trouver sa patte.

« Ce qui est le plus dur, c’est de créer un projet qui me ressemble vraiment, et qui ait une vraie direction artistique. […] Plus tu écoutes des artistes différents, moins on va te lier à une personne dans ta musique. J’écoute beaucoup de nana qui rappent. Elles sont trop fortes, on ne les met pas assez en avant. »

Pour mieux se trouver, L’Oratrice teste, jongle entre les styles et les sonorités – boom bap, afro beat, pop… –, pour ne rien laisser de côté. Mais elle le fait de manière consciente, avec du recul sur son dernier EP Caméléon, qui portait bien son nom.

« J’ai pu m’éparpiller en voulant toucher plein de trucs différents. Aujourd’hui, j’ai envie de trouver quelque chose de plus centré. Le but, pour l’instant, c’est de créer plein de chansons, et de voir où cela m’emmène. Ce cheminement va m’aider à me recentrer petit à petit. »

Et même s’il y a beaucoup de remises en question, des doutes, des périodes plus compliquées, Laura n’est pas prête de laisser tomber. « Heureusement que les remises en question sont là. Il faut les transformer en énergie positive. Si elles n’étaient pas là, peut-être que je serais moins exigeante avec moi-même. »

Ce qui la porte le plus ? Son entourage. Pour avancer, L’Oratrice est plutôt bien entourée : elle enregistre chez elle mais aussi au studio Two O’Clock à Tassin, et travaille avec différents beatmakers et producteurs, tandis que des proches et artistes lyonnais comme Eugénie ou Lours l’encouragent au quotidien.

Les sujets abordés dans ses sons ? Ils sont variés, mais toujours inspirés et soigneusement travaillés : l’introspection, les sujets liés au féminisme, ses expériences de vie, la condition des femmes de manière générale, comme elle a pu le faire dans Chienne. Le tout avec une plume appliquée et de la subtilité.

« C’est toujours politique, parce que tu exprimes forcément une opinion. Mais j’essaie de le faire de manière implicite. Je m’inspire de ce que je vois, de ce que je vis, des situations de mes amis… C’est beaucoup basé sur le relationnel. C’est peut-être ce qui m’inspire le plus. »

Avec toujours la qualité en ligne de mire, Laura fait en sorte de finir chaque son pour continuer à s’orienter vers ce qu’elle veut être, ce qu’elle veut donner, ce qu’elle aime. De toute façon, ce n’est presque pas une option.

« J’ai des choses à dire, des choses à écrire, et j’ai envie de le faire. C’est ma passion, donc je ne lâcherai jamais la musique, parce que ça me tient. Ça me fait du bien. »

Son single Danser sort dans quelques jours, et ce n’est que le début d’une longue série. Elle a déjà 45 minutes prêtes à présenter sur scène. Et la scène… elle adore ça. Alors si vous avez envie de donner un coup de pouce à une artiste lyonnaise qui a une belle plume et qui s’affirme de son en son, vous savez vers qui vous tourner. Et que ce soit en stream ou sur scène, ça va vous retourner !

Marcus – Quand la plume donne le ton

De la musique à l’écriture, de l’écriture au journalisme, du journalisme au marketing, du marketing à l’événementiel… Oui, la plume peut-être une arme que l’on peut manier de plein de manières. Depuis plus de 10 ans, Marcus raconte des histoires. Des vraies. Fondateur de Sounds So Beautiful, journaliste, rédacteur en chef, auteur, musicien, maître de cérémonie et poète, il a multiplié les casquettes en gardant toujours le même objectif en tête : faire rayonner les mots, soulever des sujets de fond, valoriser la musique et ceux qui la font.

Trouver son rythme et sa voie : la musique et l’écriture comme moteurs 🎶

« Je me présenterais comme auteur et musicien. Je rappe des poèmes, avec des musiciens jazz, je raconte des récits, des histoires, qui m’importent et qui ressemblent à ce qui m’entoure. Je suis un vrai passionné, un vrai assidu pour cette cause de l’art, de la musique en général. »

Marcus, c’était le genre d’enfant qui allait au premier rang à l’église pour voir les musiciens de près et mieux les apprécier. Fasciné comme il l’était, il se prend vite au jeu et se met à la batterie, avant que l’écriture ne débarque dans sa vie.

« J’étais très maladroit quand j’étais petit, donc la musique était ma manière à moi de faire quelque chose de mes dix doigts. […] Ensuite, le texte est venu parce que ça a toujours été important pour moi d’exprimer clairement mes pensées, parce que je pense très vite et beaucoup. Je n’arrivais pas forcément à bien formuler les choses, je parlais très très vite, je pouvais facilement bafouiller. Donc c’est à l’écrit que j’arrivais à être le plus éloquent. »

Au lycée, une prof de littérature (coucou Emilie Boivin) lui transmet son goût pour le théâtre et la poésie. Résultat ? Sa passion pour la musique et l’écriture ne fait que s’amplifier. Il apprend partout où il peut, enregistre tout ce qu’on lui transmet, se lance dans des études dans le commerce… et les mots finissent toujours par le rattraper, jusqu’à ce qu’il en fasse son métier.

« J’ai travaillé pendant 10 ans et je travaille encore en tant que rédacteur web, en tant que rédacteur publicitaire, en tant que professionnel de la comm’. Faire passer un message, écrire quelque chose d’assez accrocheur, qui marque les esprits, c’est devenu quelque chose d’important pour moi. »

Après plusieurs expériences, il réalise que c’est là qu’il brille le plus : dans le fait de comprendre l’autre, d’être à l’écoute, de capter un message et de le retranscrire. Quand une artiste lui propose une mission de writing pour Apple Music, ce n’est qu’un nouveau déclic : il va tout faire pour vivre de sa plume et s’épanouir dans la musique.

« J’ai toujours aimé le verbe. L’un de mes rêves les plus fous quand j’étais ado, c’était d’être linguiste. J’aime vraiment décortiquer les langues. […] Toute langue a sa musicalité. Quand j’étais en Erasmus à Londres, j’avais plein de nationalités différentes autour de moi, et à les entendre parler on entendait chaque fois un son différent. Ça me fascine, et j’ai toujours appréhendé la langue comme une musique aussi. »

Sounds So Beautiful : l’art de prendre des notes 📝

« À la base, c’était juste un blog pour déconner, vraiment du loisir. Je voulais juste partager des sons et rédiger des beaux portraits d’artistes à découvrir. »

Porté par ses deux passions, la musique et l’écriture, Marcus décide de lancer son blog (on est alors en 2013) : Sounds So Beautiful. Un média sur lequel il écrit des papiers, des chroniques, des interviews, pour parler de musique et donner la parole à des artistes, avec une tonalité et un style exigeants. L’une de ses particularités : introduire chaque article par un poème de quelques vers, à l’image de l’artiste présenté et de son univers musical.

Au rythme intense de quatre articles par semaine, le blog s’enrichit vite. Marcus expérimente, prend de l’expérience et peaufine son style. Il fait des chroniques de concert, des interviews à distance, et se met de plus en plus à aller à la rencontre des artistes.

« Il y a de très belles interviews que je garde en souvenir. À Jazz à Vienne, Samara Joy, c’était ma première interview, face à face, avec quelqu’un qui a été récompensé aux Grammy Awards. Donc c’était trop cool. Et ce qui était encore plus cool c’est qu’il n’y avait pas du tout ce filtre de statut, Grammy ou quoi. C’était juste deux personnes qui discutent de choses qu’ils aiment, à savoir l’écriture, le jazz et l’échange avec les musiciens. C’était une vraie rencontre humaine. C’est ce genre d’interviews là que je retiens. »

La ligne édito évolue, mais en gardant des bases solides : mettre en lumière une culture et les humains qui la composent. Aujourd’hui, l’équipe s’agrandit régulièrement avec des rédacteurs et des rédactrices qui viennent contribuer au média, qui compte désormais plus de 4000 articles et près de 1000 interviews. Mais derrière ces chiffres, il y a surtout beaucoup d’art, d’idées et de rencontres qui viennent mettre des mots et des images sur une culture.

« Tous ceux qui aiment la neo-soul, le hip-hop, le jazz vont s’y retrouver. Je suis très influencé par la culture afro-américaine. Les styles sont différents, mais c’est la même famille musicale, la même culture. Je parle plus de culture que de style musical. »

Avec le temps, Sounds So Beautiful évolue. Devenu rédacteur en chef et manager, Marcus a fait en sorte que les écrits s’accompagnent aussi de formats audio, de podcasts, de vidéos… mais aussi d’ateliers d’écriture et d’événements. Les mots restent au cœur de l’ADN mais le média avance, en valorisant toujours des artistes émergents et d’autres plus établis. Il s’intéresse aux parcours, aux plumes, mais aussi de plus en plus à l’impact sur notre société et notre quotidien.

« L’idée est de donner un vrai contexte, un vrai but à la musique, et pas de s’arrêter seulement à la musique même s’il y a déjà beaucoup à faire. […] Si ce n’est pas un sujet sociétal, ce sera un sujet musical, mais en tout cas, ce sera un sujet qui va parler à tous ceux qui cherchent de l’inspiration sur le métier de la scène, gérer sa performance vocale, écrire sur une thématique… J’essaie de donner un contexte de récit. »

Par exemple ? Tuerie, l’ovni sentimental du rap français

Au-delà de raconter des histoires, Sounds So Beautiful décrypte, analyse, invite à la réflexion et à la discussion, donnant une dimension sociologique à la musique, à l’art, à l’écrit, invitant Marcus à organiser des talks et des tables rondes.

« Sans aucune prétention, mais ça m’intéresse de fou et ça permet d’élever le débat. […] Venez on en parle. Ça donnera une bonne raison d’écouter l’artiste en question. »

Des recueils pour mener une vie de poèmes 🪶

« Au début, je faisais juste de la chronique et je commençais avec un petit poème. Mon but, c’était que les gens puissent faire une découverte, savoir qui était la personne, d’où elle venait, et ce qui était remarquable dans sa musique. »

En 2019, Marcus décide de cristalliser tout ce qu’il a fait sur plan artistique et de sortir son premier livre : Poetically Yours. Un recueil inspiré de ses rencontres, des histoires qu’on a pu lui raconter et de son parcours au contact d’artistes, qui aborde de nombreuses thématiques : le stress, l’anxiété, la remise en question de la structure familiale, la place du travail, la valeur d’un humain…

« J’ai toujours été sur des thématiques assez introspectives. Parce que je réfléchis beaucoup, toujours aussi vite qu’avant. C’est très introspectif, pour essayer d’apprendre à se comprendre et à se connaître […] Je peux aller sur des sujets comme les sources d’anxiété que peut avoir un jeune homme en construction : la pression qu’il a d’essayer d’être le bon fils, le bon père, le bon copain, le bon frère… Il y a aussi une grosse thématique sur l’amour, et l’amour de soi. »

Et ce n’est qu’un aperçu. En bref : des mots soigneusement choisis pour inviter à philosopher, remettre en question certains schémas, soulever des débats et tenter d’apporter des réponses, sur des thématiques qui peuvent toucher n’importe quel musicien ou professionnel du divertissement. Pour ne pas dire n’importe quel humain.

Ces poèmes, on les retrouve aussi dans un album studio et un album acoustique. Et ce n’est qu’un début : comme tout amateur de Tolkien, Marcus pense trilogie. « Ce livre était aussi un socle pour montrer toute l’importance que je voue au storytelling, et tout simplement partager mon amour de la plume. Ce recueil m’a ouvert des portes. […] J’aimerais bien faire d’autres livres, et à chaque fois que je sors un livre, que ça puisse annoncer le prochain album. »

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Alors il continue d’écrire, inspiré par les artistes qu’il rencontre et son parcours personnel, en anglais et en français – en attendant de s’attaquer à l’espagnol. Le prochain recueil qui devrait voir le jour ? Truly Yours: dans la tête d’un workaholic. Un projet plus personnel pour évoquer sa relation au travail, sa vision, ses réflexions… et réunir toutes les personnes traversées par ces questions.

« C’est un sujet qui touche autant les artistes entrepreneurs que les athlètes. Il y aura plein de textes qui sont inspirés de ça et qui relatent tout ce qui a attrait à l’ambition, à l’euphorie du succès ou aux périodes de down, à l’anxiété, à la fatigue mentale, morale… On peut aussi parler de compréhension de soi, de réussir à trouver sa raison d’être dans tout ça. »

Santé mentalement parlant 🧠

« Bien sûr, je me dis parfois que la vie serait peut-être plus simple autrement, ou je me demande ce qui me pousse réellement à faire tout ça. J’essaie de me rappeler pourquoi je fais ça, et ça m’aide à faire les choix les plus justes. […] J’ai toujours réussi à jongler, mais ça demande encore plus d’anxiété, de pression, pour pas toujours plus de gains. Donc ça peut être épuisant. Tu peux parfois te demander pendant combien de temps je vais pouvoir tenir la cadence. »

Ce n’est pas évident à résumer en un seul article, mais entre la gestion d’entreprise, les écrits, les ateliers d’écriture, les événements, trouver un équilibre n’est pas chose facile. L’une des solutions qu’a trouvée Marcus, c’est de faire des choix : prioriser certaines choses et y accorder plus d’importance. Par exemple en privilégiant la qualité à la quantité, pour éviter de voir ses efforts s’éparpiller. Et s’il y a toujours des doutes et des remises en question, il y a toujours des solutions : évoluer, s’adapter et trouver de nouvelles façons de s’amuser.

« Je sais que ce métier, je l’aime. J’aime bien savoir comment une arme, je peux la manier de manière transverse. Si je me remets en question sur la manière dont je tiens mon arme, je peux la tenir autrement. C’est comme un truc vivant. Tant que tu es sur cette terre et que tu es appelé à marcher, vois comment tu peux marcher différemment. Dans tous les cas, tu es appelé à marcher. » 

Alors Marcus et Sounds So Beautiful marchent. Ils sont passés par le marketing, la poésie, les campagnes de sensibilisation, les événements, et ils continueront d’expérimenter pour prendre du plaisir et garder leur ligne de mire. C’est ce qui les fait tenir.

« J’essaie de me rappeler pourquoi j’aime ce que je fais. À quel point j’aime ce métier, et toutes les fois où quelqu’un ou quelque chose m’a rappelé pourquoi j’aimais ce que je faisais. Ce n’est pas toujours évident. Mais quand tu le fais avec des personnes qui ont autant de passion et d’exigence que toi, qui te produise quelque chose d’objectivement beau, pro et qualitatif, tu te dis “ouais, c‘est vrai qu’à la base, j’ai fait ça pour entendre ce genre de choses tous les jours de ma vie”. […] Partout où il y aura un espace pour exprimer sa créativité, pour laisser vivre ses pensées, je sais que je serai là. »

Dans sa quête d’équilibre, Marcus continue à écrire et à contribuer au paysage culturel artistique de mille et une façons. Il réunit toutes les conditions pour s’épanouir dans l’art, valoriser les artistes et les accompagner dans la création. Et c’est loin d’être terminé : il envisage déjà la captation de live sessions au studio, des séminaires d’écriture, de nouveaux partenariats… la musique, les artistes et les mots n’ont pas fini d’avoir une voix !

« Quand je prends du recul, même si je galère parfois, le petit moi, le Marcus de 15 ans, il n’en croirait pas ses yeux de se dire qu’il a ce studio. Donc je veux continuer à faire vivre ce studio le mieux possible. »

Envie de voir son travail de plus près ?

Kanaga – Ne jamais négliger le jeu

Ce n’est pas parce qu’on a passé l’âge adulte qu’on doit s’arrêter de jouer. Constantin, aka Kanaga, chanteur, guitariste, auteur et compositeur, a failli l’oublier. Mais finalement, deux ans d’introspection l’ont mené à un nouvel EP : Une poussière dans l’œil. Un projet qu’il a bâti de A à Z, où chaque mot compte. De la guitare au rap, du rap à la pop, du rêve de vivre de la musique au désir de rester soi-même : on a pris le temps de parler de son parcours et des graines qu’il sème !

🎸 Tout est dans tes cordes

« Je viens d’une famille où on a toujours écouté beaucoup de musique. On aime bien pousser la chansonnette. C’est quelque chose qui m’a porté. »

Tout petit, la musique était déjà près de lui. Puis il a récupéré les baladeurs de ses frères et sœurs, eu son propre casque et poncé les sons qui l’influenceront : Snow Patrol, Razorlight, Les Red Hot, entre autres. À l’adolescence, il découvre la guitare de son frère… et tombe amoureux d’une fille qui adore les guitaristes. Combo gagnant : « Finalement, je suis tombé amoureux des deux, et on ne s’est pas lâchés. »

Le temps passe et la guitare prend de plus en plus de place. Il découvre Andy Mackie, Antoine Dufour, et commence à vouloir partager sa musique sur YouTube, rêvant de remplir des salles. Au lycée, il découvre le slam, puis le rap avec son frère. La passion est telle qu’à ses 18 ans, ses parents lui offrent une session de 2h en studio pour enregistrer. Depuis, il ne s’est pas arrêté. Et quand il a débarqué à Lyon, il était déterminé : « Je suis arrivé à Lyon en 2018, avec pour objectif précis de vivre de la musique en 6 mois. Ça fait six ans. »

Six ans, mais six ans pendant lesquels il n’a pas lâché. À peine arrivé, il se met à arpenter les jams et les opens mic, pendant plus d’un an, trois à quatre fois par semaine. L’occasion d’apprendre et de connecter avec plein de gens et d’artistes, et de s’intégrer au réseau lyonnais.

« Je me rappelle bien du premier soir où j’arrive à Lyon, fin novembre 2018. J’arrive sur le canap’ de ma sœur, je trouve une sous-loc. J’ai à peine laissé mes affaires, je file à la péniche Loupika pour un open mic. Il y avait que des crews, des fans de rap, avec leur public. Première pinte, deuxième pinte… Je monte sur scène, ça me passe le micro. C’est chaud ! Y’a une instru qui passe, elle est pour moi. On me passe le micro. Nickel. Et là, l’instru change. Aucun flow. je suis resté bloqué, et on m’a repris le micro […] En vrai, c’est une super énergie les open mics. Les jams aussi, ça m’a beaucoup appris. »

L’un des déclics, ça a été l’un de ses premiers concerts : une soirée au CCO de Villeurbanne avec Cyrious, ACS et plein d’autres, pendant laquelle il joue l’un de ses titres devant 200 personnes. Juste ce qu’il faut pour le fasciner et lui donner l’envie de multiplier ce genre de moments. Alors il continue à bosser jusqu’à sortir son premier projet, en 2019.

« Trop stylé. Si tu peux vivre de ta musique pour créer des moments comme ça, ou tout le monde est content, tout le monde passe un bon moment et oublie son quotidien. C’est incroyable. Il me tend la main, je monte, et là je me suis senti artiste. Ça m’a vraiment touché ce moment de joie, c’était trop beau. »

🤝 Pas de plan B mais un vrai plan Ä

Quand le confinement arrive, place à la frustration. Plus de musique. Plus d’événements. Plus de connexions. Alors Kanaga lance Au menu, la session freestyle sans frontière : une sorte d’open mic à distance. Il envoie des instrus, chaque artiste se filme et il se charge du montage. Quand le deuxième confinement arrive, place à la frustration. Et à de nouvelles solutions : il organise des lives chez lui, invitant par exemple L’Officier Zen, Kaynixe, Bobby… pour des sessions mémorables. Peu de temps plus tard, c’est Bobby qui lui propose une résidence. Et un nouveau déclic.

« J’étais censé rester 3 heures, je suis resté 3 jours, littéralement. C’est-à-dire que je ne suis pas parti le lendemain, ni le surlendemain, mais encore après. On a eu une connexion musicale et humaine de folie. On a déroulé. C’est le premier soir qu’on se connaît, et on fait Là haut, mon seul feat je crois avec Bobby. Je me retrouvais à faire de la guitare, des chœurs, en même temps j’étais chanteur, rappeur… ça m’a ouvert des vannes. »

Et c’est là que commence l’aventure du plan Ä : un groupe de potes qui bossent ensemble, qui organisent des événements, et qui se portent mutuellement pour continuer à faire du son de toutes les façons. Alors Kanaga grandit, multiplie les projets et évolue, petit à petit.

« Je viens du rap, mais je me suis rendu compte que ce n’était pas l’énergie du rap qui me correspondait le mieux, personnellement. J’adore en écouter, être entouré d’autres rappeurs, bosser avec d’autres rappeurs, etc. J’ai commencé à chanter et j’ai décidé d’être honnête avec moi-même. C’est quoi qui te fait vraiment kiffer ? La guitare et les voix. Les premiers amours, quoi. Sauf que ça fait super peur de faire ça. Quand tu as que ta guitare et toi, tu te sens tout nu ! J’ai l’impression qu’à chaque mot j’enlève un vêtement. C’est une sorte d’intimité que tu dévoiles et qui n’est pas simple à accepter, surtout quand tu viens du rap. J’ai l’impression que je me cachais, et je n’arrivais pas à rentrer vraiment dans le perso. Alors qu’avec les chansons, j’arrivais à donner plus exactement les émotions que je voulais. Alors j’ai foncé. »

Alors non, depuis son arrivée à Lyon, Constantin ne vit toujours pas de sa musique. Mais il a pris du recul, progressé et continué à cheminer, suivant chaque nouvelle lumière au bout du tunnel : le premier concert, le premier gros concert, le premier collectif, le premier festival… 

« J’ai arrêté cette course, parce que je trouve qu’elle n’est pas saine. C’est pas parce que tu vis de ta musique que tu fais de la bonne musique ou que tu es heureux. Tu peux faire une course effrénée, mais à quelle fin ? Quel but ? Je me remets beaucoup en question là-dessus. Je n’ai pas envie que ma musique devienne un travail, on va dire. Ça reste une passion. Je peux gagner ma vie avec ma passion, sans que ça devienne trop un travail. Je n’ai pas envie de me forcer à la faire. Je n’ai pas envie que ça devienne une rengaine, comme si j’allais au travail en traînant les pieds. »

☝️Réussir à suivre sa voix

« Au stade où j’en suis, je n’ai pas envie de tout miser sur la musique. Parce que j’ai besoin d’accompagnement, et c’est exactement ce qui est en train d’être détruit en France. […] Je n’ai pas envie de me presser, de faire des choix musicaux pour faire de l’argent. Je préfère être sain, que mon projet musical soit sain, représentatif de ce que je suis. En fait, ça sert à quoi d’être connu, si on ne te connaît pas pour toi-même ? »

Fini le temps où il était trop pressé. Aujourd’hui, Kanaga préfère prendre le temps. L’une de ses prochaines réussites, ça devrait être de pouvoir alimenter ses projets musicaux grâce à l’argent que la musique lui rapporte (en faisant des concerts à son nom, en tant que guitariste, en vendant des instrus…). Et ça arrivera quand ça arrivera. En attendant, il ne veut pas trop se contraindre. La voie qui lui correspond le plus, c’est celle de se trouver et de se présenter du mieux qu’il peut. « Je préfère être honnête : je ne vis pas de ma musique, aujourd’hui. Et ce n’est pas grave. Je suis très content de ce que je fais, et ça ne m’empêche pas de me sentir artiste. »

Sensible du genre éponge, Constantin a continué à absorber ce qu’il vivait et à retranscrire ses émotions. Sa course effrénée a fini par le questionner, jusqu’à avoir besoin de couper et d’apprendre à souffler.  

« Au moment du plan Ä, j’étais tellement obsédé par ma musique que je ne voulais plus lâcher une once d’énergie à autre chose. J’étais totalement focus. Y’avait plus rien qui comptait. C’est aussi ça, qui fait que j’ai fermé les yeux sur beaucoup de choses. Au point que je n’arrivais même pas à regarder un film. Encore moins à jouer. »

Quand il l’a réalisé, il s’est calmé et a pris le temps de se retrouver, sans pour autant lâcher. Au contraire : il en a profité pour gagner en autonomie et travailler sur son projet qui est aujourd’hui le plus abouti.

« Je me suis dit : je ne vais plus me mettre de barrière créative. Je vais aller au plus profond de moi-même. Et c’est dans une introspection très profonde que j’ai trouvé ces sons-là, qui m’ont fait débloquer plein de choses dans ma vie. Il y avait plein de choses inconscientes que je cachais à moi-même. Je suis allé au plus profond de moi et ce n’était pas très agréable, mais j’ai vraiment récuré là où il fallait. »

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👁 Une poussière dans l’œil et une douceur dans l’oreille

« Je parle de choses très personnelles. Ce projet m’a beaucoup aidé pendant deux ans, et je suis très content de le partager maintenant. C’était beaucoup de travail, et toute une période de ma vie qui est inscrite dans ces morceaux. Quoi qu’il se passe ensuite, c’est un accomplissement personnel. »

Après son climax et avoir trop enchaîné, Constantin a mis du temps à construire ce nouveau projet. Il n’a pas arrêté de le retarder, mais il en avait besoin pour le peaufiner et l’améliorer. « Je voulais ouvrir les yeux. J’avais l’impression que je m’étais caché sur beaucoup de choses. Ce projet m’a donné plein de clés pour m’en sortir. »

Résultat : un beau projet de 6 titres dans lequel il se livre et dans lequel chaque mot compte, qu’il diffusera de manière originale (avec un objet inattendu, des morceaux additionnels, des explications…). Et un projet qui sera rapidement défendu sur scène, à Paris et à Lyon. Un projet riche en introspection et en émotions, qui porte aussi un message fort inspiré par son frère et plus grand partenaire de jeu, dans l’un des morceaux qui lui tient particulièrement à cœur : n’oubliez pas de jouer !

« Quand tu grandis, on t’autorise moins facilement à jouer. Et dès que tu es dans un travail qui ne te plaît pas, tu as l’impression de ne plus pouvoir jouer, ou seulement le week-end. Et tu vis deux jours par semaine. Je ne veux pas vivre deux jours, mais sept jours par semaine ! »

Alors après s’être un peu perdu, Kanaga a renoué avec le jeu. Il a retrouvé le plaisir, teste des trucs, écoute son rythme, fait une compo perso quand l’envie lui chante. En bref : il se respecte et fait en sorte que son projet artistique ne le bouffe pas, en écoutant son instinct. Toujours avec cette même envie d’apprendre, de connecter, de découvrir, de réunir. Et il a trouvé une belle façon de le faire : « Twitch, c’est une bonne excuse : je rencontre des gens et on va faire de la musique, parler musique, sans obligation de résultat. Personne ne paie rien. On passe juste un bon moment ensemble ! »

Kanaga n’est peut-être plus chef (cuisiner), mais il n’a pas fini de créer sa propre recette. Et il continuera à avoir la volonté des marins pêcheurs de la Vague de Kanagawa, pour surmonter vents et marées. Sans oublier de jouer et de se marrer. Avant de vous barrer, on vous invite vite à aller l’écouter !

« N’arrêtez pas de vouloir jouer dans votre vie. Trouvez toujours un moyen de rendre la vie ludique. Même dans les petites choses. On n’est pas obligé de changer toute sa vie pour passer un bon moment. Surtout dans le contexte anxiogène dans lequel on vit. Souvent, c’est en faisant de toutes petites choses dans son quotidien qu’on arrive à retrouver des rayons de soleil dans sa vie. Pas avec des grandes phrases. »

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Istah – Toujours faire du son mieux

Il y a des humains qui font de la musique avec l’objectif clair d’en vivre, de monter sur scène et d’en faire leur métier. Et d’autres qui préfèrent continuer à la voir comme un loisir, en faisant tout pour garder l’essentiel : le kiff et la passion. Charles, aka Istah, est de ceux-là. Rappeur, beatmaker et créateur installé au vert, il prend le temps de créer, d’écrire et de faire ce qui lui plaît. On a pris le temps d’aller le rencontrer pour en savoir plus sur sa vision et ses projets : les prod’ et les textes n’ont pas fini de raisonner…

✍️ L’envie de créer et du son dans les veines

Istah, c’est d’abord Charles. Un humain qui a choisi un anagramme en guise de nom d’artiste, pour rendre hommage à une proche qui a quitté trop tôt la piste. Un humain qui a vite découvert la musique et le son, avec une grande sœur qui écoutait beaucoup de rap à la maison. Assez naturellement, sa sensibilité et son envie de créer se sont développées : au collège déjà, il se souvient d’écrire des textes en cours et de les montrer à une pionne. Et quand il a rencontré Yav’, qui faisait déjà ça de manière un peu plus sérieuse, la musique a pris encore plus d’importance. Depuis ? Il n’a pas arrêté de prendre des notes, de gratter et de composer.

« Ça s’est fait assez naturellement. Je voulais faire comme les gars que j’écoutais, avoir mon nom sur YouTube… C’était un peu de fierté, un accomplissement. On kiffait grave, et on était trop contents d’arriver à mettre un truc en ligne et à le faire écouter. »

Les années ont passé et l’envie de créer n’a fait que s’amplifier. Même s’il y a eu des passages à vide, la musique est toujours revenue dans sa vie. « Je crois que ça ne me lâchera pas. Je pense que ma manière de faire changera, mais que je continuerai à m’exprimer, que ce soit par l’écriture, la photo, le dessin… »

Son truc ? Essayer de transmettre ses émotions et sa sensibilité à travers des instrus prenantes qui laissent une belle place à des textes forts. Tout ça de chez lui, dans la chambre qu’il a aménagée pour pouvoir enregistrer, avec le strict minimum pour faire des prises de voix correctes et avoir un certain niveau de qualité.

L’inspiration, il la puise dans son quotidien, en marchant et en notant tout ce qui lui vient à l’esprit de façon assez instinctive, mais aussi en analysant les situations et les interactions qu’il peut avoir avec les gens. De quoi noircir des pages et des pages de mots, de rimes et de bouts de phrase, avant de se poser pour tout retravailler.

« Je rappe des choses que je vis au quotidien. […]. Je rappe mes soucis, des choses auxquelles je suis confronté. Je me vois comme quelqu’un qui crée pour essayer de véhiculer ses émotions à travers des créations. Ça me fait du bien, il y a un côté salvateur. Et imaginer que des gens se reconnaissent là-dedans, se dire que ton travail a une finalité pour toi mais aussi pour les autres, c’est plaisant ! »

🤍 Parti pour garder la passion

Partager son ressenti et ses émotions, c’est ce qu’il a fait dans son dernier projet en date, sorti en septembre 2024 : Parti pour rien faire. Un projet de rap français introspectif avec des textes soignés, conçu sans autre ambition que de prendre du plaisir et de partager un bout d’humain. 

« Je considère ça comme du loisir, comme une passion. Je produis pas mal de choses, mais je n’ai pas l’intention d’aller plus loin. Quand on me demande si je veux faire des concerts, c’est non. J’essaie de faire ça le plus sérieusement possible, sur la qualité que je souhaite sortir, en passant par des studios, mais non, je fais vraiment ça comme un loisir ! Comme si je payais une licence de badminton, sauf que je paie un abonnement à Cubase pour pouvoir faire ma musique. »

Pas question de changer de ligne directrice et de tout faire pour faire de l’argent avec sa musique. Istah préfère créer dans son coin, mettre ses œuvres en ligne et les partager sans trop se montrer. Une solution de facilité ? Peut-être, mais une solution assumée. Il veut avant tout kiffer, garder sa passion et ne surtout pas s’en dégoûter. Et c’est comme ça qu’il avance, même si ça peut sembler être à l’opposé des tendances.

« Je vois des jeunes qui débutent, qui ont direct la volonté de se professionnaliser, d’en faire un métier. Ça fait six mois qu’ils rappent, et ils sont déjà dans cette démarche. C’est bien, mais je trouve que ça peut prendre le pas sur la passion, qui est primordiale pour moi. Tu dois être passionné par ce que tu fais. Il y a une génération qui va beaucoup trop vite, et ça se voit dans ce qu’elle renvoie. En ce moment, le rap fonctionne, ils veulent faire de la thune, gratter des euros avec des streams… et moi, j’emmerde ça, vraiment. […] Ce n’est pas faire de l’argent avec la musique, qui me dérange. C’est la démarche de vouloir en faire alors que tu viens de débuter et ton seul leitmotiv, c’est l’argent. C’est pas faire du son, c’est pas kiffer, c’est pas créer, c’est faire de l’argent. »

Alors il partage ses tripes en restant loin des objectifs chiffrés. Une bonne manière de garder les pieds sur terre, la passion intacte, et de ne jamais s’oublier. Si son dernier EP est sorti en physique, c’est avant tout pour pouvoir le distribuer, remercier ceux qui y ont participé, et idéalement soutenir les futurs projets. Entre lui et la musique, c’est le seul rapport pécuniaire qui existe.

 « Je n’ai pas la prétention que ce que je fais puisse m’apporter de quoi remplir le frigo ou quoi. Je fais ça pour mon compte personnel en premier lieu. C’est vraiment pour mon plaisir perso. Je mène les choses du plus sérieux que je puisse, mais j’essaie de me faire plaisir à moi-même et de véhiculer des trucs qui viennent de moi. Je le fais pour moi d’abord. »

Pour lui, mais ça profite aussi aux autres rappeurs et amateurs de rap français : dans sa nouvelle série de collaborations, Hybride, il invite d’autres artistes à poser sur ses instrus pour en faire des sons. Un beau format pour partager, mêler différents univers et créer des connexions.

« Il y a le côté artistique mais aussi le côté humain, ressenti, émotions… C’est la base du truc, pour moi : ce qu’il y a à l’intérieur de nous, comment tu le retranscris, comment tu gères ce que tu vis… C’est hyper salvateur. Pour moi, le rap, c’est ça. C’est la vision que j’en ai. »

🤯 Prendre son pied et prendre soin de soi

« Le temps passe vite. Je ressens le besoin de faire des choses, de créer pendant que le temps passe. Je me fixe des objectifs, comme la sortie de l’EP l’an dernier. Ce côté aboutissement est hyper important. Et on en revient à ce côté salvateur : ça fait du bien à l’esprit, de pouvoir dealer des mots. »

Pour Istah, la suite est simple : continuer à faire des rencontres, à creuser au fond de lui et de ses pensées pour continuer à créer et transmettre. Les futurs projets seront sans doute aussi l’occasion de parler de sujets de fond. Ce qu’il fait déjà, même si c’est en parlant de soi. De toute façons, qui peut prétendre faire du rap sans prendre position ?

S’il a tant besoin de créer, c’est aussi parce que c’est un exutoire. Une manière d’aborder des thématiques variées et de déverser ses pensées, ce qui peut aussi être précieux pour la santé mentale. Un sujet qui le touche particulièrement, à l’heure où il est lui-même en pleine reconstruction.

« C’est très personnel, très familial. Mon histoire familiale fait que ça prend de la place aujourd’hui. Je parle surtout de l’addiction que j’avais à l’alcool parce que j’ai un parcours chaotique avec ça, et ça me bouffait la vie. Donc j’ai décidé que ce ne soit plus le cas. Pour moi, pour ma santé, pour mes proches. »

Charles a grandi dans un environnement complexe, exposé à des pathologies, qui l’ont amené à se questionner, à s’intéresser et à se soigner. « C’est lié à beaucoup de choses. À mon histoire, à mon enfance, à des choses qui sont arrivées récemment dans ma vie… […] Mes parents ont divorcé vers ma naissance. J’avais des relations compliquées avec mon père, qui était un personnage atypique, avec des pathologies psychiatriques. Il a mis fin à ses jours sans qu’on se soit parlé pendant un an. Ensuite, mon petit frère s’est suicidé en 2023. Au même moment, ma grande sœur a été internée en psychiatrie, diagnostiquée bipolaire. C’est quelqu’un de génial, de magnifique, mais qui est juste malade. C’était rude, je te jure. »

Aujourd’hui, il en parle ouvertement sur les réseaux. Une étape pas facile mais nécessaire, notamment pour informer et sensibiliser. D’autant plus que ce sont des sujets que l’on a tendance à ne pas oser aborder et à laisser de côté par facilité… alors que de nombreuses personnes sont touchées.

« Il y a un tabou de ouf autour de ça – la santé mentale, les pathologies… On est plein comme ça, à vivre des choses dures. Il faut vivre avec. C’est un sujet très présent pour moi, donc j’essaie d’en parler et d’être transparent. Je pense qu’il y a plein de gens qui craignent d’en entendre parler et d’en parler. C’est des sujets qui font un peu flipper. Ce sont des pathologies, les gens n’y peuvent rien. Tu développes des choses, ou tu les as depuis que tu es né… Il faut essayer d’expliquer, d’être transparent. »

Alors il faut en parler, et ne pas rester enfermé : si vous souffrez, si vous avez des addictions, des problèmes que vous n’arrivez pas à régler, des personnes sont là pour vous écouter et vous aider.

« Quand tu décèles un truc ou que tu sens quelque chose, comme quand tu as la gastro ou un rhume, essaye de régler le problème en te soignant, en essayant de savoir pourquoi ça ne va pas, en allant consulter… J’étais réfractaire à ça, de ouf. Mais il faut régler les problèmes, parce que tu vis avec et tu t’y enfonces. Donc humblement, je souhaite à quelqu’un qui ne va pas bien de faire en sorte que ça aille mieux. Il faut beaucoup de volonté, ce n’est pas facile. Mais c’est possible d’aller mieux. »

Istah est bien parti pour aller mieux, et certainement pas pour rien faire : il prépare déjà l’anniversaire de son EP avec quelques surprises, pour remercier les gens qui ont posé dessus et faire découvrir de nouvelles choses. D’ici-là, d’autres créations verront le jour. Si vous aimez le rap, le son, l’humain et les émotions, n’hésitez pas à aller jeter un œil (et même une oreille) à ses réalisations : ça pue la passion ! 

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Olga La Rouge – Les émotions ne seront jamais obsolètes

Parfois, raconter son histoire et la partager n’est pas une option. C’est une question de survie, ou presque. Dans un style aux multiples facettes – entre rock, bossa nova, soul et pop –, Olga La Rouge partage la sienne en musique. Son dernier album, Obsolète (spoiler : il ne l’est pas), est sorti début 2025. Un album ni noir, ni blanc, ni rose, ni rouge : un projet nuancé, qui donne la part belle à l’humain et à sa complexité. Une histoire, pleine d’émotions, qu’une meuf volcanique, exigeante et persévérante avait besoin de raconter.

Du Sud à Lyon, pour ne pas perdre le Nord 🧭

« Je me présenterais comme une être humaine qui ne pensais pas écrire des chansons un jour. Qui s’est retrouvée à écrire son histoire, tranquillement, sans aucune peur de confier quelque peine que ce soit. »

C’est dans le Sud, sa terre natale, qu’Olga a commencé son chemin. Et c’est quand elle était encore minot, à 13 ans, que la musique est arrivée dans sa vie avec la guitare de son frère. Pas à pas, elle apprend et s’amuse à faire des reprises, en autodidacte. Quelques années plus tard, elle fait une rencontre qui changera la donne : celle de Jérôme, un auteur et musicien qui lui met le pied à l’étrier et lui donne envie d’écrire son histoire en musique.

Et après ? Les choses se sont enchaînées assez naturellement. Pour Jérôme, la musique, c’était du sérieux. Alors ça l’est vite devenu pour Olga aussi. « J’ai grandi musicalement dans ce truc-là, où si tu sors un truc, il faut que ce soit bien fait, il faut que ça ait l’air pro. C’était inattendu, mais ça a été très fluide, même si je suis passé par plein de phases. Et petit à petit, j’ai commencé à y croire. »

Vous vous dites peut-être que tout est rose pour Olga la rouge. Mais c’est tout l’inverse. Si Jérôme l’invite à raconter son histoire, c’est aussi parce qu’à ce moment-là, sa vie est un sacré bordel. L’écriture et la musique sont presque une nécessité. 

« C’était le gros chaos, ouais. Ça m’a grave aidé à cheminer. C’est bateau, mais c’est vrai, quand les gens disent que c’est une thérapie, la musique, je pense que c’est vrai. Pour ceux qui la composent et qui l’écrivent, ouais, je pense qu’il y a une réalité derrière ça. »

Alors sous l’impact de Jérôme, elle se met un coup de pied au derche et se met à avancer. La musique l’aide à se libérer, à y voir plus clair, et à rompre avec un environnement familial complexe, dans lequel elle ne pouvait plus se construire sainement. Si bien qu’elle décide de quitter le Sud pour s’installer à Lyon et repartir de zéro. Parce que tu ne peux pas tout réparer, surtout ce que les autres ont cassé. Il faut parfois savoir se choisir… et c’est ce qu’a fait Olga.

« C’était la rupture, en fait. Tu sais, parfois, tu dois partir et ne pas te retourner. Forcément, tu vas laisser des gens derrière toi. Ça, c’est très dur à accepter. Mais à un moment donné, il faut que tu avances. Donc j’ai avancé. On va dire que la musique m’a aidé à tourner la page sur un chapitre de ma vie, qui était irréparable. »

Une histoire à écrire en musique 🎵

« Quand j’ai une idée, je vais au bout. C’est ça ma vie. Tu me suis, tu ne me suis pas… mais moi, j’y vais. Souvent, c’est avec les gens quand même. C’est grâce aux gens qui m’entourent que ça existe, c’est certain. »

En 2019, Olga débarque à Lyon. Enfermée dans un entre-sol, un appartement de gardien d’immeuble, elle profite de la solitude pour noircir des pages, raconter son histoire et essayer de comprendre. Elle rejoint l’ENM de Villeurbanne, où elle fait plein de belles rencontres – dont celle de Fleur sous bitume. De quoi commencer à s’entourer, se faire un nouveau réseau, et repartir sur de nouvelles bases. Enfin. 

En 2020, elle sort son premier projet, un CD écoulé en 500 exemplaires en auto-édition.

La machine est lancée. Quelques années plus tard, elle a réussi à monter une équipe en béton, et à s’entourer de gens qui croient, avec elle, en son projet. Le nombre d’auditeurs a progressé et, petit à petit, les efforts finissent par payer. Les heures passées à créer et coller les affiches, à chercher des salles de concerts, à se déchirer sur scène, le tout avec un job alimentaire à côté… Pas question, pour autant, de nourrir des attentes de dingue. « Faire de la musique et essayer de toucher les gens, c’est déjà une belle victoire ! »

Et c’est ce qu’Olga a continué à faire, de 2019 à 2025 : se mettre à poil, écrire son histoire, la mettre en musique, en espérant toucher d’autres personnes. Pas toujours facile, quand tu es hypersensible et que les émotions peuvent déborder. « Pour les chansons les plus persos, ce n’est pas toujours évident. Tu es dans ta chambre, et il te faut déjà des dizaines de fois pour chanter une chanson sans pleurer. Sur scène, ça me rattrape. Mais j’arrive à le dompter, sans déroger à l’émotion. »

Bien sûr, il y a toujours des moments plus délicats, notamment quand les doutes reviennent. Elle s’est demandé mille fois si elle suivait le bon chemin, si elle avait raison de mettre toutes ses économies dans la musique et de continuer sur cette voie. Mais les gens qui l’entourent la motivent et créent la symbiose qu’il lui faut. Quand elle doute, quand elle ne trouve pas les mots, Jérôme (oui, encore lui) est là pour l’aider à s’exprimer et à raconter sa vérité, à faire en sorte qu’elle soit touchante et partagée.

« Les vrais moments difficiles que je vis, c’est toujours seule. Surtout dans les moments de remise en question. Je pense que c’est ça, les moments les plus durs dans la conception de l’album. Ces moments où tu te poses 15 milliards de questions, et où tu n’as pas de réponse. »

Malgré l’absence de réponse, Olga a continué à écrire, à travailler et à démêler les fils de son histoire. Résultat ? Un nouvel album, sorti le 14 février 2025 : Obsolète.

Des nuances face à l’obsolescence 💥

« Ça ne m’a jamais fait peur de dire la vérité. Je pense que ça a fait peur à des gens, c’est certain. Mais à un moment donné, c’est mon histoire. »

Depuis la sortie du projet, Olga relâche un peu la pression. Même si elle continue à charbonner pour trouver des salles de concert, le projet est sorti, et il vit. Il vit plutôt bien, même. La production est propre, les retombées sont positives, les gens sont touchés. Sur 1000 exemplaires auto-édités, 300 CD se sont vendus en deux semaines, sans compter une centaine de vinyles.

L’histoire d’Obsolète, c’est celle d’Olga. Une histoire qu’elle avait besoin de coucher sur papier, pour marquer la rupture et briser le schéma toxique des secrets familiaux, comme elle le fait dans Rose.

« On a grandi dans une violence innommable. Donc il fallait que je le pose, ce texte. Pour regarder les choses en face. Ta vie, c’est ça. Aujourd’hui, ce n’est plus ça, et demain ce sera meilleur, mais regarde les choses en face et accepte. Ça libère un peu de tout ça. Ça enlève un fardeau. »

Je pars (que Jérôme a écrit en partant d’une seule phrase) et Mille fois (sa chanson cathédrale, qui lui fait penser à ce qu’une maman peut être pour un enfant) font partie des titres auxquels Olga est particulièrement attachée. 

Malgré les émotions, les textes soignés et les compositions léchées, la création a été assez fluide. Quand il le faut, Jérôme est toujours là pour l’aider à tenir et à ne pas lâcher. Parce que c’est bien ça, le plus dur : aller au bout de son idée. Mais Olga est consciente que le chemin peut être long. Et pas question, pour avancer, de se rallier à une cause ou de se cacher derrière un drapeau. Ce qu’elle cherche aujourd’hui, c’est avant tout la paix, la clarté, la transparence dans les échanges.

« L’un des problèmes chez les humains, c’est le fait de se travestir constamment. Quand ils rencontrent une personne, les gens veulent passer pour une personne parfaite. Mais on n’est pas parfaits, et on ne sera jamais parfaits ! Les gens ont une histoire, il faut l’accepter. Si tu mets tout sur la table directement, pourquoi ça se passerait mal ? Les gens perdent du temps. »

Au-delà de la musique, Olga a lancé des tables rondes pour inviter les gens et les jeunes à se questionner, à débattre, à se connaître. Simplement parce qu’échanger, discuter et prendre le temps de réfléchir semble nécessaire pour avancer dans un monde qui manque cruellement de nuance. « J’essaie d’apporter un peu de nuance, à mon échelle. J’ai juste envie de rassembler les gens, et pas de les diviser. Surtout avec la musique ! »

Entre douceur et rage, calme et hargne, Olga n’a pas dit son dernier mot. La suite ? Continuer à propager ses sons et faire un maximum de scènes, en France, en Suisse, en Belgique… Partout où ce sera possible, en fait. Et en profiter pour faire mentir tous ceux qui ont pu considérer sa musique obsolète, simplement parce qu’elle ne rentre pas dans une case. Parce qu’on peut peut-être programmer l’obsolescence, mais pas l’effervescence.

« La dualité n’est pas là pour rien. Si je propose un projet si éclectique, c’est que je ne peux pas faire ma recette sans. Si j’enlève un truc, ce n’est pas moi. C’est 10% de moi. »

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Gauthier – Une palette d’émotions pour un monde en couleurs

Vous vous souvenez comme on voyait le monde en couleurs quand on était enfants ? Puis le temps est passé et on a grandi. Les émotions continuent de nous traverser, mais elles sont devenues un casse-tête qu’on tente de maîtriser. Ou un rubik’s cube avec lequel on peut jouer. C’est cette seconde option qu’a choisie Gauthier. Après avoir sorti plusieurs projets sous pseudonyme, puis une trêve musicale, il vient de sortir Seulement, Silence, et Comment faire, premiers singles de son nouvel album : Le monde en couleurs. Un nouveau projet riche, en émotions et en musicalité, pour plonger dans son monde…

Des années de musique : tout est bon apprendre 🎶

La musique et Gauthier, ça ne date pas d’hier. Parce qu’il était à l’école Georges Brassens et qu’il le chantait à chaque fête de fin d’année, certes, mais aussi et surtout parce qu’il était entouré de musiciens dans la famille. Assez jeune, il découvre la guitare et la batterie, avant d’avoir un groupe de rock puis de rap pendant les années collège et lycée. Autant dire que les cases et les étiquettes, ce n’était déjà pas son truc… Et aujourd’hui, à 29 ans, ça fait déjà 15 bonnes années qu’il crée et qu’il apprend, en autodidacte.

« J’avais tout à la maison. J’ai lu des tablatures, appris des accords par cœur… Même aujourd’hui, je me débrouille à l’oreille, en essayant, en prenant trois fois plus de temps que quelqu’un qui aurait fait du solfège. Avec des livres, avec des tutos YouTube… mis à part la batterie car j’ai eu un prof pendant deux ans. Sinon, toujours tout seul. C’est mon autre passion, de geeker, de chercher. »

Après le lycée, la vie l’a éloigné de ses groupes, mais pas de la musique : même s’il met en stand by sa création, il continue à suivre un pote de près, l’aide à enregistrer, lui fait une cover… Et il rencontre Ludo et son studio, à Lyon. « De fil en aiguille, ça me donne envie de me remettre dedans. Depuis, j’avance avec lui. Et c’est trop bien parce qu’aujourd’hui, il sait comment travailler ma voix mieux que personne. On grandit ensemble et c’est trop cool. »

Cette rencontre, c’était en 2018, après plusieurs années sans créer. C’est là que la passion revient et qu’il se remet rapidement (trop ?) à sortir des sons, sous le nom de Walter. S’ensuit 6 années d’expérimentations, de recherches, de remises en question. Jusqu’à ce qu’il décide de calmer le jeu pour prendre le temps. Le temps de vivre, et le temps de faire de la musique quand l’envie lui chante. Pendant deux ans, entre 2022 et 2024, il écrit, compose, chante et enregistre, sans rien sortir. Et pas à pas, il façonne le monde en couleurs.

S’assumer à son rythme : « c’est juste moi, pas un autre » 🤷🏻‍♂️

Avec son vrai prénom, Gauthier a décidé de se mettre à nu (c’est une image hein, il a une salopette bleue la plupart du temps). Un truc qui n’est pas si évident et qui peut demander du temps quand tu as un job, que tu dévoiles tes émotions et que tu sais que les gens que tu vois toute la journée peuvent tomber sur ce que tu fais. Walter était un bon moyen de se cacher, d’avancer sans trop se dévoiler. Sauf que… ce n’était pas vraiment lui.

« J’en parlais très peu à mon entourage, parce que je faisais un truc qui ne me ressemblait pas à 100 %, difficile à assumer. Même auprès de mes darons, à qui je le cachais à moitié. Parce que c’était de la musique plein d’effets, qui parlait de dépression… Le vrai truc qui s’est passé, c’est que j’assume ce que je fais. Et que je fais ce que j’ai envie de faire. Vraiment. Donc ça fait du bien. Que ça marche ou pas, moi en tout cas, ça va me faire du bien. »

Finalement, il est simplement revenu vers ce qu’il aime le plus : chanter et faire chanter, trouver des refrains qui résonnent, tester des instruments et des mélodies… Faire des choses plus spontanées, plus vraies, qu’il a naturellement plus de facilité à assumer. 

Walter aura eu ce mérite là : lui permettre de démarrer, mais aussi l’aider à savoir où aller (et où ne pas aller). « Ça m’a permis de faire des concerts, de construire un début de communauté… Mais j’aurais dû prendre le temps. C’est pas grave, ça fait partie du parcours. Je m’étais imposé un rythme trop industriel, et au-delà de ne pas aller dans la bonne direction, je ne prenais plus de plaisir. C’est pour ça qu’il y a eu une grosse pause, une grosse remise en question pendant 6 mois. »

S’accorder le temps de peindre un monde en couleurs 🎨

Bref, toutes ses remises en question ont tué Walter (RIP). Et entre nous, tant mieux : Gauthier revient avec des musiques composées avec plus de simplicité, de plaisir et d’honnêteté. Des morceaux écrits sur les deux dernières années, mais qui n’ont pas pris une ride. « Ils me plaisent encore parce que je les ai faits à des moments où j’avais envie de le faire. Il n’y a aucun morceau que j’ai forcé. Tout me plait, tout est assumable. J’ai pris le temps. »

Et ça se sent. Dans un style plus pop, plus chanté, plus musical, il nous transmet ses émotions, imprégnées de toutes ses influences musicales – de la pop, du rock, en passant par le rap et le métal. Avec, toujours, un goût particulier pour les mots et l’écriture. Sans oublier de vrais instruments !

Tout ce qu’il faut pour proposer une variété de couleurs – et autant d’émotions : « Plutôt que de raconter une histoire sur un truc particulier, j’ai envie de transmettre des émotions, qui peuvent avoir différentes couleurs. Être associées à l’espoir, l’amour, la tristesse… » Comme un rubik’s cube, un casse-tête à résoudre, Gauthier partage le monde comme il le voit. Avec autant de nostalgie que d’étoiles dans les yeux.

« Le beau monde, comme je l’imaginais enfant, j’ai du mal à le retrouver. Il y a ce désir de retrouver ce monde en couleurs. Et puis, sur deux ans, j’ai vécu beaucoup de choses positives. Amicalement, amoureusement… J’ai vu beaucoup de belles couleurs que j’ai voulu ajouter. Et il y a aussi le fait que les gens peuvent me dire que je ne suis pas tout seul dans ma tête. Ce sont mes émotions. Je change beaucoup d’émotions. Un jour je suis bleu, un jour je suis rouge… »

Ces émotions, ces couleurs sont une source inépuisable d’inspiration. Car au-delà de la musique, Gauthier a plein d’idées. De la communication, des clips, des courts-métrages… C’est aussi pour ça qu’il vous a toutes et tous invités à la fête d’Elio pour la sortie de son premier single.

Derrière ce travail, il y a un mec ultra créatif, qui se pose mille questions… mais aussi toute une équipe. Car oui, ce projet, c’est en famille qu’il s’est construit. Avec Gaël aka Isaël au piano, Quentin et Noah aux guitares, Virgile au piano, Benjamin à la batterie… Et Ludo, qui enregistre, mixe et masterise depuis 6 ans, en plus de faire des guitares et de la basse. Sans oublier Thomas Cressens à la vidéo. Une belle équipe qui ne fait pas les choses à moitié.

« On est beaucoup plus dans le détail qu’avant. C’est long, fastidieux. Mais au fil des années, il y a des erreurs que tu ne refais pas. Sans les gens autour de moi, je ne peux rien faire. Je leur dois beaucoup. En fait, moi, je peux juste écrire, imaginer des choses, penser des mélodies, des histoires, des images… mais je ne peux pas le faire tout seul. Je leur dois tout. Et en même temps, c’est au-delà de la musique, hein. On fait ça avec plaisir, ensemble. »

L’ambition, derrière tout ça ? D’abord faire kiffer les gens. Mais aussi arriver à se professionnaliser pour ne pas mener une double vie à long terme. S’il faut passer 10 000 heures sur un projet pour le faire marcher, il le fera. Et si Le monde en couleurs ne trouve pas son public (spoiler : ce ne sera pas le cas), il n’hésitera pas à accompagner d’autres artistes, à écrire, à conseiller…

 « Mon plus grand rêve, c’est de faire de la musique et de remplir des salles de concert. Quand il y a mille personnes qui sont en train de ressentir une émotion avec toi, c’est génial. […] Ce que je veux, c’est juste me lever le matin, faire de la musique. Avoir une assez bonne exposition pour pouvoir en vivre, et faire que ça. Faire des concerts, des albums, et avoir les moyens de réaliser toutes les idées créatives que je peux avoir. »

Le 21 février, le monde en couleurs sera dispo. Peut-être même avec une salopette bleue à gagner. Et des tas de formats originaux pour faire connaître le projet. Un projet qui n’est que le début d’une infinité, vu le nombre d’idées qui fourmillent dans la tête de Gauthier. Si ce n’est pas déjà fait, j’espère que vous aurez plaisir à découvrir ce chanteur, un peu paumé mais surtout passionné, qui n’a pas fini d’avoir des émotions à partager.

Envie d’entrer dans son monde ?